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Michel Daruty de Grandpré : « L’érosion côtière est un problème national »

1 juin 2019 | PAR Jacques Rombi | N°340
La plage en 1984 ©Droits réservés
Le responsable du « Trou aux Biches Beachcomber Golf Resort & Spa » reconnaît que la plage à proximité de son hôtel connaît une érosion « accélérée » depuis quelques années. Des solutions sont d’ores et déjà à l’étude pour contrer ce phénomène qui, à terme, peut compromettre le tourisme balnéaire à Maurice.

L'Éco austral :  Environ 30 mètres de plages auraient été perdus à Trou-aux-Biches depuis les années 1980, en raison de l’érosion côtière. Pouvez-vous confirmer ? 
Michel Daruty
: Oui, c’est bien cela. La plage du côté sud de l’hôtel Trou aux Biches Beachcomber connaît une érosion accélérée depuis quelques années. L’érosion côtière est un phénomène global qui affecte Maurice comme toutes les côtes du monde. Les touristes font des milliers de kilomètres pour nos plages et ce modèle de tourisme balnéaire a fait ses preuves depuis plus de 50 ans. La qualité de nos plages doit être préservée pour pérenniser notre statut de destination haut de gamme.
 
Quelles sont les solutions, sachant que l'endiguement peut modifier les courants et, si vous choisissez de réensabler, d'où proviendra le sable ?
Avant tout, je dois préciser que ce problème est abordé de façon globale, en prenant en compte tous les aspects environnementaux, économiques et sociaux. C'est ce que nous avons déjà fait avec le réaménagement de l'hôtel en 2009 et qui s'est traduit par un aménagement urbain global que vous pouvez constater aujourd'hui. C'est dans cette perspective que nous avons lancé une vaste étude d'impact pour réhabiliter cette plage.
Le cabinet Sigma, identifié pour cette étude, rendra sa copie en septembre prochain et nous aurons alors les meilleurs scénarios à mettre en oeuvre. La question que nous avons posée au cabinet d'études est la suivante : comment faire face à ce fléau sans déranger les écosystèmes et les riverains ? Nous consultons aussi les autres partenaires comme l'association des propriétaires de campements de la région afin d’arriver à un consensus sur les travaux à faire. Si nous voulons une solution pérenne à ce problème, les travaux devront être conséquents.

 

La Plage en 1993
La plage en 1993   ©Droits réservés
 



Quelles sera le coût de ces travaux ?
Il est trop tôt pour avoir une estimation précise des coûts, mais des projets similaires réalisés dans le sud ont récemment coûté environ 50 millions de roupies (1,3 million d’euros - NDLR). Les digues ne semblent pas une bonne solution a priori à cause de leur pollution visuelle. En revanche, je peux vous annoncer qu'une piste sérieusement étudiée porte sur le réensablage grâce aux immenses stocks de sable disponibles après les travaux au parc et golf de Mont-Choisy. Ces travaux à proximité de Trou-aux-Biches ont permis de dégager des tonnes de sable qui pourraient être acheminées sur la plage. 

Il semble que le public ne soit pas sensibilisé aux impacts environnementaux. Par exemple, on voit à chaque marée basse des pêcheurs marcher sur la barrière en toute impunité et dégrader le corail. Qu'espérez-vous des discussions engagées avec le ministère de l'Environnement ?
Dans l'hypothèse du réensablage, il nous faudra le permis pour transporter le sable et le déverser sur la plage. Également de nombreux soutiens et dérogations, tout cela dans un intérêt réciproque. Il faudra beaucoup de sable car nous devons retrouver la pente d'origine de 30 à 40 degrés d'inclinaison vers la mer. Le gouvernement est en train de réaménager la plage voisine de Mont-Choisy, c'est une bonne chose mais tout cela doit s'accompagner d'une réflexion globale. Sans cela, le risque de voir la plage disparaître à nouveau est bien réel. 
Comme vous le soulignez, il faudrait que les autorités agissent en sensibilisant le public aux effets néfastes de la pollution, de la dégradation de l'environnement en général, tout cela encore une fois pour le bien commun. Le problème est national et devrait engendrer une réflexion beaucoup plus vaste. 

Aujourd'hui, à cause de l'érosion, les transats barrent par endroits le passage en bord de mer. Qu’est-il fait pour laisser le passage libre au public ?
Les développements résidentiels à l’arrière de l’hôtel Trou Aux Biches Beachcomber ont créé une grosse affluence sur la plage devant l’hôtel. L’avènement du « tourisme AirBnB » est venu aggraver le problème. La cohabitation entre les clients des hôtels et les non-résidents est devenue difficile. Un terrain de l’État qui est loué à bail donne un droit de jouissance privilégié au locataire. La loi est claire à ce sujet : Le droit de passage le long de la plage est totalement libre. Au-delà de la ligne de la marée haute, cela relève du privé.  Le locataire doit donc accorder un droit de passage au public, mais ce public n’a pas le droit de s’installer au-dessus de la high water mark, la ligne correspondant au plus haut niveau de la mer atteint lors des grandes marées. Le public mauricien et les étrangers non-résidents, ont du mal à comprendre cette disposition légale et cela crée des conflits au quotidien.

 

La plage aujourd'hui
La plage aujourd'hui   ©Droits réservés
 



 Quelles sont vos relations avec le ministère de tutelle ? Y a-t-il des « remises » fiscales par rapport à la perte du domaine exploitable ?
Nos relations avec les ministères sont excellentes. Par contre, il n’y a aucun support financier des autorités par rapport à l’érosion des plages devant les hôtels. C’est un sujet qui devra faire l’objet de discussions au cours des mois à venir. 

 

Michel Daruty de Grandpré
Michel Daruty de Grandpré, General Manager de l’hôtel Trou aux Biches Beachcomber Golf Resort & Spa.   ©Droits réservés
 
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