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Transition énergétique : arrêtons les objectifs irrationnels !

Grâce à l’énergie nucléaire, le prix du Mégawattheure en France est l’un des plus bas d’Europe : 88 euros TTC pour l’industrie contre 134 euros en Allemagne. - Stocklib@Vaclav Volrab

Ramener la part du nucléaire à 50% en 2025 conduirait à un surcoût de 30 milliards d’euros par an. En Allemagne, il est déjà de 24 milliards d’euros.

 

Le détail de la loi sur la transition énergétique n’est pas connu, mais ses objectifs sont plus irrationnels qu’économiques : en 2025, ramener la part du nucléaire de 75% à 50% dans la production d’électricité et, en 2050, diviser par quatre la production de gaz carbonique et réduire de moitié la consommation totale d’énergie. En tenant compte de leur intermittence, le coût de la production éolienne et photovoltaïque est de trois à sept fois plus élevé que le coût actuel de l’électricité. La charge pour les consommateurs des programmes déjà lancés est évaluée par la Cour des comptes à 4 milliards d’euros par an en 2015 et 8 milliards en 2020.

DEUX SCÉNARIOS QUI NE TIENNENT PAS LA ROUTE

Pour tenir l’engagement du gouvernement de 2025, il n’existe que deux scénarios. Celui d’EDF : réduire la proportion du nucléaire en augmentant la consommation totale d’électricité. Celui des Verts : réduire la consommation d’électricité et arrêter la moitié des 58 réacteurs nucléaires. Le premier scénario va à l’encontre des objectifs de 2050. Le second prône une réduction massive de la consommation d’énergie, niant les besoins insatisfaits dans notre société. Il est difficile, révoltant même, de dire à la moitié des salariés, qui gagnent moins de 1 685 euros par mois, ou aux retraités dont la pension moyenne est de 1 200 euros qu’ils consomment trop d’énergie. Idem pour les trois millions de mal logés et les quatre millions en précarité énergétique. Viser une stabilisation de la consommation moyenne d’énergie par personne constituerait déjà un objectif très ambitieux. Des progrès techniques vont réduire notre consommation d’énergie. Mais dans le domaine des transports, une grande partie du parc qui sera en service en 2025 est déjà en circulation ou en production. Et pour les bâtiments, le coût des adaptations est considérable. Les nouvelles normes thermiques provoquent un surcoût à la construction de 15% et isoler 500 000 logements anciens par an exigerait d’investir 15 milliards d’euros. Des capitaux dont notre pays ne dispose pas et dont le retour sur investissement est souvent faible. Certains espèrent que ces grands chantiers vont au moins créer des emplois. Mais « remplacer les camions par des brouettes », Alfred Sauvy l’a déjà expliqué en 1960, donne l’illusion de créer des emplois, mais dégrade en fait la compétitivité du pays, réduit le niveau de vie des Français et finit pas augmenter le chômage.
Les alertes du GIEC, justifiées ou pas, ont peu de prise sur la réalité mondiale. Il serait donc logique de réfléchir à la façon de lutter contre les désordres climatiques éventuels. Après la catastrophe de 1953, les Hollandais ont construit des digues ; après les tremblements de terre de Tokyo, les Japonais ont construit des immeubles résistants ; et dans les plaines du middle-west, les habitants ont des caves pour s’abriter pendant le passage des tornades. Les Français peuvent aussi prendre leur destin en main.

Dans son étude « La France face aux choix énergétiques », la Fondation iFRAP étudie le réalisme des objectifs fixés par les pouvoirs publics et propose quatre mesures fortes :

  1. 1. Construire en permanence un à deux réacteurs nucléaires ;
  2. 2. Évaluer puis éventuellement exploiter le gaz de schiste ;
  3. 3. Mettre en réserve les technologies opérationnelles mais trop coûteuses, éolien et photovoltaïque notamment ;
  4. 4. Intensifier la recherche sur les technologies d’avenir (stockage, nucléaire, biomasse et photovoltaïque de seconde génération).

Au total, les objectifs 2025 et 2050 fixés par les gouvernements ne sont ni réalistes pour la France ni efficaces au niveau mondial. Ils ne pourraient être atteints qu’en décrétant une économie de guerre avec tickets de rationnement ou en investissant massivement dans des sources d’énergie peu performantes. Ce n’est crédible ni du point de vue technique, ni du point de vue économique ni du point de vue social ou sociétal. Maintenant, ne polluons plus le débat de l’énergie par des postures politiciennes ou émotionnelles, voyons-le comme ce qu’il est : un sujet économique totalement corrélé à celui de l’emploi et du niveau de vie.

Philippe François et Agnès Verdier-Molinié

Philippe François a rejoint en 2002 la fondation iFRAP (« think tank » dédié à l’analyse des politiques publiques) comme chercheur après une carrière d’ingénieur puis de consultant dans le domaine des télécommunications.
Directrice de la Fondation iFRAP depuis décembre 2009, Agnès Verdier-Molinié est l’auteur, aux éditions Jean-Claude Lattès, de « La Mondialisation va-t-elle… nous tuer ? » (2008), des « Fonctionnaires contre l’État - Le grand sabotage », aux éditions Albin Michel en 2011 et
« 60 milliards d’économies ! Oui… mais tous les ans », aux éditions Albin Michel en 2013. Elle a été élue « personnalité think tank de l’année 2010 » dans le cadre des Trophées organisés par l’Observatoire français des think tanks.
http://www.ifrap.org

 

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