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La stratégie des points forts

1 mar 2014 | PAR Olivier Malabiau | N°283
L'un des risques des évaluations annuelles est d’être démotivé quand le manager se focalise sur des plans de formation visant à corriger les faiblesses plutôt que de décupler les points forts. - Stocklib/Watiporn Yenchum

Admettez que nous avons tous la propension à remarquer tout ce qui n’est pas correct à nos yeux, en occultant les points favorables. Or il est possible d’inverser cette tendance.

Le cerveau humain, avec plusieurs milliers d’années d’évolution qui l’ont conduit à éviter les dangers pour survivre, repère plus naturellement les lacunes que les opportunités.
Le milieu familial, scolaire et religieux, a instauré dans les consciences, un amas de peurs et d’interdits qui pousse chacun à observer une réalité tronquée.

 

« TOUT SE FORMATE SUR CE QU’IL NE FAUT PAS FAIRE »

 
En effet, il vous suffit de vous remémorer toutes les injonctions intégrées durant votre jeune enfance : « Ne touche pas ça ! », « arrête de courir partout ! », « dépêche toi ! », « ne coupe pas la parole aux grands ! »… pour vous apercevoir que tout se formate sur ce qu’il ne faut pas faire.
Rendez-vous compte que les systèmes d'évaluation, à l’école, à l’université et jusqu’à l'entreprise, se basent sur la notification des faiblesses et leur correction.
Une des conséquences est que 77% des parents passent la majorité de leur temps sur les mauvaises notes, même lorsque leur enfant en obtient de très bonnes dans d’autres matières.
Ce fonctionnement se perpétue dans l'entreprise au travers des évaluations annuelles avec un risque d’être démotivé vingt fois plus important quand le manager se focalise sur des plans de formation visant à corriger les faiblesses plutôt que de décupler les points forts. L’évolution de carrière, majoritairement verticale, impacte défavorablement l'exploitation des points forts. Les dernières études démontrent que 
plus un salarié gravit mécaniquement les échelons dans une même entreprise, moins il exploite son potentiel. Il n’est donc pas étonnant de constater que 59% à 76% d’entre nous (sans distinction de nationalité) privilégient la correction de nos faiblesses pour réussir.
 

EXPLOITER SES POINTS FORTS POUR ÊTRE PLUS MOTIVÉ DANS SON TRAVAIL

 
Vous serez surpris d’apprendre que les salariés exploitant quotidiennement leurs points forts demeurent plus épanouis et efficaces. Ils sont par exemple quatre à six fois plus motivés dans leur travail que la moyenne, sachant qu’en général seuls 14% des salariés s'impliquent pleinement.
Il reste à faire un choix : préférons-nous corriger nos faiblesses pour, au final, une amélioration modeste alors que la pleine utilisation de nos quelques points forts générerait un effet exponentiel permettant d'atteindre de meilleurs résultats dans une activité.
Les points forts peuvent revêtir plusieurs dimensions :
  • Individuelles sous forme de qualités propres à chacun ;
  • Relationnelles, c’est à dire qu’un point fort peut s’activer uniquement avec certains collègues, clients ou proches… voire même être la qualité émergente d’une relation ;
  • Techniques puisqu’elles relèvent d’une connaissance spécifique, permettant de se démarquer sur un sujet distinct ;
  • Circonstancielles où le déclenchement se réalise selon l’environnement de l’activité ou du métier, en fonction de l’espace-temps alloué et le type de d’exercice requis…
Mais il est bien beau de parler de points forts à condition de savoir les reconnaître et de les capitaliser. Or, bien souvent, par manque d’estime de soi, il n’est pas si aisé pour chacun de vraiment identifier ses points forts. C’est pourquoi il reste intéressant de se faire aider afin de mieux les découvrir et les amplifier tout en sachant gérer les faiblesses qui nuiraient à leur pleine émergence.
 

QUE FAIRE DES FAIBLESSES ?

 
Déjà, dans un premier temps, il suffit de les observer. Sommes-nous capables de les identifier ?
Cela demande de mettre en marche sa caméra B, vous savez cette caméra au dessus de vous, qui observe vos réactions, attitudes, émotions et votre mental sans les juger. Exercice intéressant, qui se réalise petit à petit car il est très difficile de devenir conscient de soi et de son environnement en peu de temps et surtout en permanence. C’est une démarche qui s’exerce progressivement, jour après jour. Bien entendu, cet exercice d’observation se fait aussi pour les forces et qualités intrinsèques. Une fois nos faiblesses observées, quelles seraient leurs opposés ? Si vous avez une tendance colérique, pouvez-vous déceler de l’équanimité dans vos attitudes ? Pourriez-vous vous visualiser ayant des attitudes posées, en toute quiétude ?
Travailler sur ses points forts, demande une petite dose de conscience de soi. « L’observation de soi provoque certains changements dans les processus intérieurs de l’homme, écrit Georges Gurdjieff (célèbre figure de l'ésotérisme de la première moitié du XX siècle, ndlr). En s’observant lui-même, il projette, pour ainsi dire, un rayon de lumière sur ses processus intérieurs qui s’étaient déroulés jusqu’ici dans l’obscurité totale. Et sous l’influence de cette lumière, les processus eux-mêmes commencent à changer. »
Au-delà de la recherche individuelle de développement personnel qui demeure un point de départ fondamental, identifier ses points forts nécessite également de trouver où, quand, avec qui et pour quels types d’activités l’individu reste le plus performant. Les points forts révèlent toute leur efficacité lorsqu’ils sont partagés et évoluent au sein d’un groupe permettant à chacun de devenir le meilleur de lui-même avec les autres, en s’affranchissant de tout jugement.
Oui, il est possible de s’ouvrir à son environnement essentiellement pour ses bons côtés, et il en va de même avec toutes vos relations. Question de volonté et de choix…

Alors, trinquons avec nos verres à moitié pleins !
 
  • Olivier Malabiau

    Directeur du pôle Ressources humaines, Marketing et Innovation du groupe Sipromad, à Madagascar, après s’être forgé une solide expérience d’une vingtaine d’années au sein de groupes internationaux tels que Casino, Mac Donald’s, Carrefour et le groupe bancaire BPCE. Son expertise repose sur les « baromètres sociaux », le « creativ leadership » et le management. 
    Ses activités l’ont conduit à croire fermement que la motivation des salariés et leur développement personnel demeurent des paramètres déterminants pour l’expansion économique des entreprises. 

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