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NEUTRALITÉ CARBONE EN 2050 : Une feuille de route signée Mauritius Commercial Bank

1 aoû 2020 | PAR Alexandre Karghoo | N°351
Pour Pierre Guy Noël, CEO du groupe MCB, « l’objectif de la neutralité nationale est surtout source de réelles opportunités d’innovation ». © MCB
La première banque de l’île et de l’océan Indien (selon le Top 500 de « L’ Éco austral ») joue à fond la carte du développement durable. La MCB a commandité un rapport qui propose une feuille de route pour la neutralité carbone nationale d’ici 2050.

Dans le cadre de sa responsabilité sociétale d’entreprise (RSE), la Mauritius Commercial Bank a commandité un rapport auprès du cabinet français Utopies. Baptisé Klima-Neutral 2050 (KN2050) et présenté début février lors de la conférence Klima, ce rapport propose à Maurice de relever trois défis de taille : la réduction de « l’intensité énergétique de l’économie », la décarbonation (ou décarbonisation) de l’énergie et le développement massif de puits de carbone. 
En détail, le défi numéro un est de diviser par deux l’intensité énergétique du pays, c’est-à-dire améliorer l’efficacité de l’énergie. Pour ce faire, les secteurs résidentiels, commerciaux et tertiaires devront considérablement améliorer leur performance en consommant moins grâce au développement et à l’adoption de nouvelles infrastructures, technologies et solutions en matière de mobilité. Tout cela réduirait de 25 % l’intensité énergétique nationale, soit la moitié de l’objectif. 

Les puits de carbone 

Pour le reste, KN2050 préconise une réduction des distances du transport international à travers la réduction des importations et la construction de nouvelles filières locales et régionales. Cela devrait apporter une réduction de 10 % supplémentaire. Le reste de la réduction (-15 %) serait possible à travers le développement d’une économie circulaire dans l’industrie, notamment pour le papier, le plastique, le bois et les métaux. Un recyclage de 50 % des déchets serait ainsi nécessaire. Pour décarboner l’énergie, il faudra « réduire drastiquement, d’environ 80 %, la part du charbon et du pétrole dans le mix énergétique », avance le rapport. Cela représente l’installation de 9 W400 MW de capacité de production d’énergie à partir de sources renouvelables (solaire, éolienne, thermique, biomasse et marine). 
Au sujet des puits de carbone actuels - forêts, mangroves, algues ou artificiels qui captent le dioxyde de carbone (CO2) à la source ou dans l’air - il faudrait les développer à leur maximum. Ainsi, ils pourraient potentiellement absorber 15 % à 20 % des émissions carbones actuelles. Le développement de nouveaux puits de carbone laisserait plus de marge pour les mesures que nécessitent les défis un et deux. 
En premier lieu, KN2050 invite les entreprises à s’impliquer dans la démarche et propose quatre étapes : la mesure de leur empreinte carbone, la réalisation individuelle d’un objectif neutralité, la réduction des émissions et la mise en place d’un plan de compensation. Cette dernière étape est une solution complémentaire qui implique d’investir dans des projets ou systèmes qui absorbent le carbone de l’air. « Si toutes les entreprises mauriciennes s’engageaient dans une stratégie de neutralité carbone, elles pourraient réduire de 6 % leurs émissions de CO2 dès 2020 (rythme permettant d’atteindre l’objectif intermédiaire de -45 % en 2030) », conclut Klima Neutral. 
« Le groupe MCB (…) est convaincu que ce changement climatique et ces contraintes de neutralité carbone représentent aujourd’hui de réelles opportunités d’innovation pour Maurice. C’est pour cela qu’il a décidé de se doter d’une stratégie climat ambitieuse. Nous avons pris des engagements forts, tant sur nos impacts directs sur l’environnement que sur des solutions de financement vert », avance Pierre- Guy Noël, le CEO du groupe. 

La MCB veut donner l’exemple 

Un groupe qui veut donner l’exemple. Ainsi, un programme de crédits verts, à hauteur d’un milliard de roupies (23 millions d’euros) sur trois ans à destination des entreprises et des offres  de financement aux particuliers pour l’achat de services et équipements bas carbone, est annoncé. Une plateforme de compensation permettant aux entreprises de financer des puits de carbone et des projets de transition énergétique sera mise en place. À l’international, la banque s’engage à ne plus financer les activités liées à l’exploitation du charbon. Cela s’appliquera aussi à Maurice. La flotte de véhicules deviendra graduellement hybride ou électrique. Le groupe dédiera cinq millions d’euros à un fonds d’investissement sur la période 2021-2040 pour compenser près d’un million de tonnes de CO2 en soutenant des projets communautaires. 

Cap Business Océan Indien veut activer la coopération régionale
 
L’organisation régionale Cap Business océan Indien (ex-Union des CCI) veut promouvoir le partage de projets et de ressources entre les îles en matière d’économie circulaire. Lors d’un atelier de deux jours, organisé à Maurice, des initiatives et des projets ont été présentés devant des responsables d’entreprises, d’organisations professionnelles, d’administrations publiques et d’ONG de l'océan Indien. Durant les sessions de travail, les acteurs économiques présents, issus de toutes les îles du sud-ouest de l’océan Indien, ont identifié des pistes de collaboration visant à structurer des filières de gestion des déchets sur plusieurs territoires. L’entreprise réunionnaise Fourmize, par exemple, achète à des particuliers des déchets recyclables avec des bons de réduction dans des commerces associés. Ce projet social et solidaire concerne plus particulièrement des populations qui ne pratiquent pas le tri sélectif à la source. Il peut donc être répliqué sur d’autres territoires. On peut encore citer la start-up Eco warriors, un développeur mauricien ayant créé une application pour smartphone qui calcule le coût économique et environnemental pour les entreprises de la non-prise en compte de la gestion des déchets. Concernant ces initiatives, Cap Business s’est engagé à faciliter leur expérimentation sur un premier territoire et, dans un second temps, leur duplication sur d’autres. Les acteurs de l’économie circulaire ont exprimé le besoin d’accompagnement des États pour la mise en place de cadres règlementaires, notamment les règlementations sur la classification des déchets. Cap Business Océan Indien portera cette demande du secteur privé devant le Conseil des ministres de la COI. 
Jacques Rombi
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