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Manuel Warlop : « Nous avons besoin d’un accélérateur de start-up et d'une labellisation de notre French tech »

15 sep 2014 | PAR Philippe Stéphant | N°288
« Le vrai combat, aujourd’hui, est d’accompagner l’innovation. Nous avons à La Réunion des projets vraiment innovants à un niveau mondial. » - Ipreunion.com
Le président sortant de l’Artic (Association réunionnaise des professionnels des TIC) dresse le bilan d’un secteur qui ne connaît pas vraiment la crise, mais a besoin de structurer et d’être plus visible.

L’Eco austral : En quittant la présidence de l’Artic (Association réunionnaise des professionnels des TIC), quel regard portez-vous sur l’avenir de la filière numérique réunionnaise ?

Manuel Warlop : La filière du numérique est désormais le premier secteur économique de La Réunion. À la différence d’autres filières, elle continue de croître en termes d’activités et d’emplois. Dans les cinq années à venir, nous devrons recruter plus de 200 ingénieurs. L’action menée depuis deux ans par l’Artic sur le plan national vise à démontrer l’attractivité de La Réunion pour y faire venir les grands faiseurs du numérique. La véritable difficulté vient, désormais, de la suppression d’une partie des exonérations de charges sur les hauts salaires, d’abord accordées par la Lodeom (Loi d’orientation pour l’Outre-mer). L’effet de levier apporté par le CICE (Crédit d’impôt compétitivité emploi) sur les salaires plus modestes est totalement gommé, voire porté en négatif, par ce coup de rabot. Le nouveau président de l’Artic, Philippe Arnaud, porte le projet de travailler avec le gouvernement sur la future Lodeom, mais, aujourd’hui, cette difficulté ne permet pas de rendre suffisamment attractif ce territoire. Notre filière est également victime d’un déficit d’image auprès des jeunes, comme en métropole. Le Syntec numérique (Syndicat des professionnels du numérique), dont l’Artic est le représentant à La Réunion, a mis en place un grand plan d’action national pour intéresser les jeunes à nos métiers, et particulièrement les femmes car nous sommes très éloignés de la parité.

Les jeunes entreprises innovantes des TIC pourront-elles être mieux accompagnées ?

Il manque aujourd’hui un maillon dans la chaîne de l’innovation, c’est un accélérateur de start-up. J’ai voulu que l’Artic soutienne le projet de création de ce dispositif dont l’objectif est d’accompagner les start-up dans une phase de maturité post-incubateur. Pour mettre en relation le porteur de projet avec son marché, avec des instances nationales et internationales, et surtout pour faciliter son accès à des fonds d’investissement ou de capital-risque. Deux cents millions d’euros ont été mobilisés par le gouvernement pour co-investir en fonds propres dans ces dispositifs privés d’accompagnement. Un accélérateur de start-up est aussi un pré-requis pour une labellisation « French Tech ». Nous voulons que La Réunion existe sur la carte numérique nationale et nous allons répondre à l’appel à projets pour ces labellisations. Quinze millions d’euros sont mobilisés pour renforcer la visibilité et l’attractivité internationale de l’écosystème français des start-up. Il est prévu une campagne de promotion à travers la marque « La French Tech », portée à l’international par un réseau d’acteurs emblématiques qui seront ses ambassadeurs. Le gouvernement se dit prêt à faire évoluer la taille critique des projets, de sorte que La Réunion, seule candidate de l’Outre-mer, puisse rejoindre ce label. Nous visons une labellisation en 2016 avec la création d’un accélérateur fin 2014. Et, d’ici 2015, la mise en place d’autres dispositifs obligatoires : « fab lab », « living lab » et la mobilisation d’un ensemble d’acteurs représentatifs, publics et privés, pour accompagner ce projet.  

Quel est le potentiel de développement à l’export de la filière numérique réunionnaise ?

Il faut vraiment que la filière numérique sorte du territoire de La Réunion. Sa production immatérielle a vocation à s’exporter et c’est l’un des principaux relais de croissance de demain. C’est aussi un levier important du développement économique en soutien aux domaines d’activités stratégiques tels que le tourisme, l'agronutrition, l’énergie et la santé. Le Syntec numérique a retenu l’e-santé comme domaine d’action prioritaire. Nous l’avions identifié pour La Réunion, qui est un territoire extrêmement dynamique dans le domaine des applications numériques à la santé. C’est un formidable laboratoire, par sa situation géographique, avec des projets innovants qui servent de projets pilotes sur le plan national. C’est la plateforme médicale d’excellence dans l’océan Indien avec un devoir d’éducation envers nos voisins. Cela passe par des plateformes numériques d’échange, de e-learning et de partage, pour faire de La Réunion le centre de formation médicale de l’océan Indien. Dans d’autres domaines, l’exportation de services et de savoir-faire, à l’appui d’un niveau de qualification extrêmement fort, doit se développer en complémentarité avec nos voisins insulaires pour trouver ensemble des marchés cibles et rayonner sur les marchés à forte croissance et à fort potentiel de la proche Afrique. Le projet de cluster de l’océan Indien est dans une phase d’études monographiques et de cartographie des compétences dans chacune des îles. À l’échelle du monde, beaucoup de projets vraiment innovants sortent du cadre de notre territoire. Le combat, aujourd’hui, doit être de pouvoir accompagner ces start-up vers un marché mondial.

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