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Mathieu Mandeng : le banquier atypique

21 mar 2017 | PAR Jean-Michel Durand | N°316
Le Camerounais Mathieu Mandeng considère que sa banque est l’une des mieux placées pour promouvoir Maurice et accompagner sa stratégie africaine. Davidsen Arnachellum
Francophone et francophile et n’ayant pas sa langue dans sa poche, le CEO de la Standard Chartered Bank Mauritius dénote dans l’univers si feutré et souvent anglophone du secteur bancaire mauricien.


Mathieu Mandeng, le CEO de la Standard Chartered Bank Mauritius, reconnaît lui-même que son « itinéraire est particulier ». Né en 1964, quatre après l’indépendance du Cameroun, il est originaire d’un petit village du pays bassa (dans le centre-est de ce pays d’Afrique centrale). Comme beaucoup de membres de son ethnie, Mathieu aime rappeler, avec fierté, la lutte héroïque qu’elle a menée, avec l’autre ethnie « rebelle », les Bamiléké, contre la présence française après la seconde guerre mondiale. Lutte qui a finalement abouti à l’indépendance...

UN PUR PRODUIT DE L’UNIVERSITÉ FRANÇAISE GRATUITE

Après sa jeunesse passée au village, Mathieu monte à la capitale, Yaoundé, pour y poursuivre des études en sciences économiques. Après sa licence, il met le cap sur Bordeaux. Il y obtient une maîtrise en sciences économiques puis un MBA en relation des entreprises. Il poursuit sa formation à l’université d’Orléans où il est diplômé d’un master en contrôle de gestion. « Je ne suis pas issu des grands corps. Au contraire, je suis un pur produit de l’université française gratuite ! », assure ce francophile assumé. À la sortie de l’université, il reçoit deux propositions sérieuses. Il choisit, plutôt que d’intégrer France Telecom (« où je serai devenu un numéro »), de rejoindre le groupe BDE, une société de conseil en management évoluant dans la sidérurgie. Il y passera dix ans dont trois comme contrôleur de gestion. Il atteint rapidement le sommet de sa carrière en devenant formateur consultant. 

RETOUR AU PAYS NATAL

« J’étais devenu le prototype de la réussite d’un cadre africain, un notable. » Il est alors repéré par le cabinet de chasseur de têtes Afric-search, l’un des premiers cabinets de recrutement de cadres pour l’Afrique. Même s’il a l’impression d’atteindre son plafond de verre, il hésite un an. Finalement, il choisit de relever le défi et rentre en 2000 dans son pays, après dix-sept ans à l’étranger, pour intégrer le groupe Citibank. L’entreprise était à l’époque le premier groupe bancaire mondial. « Il faut comprendre que ce choix n’était pas facile. Nous étions à la fin des années 90, en plein afro-pessimisme. D’ailleurs, je suis rentré seul au pays, laissant mon épouse française et notre fils dans l’Hexagone. » Mathieu endosse alors l’uniforme de banquier. « J’ai évidemment beaucoup travaillé sur les dossiers techniques les plus divers de pratique bancaire puisqu’il m’a fallu maîtriser tous les aspects de ce métier pour diriger au mieux mes équipes. » 
En 2004, il rejoint la filiale camerounaise de la banque Standard Chartered Bank. Il en deviendra le CEO en 2007. Le groupe britannique est alors un important pourvoyeur de fonds à l’économie camerounaise grâce à de substantiels crédits accordés aux entreprises. Devenu une personnalité reconnue du secteur, il cumule les récompenses. En 2013, la Standard Chartered Bank reçoit le prix du « meilleur placeur des titres publics » camerounais sur le marché de la BEAC (Banque des États de l’Afrique centrale). Mathieu devient même président de l’Association professionnelle des établissements de crédit du Cameroun (APECCA). 

MAURICE : L’AUTRE SINGAPOUR ?

Pas uniquement préoccupé par les questions financières, Mathieu Mandeng est fasciné par les problématiques de bonne gouvernance. Il s’intéresse à l’expérience et à la réussite économique de Singapour, et il découvre Maurice. « C’est le pays africain qui a affiché le plus la volonté de s’inspirer du modèle singapourien. » Il postule alors au poste de CEO de la Standard Chartered Bank Mauritius où il officie depuis un an. « Je ne suis pas venu pour les plages mais pour comprendre l’expérience et le modèle de réussite mauricien. Le problème de l’Afrique est : comment réaliser le potentiel de ses économies ?L’attractivité d’une économie s’appuie sur quatre piliers : la bonne gouvernance, un environnement des affaires propice, la qualité des infrastructures et la taille des marchés. Et Maurice a des atouts indéniables. » Pourtant, Port-Louis, le bon élève des institutions financières internationales, vient de perdre 17 places dans le dernier classement « Doing Business » de la Banque mondiale. Tandis que parallèlement d’autres pays africains ont gagné des points devenant de plus en plus compétitifs. « Ce qui se passe au Rwanda et en Cote d’Ivoire est intéressant à cet égard. La problématique de Maurice, comme celle de Singapour, est de continuer à s’inventer ou de se réinventer un avenir à partir de pas grand-chose et avec comme seul actif le capital humain. »

LA STRATÉGIE AFRICAINE DE MAURICE

« Le continent africain dispose d’énormes potentialités mais qui sont fragmentées en 54 États et blocs commerciaux avec des règlementations différentes. C’est là où Maurice a une opportunité à saisir en se positionnant comme une porte d’entrée et une plateforme fiable pour les investissements vers l’Afrique, jouant le rôle que Singapour occupe pour l’Asie du Sud-est ou celui de Dubaï pour le Golfe. » Le patron de la Standard Chartered Bank Mauritius estime que son groupe a un rôle à jouer dans cette stratégie. « Maurice est le second centre financier international en Afrique (79e mondial) après Johannesburg (59e mondial) ; pour sa part, la Standard Chartered Bank est la seule banque globale présente à Maurice et engagée en Asie, au Moyen-Orient et en Afrique. Nous effectuons régulièrement des tournées promotionnelles en Europe, en Amérique, en Asie et en Afrique pour promouvoir Maurice comme centre financier international. » Il s’agit de démontrer qu’on y trouve les solutions les plus adaptées pour aider les entreprises à se développer en Afrique. « Maurice est un centre de trésorerie régionale, procurant une plateforme efficiente et compétitive pour les centrales d’achats régionales. » Passionné par ce challenge, Mathieu Mandeng estime néanmoins qu’« il faut être capable de passer de la lumière à autre chose… Le chapitre de ma vie de banquier va bientôt s’achever et il m’en faudra alors écrire une nouvelle page... » 

STANDARD CHARTERED BANK
Fondée en 1853 et cotée à la bourse de Londres, cette banque figure parmi les 30 plus grosses capitalisations boursières britanniques. Bien que fondée en Grande-Bretagne, elle a très peu de clients au Royaume-Uni, exerçant ses activités principalement en Asie-Pacifique (65%), en Europe (25%) et en Afrique (10%). Le groupe est présent dans 15 États africains : l’Afrique du sud, l’Angola, le Botswana, le Cameroun, la Côte d’Ivoire, le Ghana, la Gambie, le Kenya, Maurice, le Nigeria, l’Ouganda, la Sierra Leone, la Tanzanie, la Zambie et le Zimbabwe.
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