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Michel Domenichini Ramiaramanana : le Malgache qui a inventé la « world music »

Michel Domenichini, décédé à 62 ans, était une figure majeure du milieu économique mais également culturel malgache. © No Comment
Décédé en décembre dernier à l’âge de 62 ans, Michel Domenichini Ramiaramanana était une personnalité à multiples talents. Organisateur de nombreux salons à Madagascar, dont l’incontournable Foire internationale de Madagascar (FIM), il a été aussi un inlassable dénicheur de concepts marketing. Celui de « world music » notamment, en 1985…

Lui-même le concédait, en 2015, au magazine malgache No Comment : « Tous les événements économiques n’arrivent pas à leurs dix années d’existence… surtout à Madagascar. Dire qu’on savait à l’avance qu’on parviendrait à la dixième édition de la Foire internationale de Madagascar (FIM), cela je ne pouvais pas le garantir. » Pourtant, la FIM est devenue, au fil des années, un événement multisectoriel incontournable, non seulement dans la Grande Île, mais dans tout l’océan Indien. Elle en est aujourd’hui à sa quinzième édition. 
Inlassable « médiateur économique », Michel Domenichini Ramiaramanana avait également organisé, via son agence Première Ligne, 23 éditions du Salon international de l’habitat, sans parler de la Foire internationale de l’agriculture, de l’Asia Enjoy et du Salon international du transport, de la logistique et de la manutention. « Notre plus grand défi (est) de surmonter quarante années de léthargie économique », confiait-il. Et on doit reconnaître que le pari a été réussi. Si on comptait 120 stands à la première édition de la FIM, en 2005, à la douzième, il y en avait 600 !

Libérer l’esprit d’entreprise

La FIM devient la plateforme qui permet à tous les entrepreneurs malgaches et étrangers, mais aussi les ministères et les organisations professionnelles, de se rencontrer. Trente nationalités ont participé à ce qui est vite devenu le plus grand événement économique de la sous-région. « Mauriciens, Réunionnais, Mahorais, Comoriens, Seychellois », égrenait avec fierté Michel Domenichini Ramiaramanana, mais outre les « voisins », la FIM a su accueillir quantité d’hommes d’affaires d’Europe, de Turquie et de Dubaï. Elle a surtout permis aux entrepreneurs locaux de mener à bien leurs projets en valorisant différents systèmes de financement comme les fonds en capital risque, les fonds de cautionnement mutuel et la contribution des bailleurs de fond internationaux. 
Vu les limites du marché malgache, les chefs d’entreprise sont condamnés à l’international. C’est ce qu’avait compris le patron de la FIM, toujours soucieux d’améliorer l’offre exportable du Vita Malagasy (Made in Madagascar) et « à engager une réflexion sur le respect des normes et l’ensemble des paramètres que le marché international requiert ». Entre autres innovations, la FIM a largement contribué à développer l’agriculture bio à Madagascar. 
Il n’y a pas que l’économie qui passionnait ce métis. Son père, Jean-Pierre Domenichini, d’origine corse, était un historien reconnu à Madagascar - membre titulaire de l’Académie malgache -, et lui-même avait soutenu la culture locale en lançant la Biennale des Arts de Madagascar. 

Toujours un coup d’avance 

Féru d’innovation avec toujours un coup d’avance, il avait travaillé à Paris pour l’UNESCO, au début des années 1980, dans un laboratoire de recherche qui devait faire émerger plus tard le compact-disc. Inlassable « lanceur de concepts marketing », il revendiquait notamment la paternité de celui de « world music », inventé à Tokyo en 1985 avec un Vietnamien et un Israélien, dont ils avaient déposé le brevet. « Ce qui n’était au départ qu’une pure idée est devenue une culture et une économie qui font vivre des milliers de musiciens », relevait- il, comme brûlant de mettre ce haut potentiel d’innovation au service de son propre pays. Car le fil conducteur de toutes les réalisations de ce diplômé de l’école des Hautes études en sciences sociales (EHESS) de Paris était, sans aucun doute, son amour pour la Grande Île. Il ambitionnait « de faire de Madagascar la terre d’accueil de toutes les initiatives entrepreneuriales et des investissements étrangers », démentant la cruelle citation faussement prêtée au général de Gaulle (elle est en réalité de Clémenceau mais à propos du Brésil) : « Madagascar est un pays d’avenir et le restera. » Preuve qu’on peut être aussi prophète en son pays.

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