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Madagascar

Marché commun africain : La Grande Île doute

L’accord de libre-échange provoquera l’arrivée massive de produits africains sur le marché malgache (ici, le port de Toamasina (Tamatave). © Présidence de la République de Madagascar
Ratifié en mars 2018, l’accord sur la Zone de libre-échange continentale africaine (Zleca) compte depuis juillet dernier 54 États signataires (sur 55). Un « jalon historique » mais qui laisse Madagascar perplexe vu son état d’impréparation face à la déferlante africaine qui s’annonce à l’horizon.

Un marché de 1,2 milliard de personnes, représentant un produit intérieur brut (PIB) de 2 500 milliards de dollars, telle est grossièrement esquissée la future Zone de libre-échange continentale africaine (Zleca). « Un vieux rêve se réalise », a déclaré Moussa Faki Mahamat, président de la Commission de l’Union africaine, lors de l’intégration du Nigéria et du Bénin au projet en juillet dernier (l’Érythrée est donc le dernier pays de l’Union africaine non encore signataire). Similaire au Marché commun européen, la grande entité continentale verra les biens et les services, mais aussi les capitaux, circuler librement. Grâce à elle, l’échange intra-africain (qui stagne à 15 %) devrait augmenter de 60 % d’ici 2022 et générer 16,1 milliards de revenus supplémentaires. 

Malheur aux faibles

Madagascar est parmi les premiers pays à avoir ratifié l’accord de libre-échange. Toutefois, une grande partie du secteur privé et nombre d’économistes locaux ne cachent pas leur appréhension, car si la Zleca va rapporter beaucoup à l’Afrique, ce ne sera pas dans les mêmes proportions pour tout le monde. Seules les grandes économies comme l’Égypte, le Nigéria et l’Afrique du Sud, mieux armées et préparées à la bataille, sont susceptibles d’en tirer profits. À elles seules, elles représentent la moitié du PIB (produit intérieur brut) cumulé du continent, alors que la part de la Grande Île y apparaît, en comparaison, ridiculement faible (1 %).
L’état actuel du pays le met en situation de faiblesse concurrentielle. La liste des dysfonctionnements est longue et bien connue :  l’état pitoyable des infrastructures qui bloque tout développement économique, la loi sur le développement industriel qui ne joue pas en faveur des petits investisseurs locaux, ou encore la corruption et la lourdeur administrative… 
Bien que les « pères fondateurs de l’Afrique » mettent en avant « l’union » et les « bénéfices collectifs », le « chacun pour soi » sera la règle et les petits n’y résisteront pas.
« Nous ne sommes pas assez forts, nous ne sommes pas prêts », se lamentent des membres du Fivmpama, le Groupement du patronat malgache. En effet, dominé à 95 % par les PME et PMI, le tissu économique malgache ne pourra rien face à la déferlante des  grandes firmes africaines. « Et il est encore plus inimaginable que nos PME aillent en Afrique du Sud ou en Tanzanie concurrencer leurs grosses industries », explique, sous couvert d’anonymat, un chef d’entreprise qui s’estime « simplement réaliste ». D’autant plus que la protection des Pays moins avancés (PMA) comme Madagascar n’est indiquée nulle part dans le document final de l’accord sur la Zleca.
En termes d’échanges commerciaux, les cartes ne seront pas non plus les mêmes pour tout le monde. Madagascar demeure un simple pourvoyeur de matières premières, créant peu de valeur ajoutée. « On a mis la charrue avant les bœufs. Il aurait fallu impulser un grand mouvement d’industrialisation du pays préalablement à toute adhésion », estime ce même responsable.
À cela s’ajoute le manque de compétitivité des produits malgaches. Déjà, Erick Rajaonary, alors président du Fivmpama, déclarait sans détour : « Je ne suis pas sûr que beaucoup de produits malgaches s’exportent en Afrique. » Pour qu’il y ait échange, il faut que chaque pays ait quelque chose à proposer aux autres États africains. Or, en dehors de l’intégration régionale, les produits vita malagasy (faits à Madagascar) n’intéressent que les pays européens et asiatiques avec lesquels des accords bilatéraux ont déjà été signés. L’Afrique communautaire constituera-t-elle pour la Grande Île un grand marché… noir ?

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