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Be Green Engineering : un bureau d'études qui s'exporte avec bonheur

22 juin 2014 | PAR Christophe Rocheland
Après être intervenu sur le siège de Socota à Tananarive et en avoir fait une référence en matière de « Green Building », Be Green Engineering va maintenant travailler sur les bâtiments industriels du groupe textile à Antsirabe.
Une nouvelle preuve que l’expertise réunionnaise, en matière de « green business », tient la route et peut se vendre à l’extérieur de l’île, que ce soit en Afrique du Sud, à Madagascar ou même en Chine.

Comment naît un projet export ? Comment une entreprise réunionnaise peut-elle décrocher des contrats à l’international ? Cette question mérite d’être posée quand on sait les difficultés qu’éprouvent nos opérateurs économiques à trouver LA voie internationale. Dans le cas de Be Green Engineering, la réponse est avant tout à chercher dans le parcours de son Pdg, Fabrice Vandomel. Féru de rugby, il a développé, avant de faire des affaires, des liens « costauds » avec  ses partenaires de jeu, notamment en Afrique du Sud. Des liens qui reposent avant tout sur des relations humaines, nourries par de nombreux voyages en Afrique australe pour des compétitions, mais aussi une ouverture vers des pays anglophones. « J’ai mis plus de dix ans à façonner mes relations à l’international… Avant même de faire du business, c’est une question d’amitié et de partage dans la société civile et dans le sport. Ce n’était pas des affaires intéressées. » De quoi alimenter néanmoins son carnet de commande et réaliser plus de 20% de son chiffre d’affaires à l’export. Malgré une conjoncture locale défavorable, l’entreprise a vu ainsi son chiffre d’affaires tripler en moins de trois ans. On relève déjà l’implantation de deux filiales : en France (Nice) et en Afrique du Sud en attendant Madagascar qui devrait suivre. Une rareté à La Réunion, surtout en matière d’ingénierie.

UN PARCOURS DONT ON PEUT S’INSPIRER

Comment Be Green Engineering a-t-il pu en arriver là ? L’export est la matrice même de l’identité constitutive de l’entreprise. « C’est dans le cadre de mon départ d’un bureau d’étude, filiale d’un grand groupe international, dans lequel j’étais directeur, que j’ai déroulé ensuite ma propre stratégie à l’international, explique Fabrice Vandomel. Cela a été le point de départ de mon projet d’entreprise. D’où son nom anglais, tourné vers l’extérieur. Je l’ai positionnée dés le début comme une structure régionale et non pas exclusivement locale. »
La rupture – notamment avec son ancien employeur - a consisté aussi à opter pour une stratégie Sud-Sud qui s’est révélé payante à terme. « Un groupe basé à 10 000 kilomètres ne pouvait pas comprendre cette démarche. La vision n’était pas la même, ils avaient un développement centré vers les pays européens. » Dans le contexte actuel, la taille de l’entreprise, qui demeure une PME, n’est pas une contrainte, bien au contraire. Sa réactivité se révèle meilleure et Be Green Engineering a fait le choix de s’appuyer sur un réseau de partenaires composé de structures moyennes possédant un niveau d’expertise complémentaire et très élevé. Ce qui permet de privilégier « l’ingénierie de proximité ».
En constituant une équipe possédant les compétences et la maîtrise de la langue, l’entreprise, s’est donnée des moyens à la hauteur de ses ambitions. En finançant les formations complémentaires et les séjours à l’étranger de ses collaborateurs et en assurant son développement sur fonds propres. Elle a misé sur l’humain et investi sur l’avenir avec un recrutement d’ingénieurs réunionnais à fort potentiel ayant une expertise à l’internationale. Le déclic a été l’invitation en 2009 à Johannesburg à une conférence sur la maîtrise de l’énergie en milieu urbain. L’occasion de tisser des liens et de développer des échanges avec des partenaires de renom comme WSP, Talbot et Twin City. Des liens qui ont permis à Be Green Engineering d’organiser depuis 2011 un événement labellisé par le ministère français de l’Écologie - l’Eco Meeting - qui réunit chaque année des intervenants régionaux et nationaux et qui a reçu le prix « coup de la semaine » du développement durable.

  • Fabrice Vandomel, fondateur et dirigeant de Be Green Engineering. Avant de faire des affaires, ce passionné de rugby a développé des liens « costauds » avec ses partenaires de jeu, notamment en Afrique du Sud. (Photo Ipreunion.com).

    Fabrice Vandomel, fondateur et dirigeant de Be Green Engineering. Avant de faire des affaires, ce passionné de rugby a développé des liens « costauds » avec  ses partenaires de jeu, notamment en Afrique du Sud. (Photo Ipreunion.com).

    Fabrice Vandomel, fondateur et dirigeant de Be Green Engineering. Avant de faire des affaires, ce passionné de rugby a développé des liens « costauds » avec  ses partenaires de jeu, notamment en Afrique du Sud. (Photo Ipreunion.com).

SES PREMIERS MARCHÉS : À MADAGASCAR

« Vu de France métropolitaine, la vision économique et politique dans l’océan Indien n’est pas appréciée à sa juste valeur, analyse Fabrice Vandomel. Les gens ne prennent pas le temps de venir et de découvrir comment ça se passe. La régionalisation de l’activité doit s’inscrire dans la durée, Be Green se positionne sur des secteurs à forte valeur ajoutée, en particulier le secteur industriel, mais également le tertiaire. Nous sommes heureux de rencontrer à Madagascar des entreprises qui ont envie d’apprendre. Il y a une transmission de compétences, c’est à la fois bénéfique pour nos clients et pour nos collaborateurs. Les projets sont complexes au niveau technique et les maîtres d’ouvrages se donnent les moyens de leurs ambitions, contrairement aux idées reçus. »
Be Green a été sollicité par de grands groupes industriels malgaches, comme Socota, pour lequel il a assuré les études de construction du nouveau siège social à Tananarive, livré en Janvier 2014. Le cabinet travaille aussi sur les projets de logements et de bureaux de VIMA Construction. Comment expliquer cet engouement pour l’expertise réunionnaise ? Il s’agit pour Fabrice Vandomel de la transmission d’un savoir-faire, mais aussi  d’une adaptation au contexte local pour que cela corresponde vraiment aux besoins. « Nous essayons d’aller à un niveau supérieur. Cela passe par un accompagnement et un soutien aux entreprises qui recherchent l’excellence et l’évolution vers des standards de construction de niveau international. » Ainsi, sur l’un de ses chantiers en plein cœur de Tananarive, Be Green a réussi, sur les études de climatisation, à installer des systèmes de traitement d’air double flux avec récupérateur d’énergie. Sans oublier des systèmes d’éclairages performants, peu énergivores et des dispositifs de sécurité incendie aux normes internationales. « Nous avons réussi à convaincre le maître d’ouvrage de la nécessité de réaliser son projet sur la base des normes internationales et de mandater un contrôleur technique Socotec intervenant sur la stabilité et la sécurité de l’ouvrage. Ce bâtiment a été construit et réhabilité avec un faible impact sur l’environnement. Le haut niveau de performance énergétique et acoustique, la maîtrise des coûts de maintenance et d’exploitation des bureaux seront des arguments que notre client pourra faire valoir auprès de ses futurs locataires qui bénéficieront d’un standard de niveau européen et international. »

UN HORIZON QUI S’ÉLARGIT

Viennent ensuite d’autres marchés dans l’océan Indien, mais aussi en Chine avec Stéphane Roux. « Notre collaboration avec Blond & Roux, cabinet d'architecte parisien de renom, nous a permis d’être associés à son équipe sur le projet de rénovation d’une université dans la ville de Xiang. Les négociations sont en cours et devraient leur permettre d’intervenir sur la prochaine extension : un bâtiment de 55 000 mètres carrés. »
Concernant l’Afrique du Sud, Be Green Engineering a ouvert les portes de ce marché aux entreprises réunionnaises et à la CINOR (Communauté intercommunale du nord de La Réunion) dans le cadre d’un projet de ville nouvelle durable à Durban. Ce « Red Hub » est présenté comme le futur centre mondial de recherche, d’innovation et de développement des énergies renouvelables en partenariat avec des investisseurs allemands et sud africains. Ainsi, l’entreprise a été conviée à la visite du site retenu pour la réalisation du premier bâtiment à Durban en février et a pu participer également à la conférence internationale sur les énergies « Africa Indaba Energy 2014 » à Johannesburg.
Au cours de ses échanges et de ses contacts fructueux à l’extérieur, outre l’expertise apportée par l’ingénieur et chef d’entreprise réunionnais, c’est aussi l’attractivité du territoire de La Réunion qui est mise en avant. Le rayonnement de Be Green Engineering dans la région lui confère le rôle en quelque sorte d’ambassadeur du territoire auprès de ces potentiels investisseurs et des institutionnels locaux. Un travail de longue haleine… Mais qui devrait payer. Fabrice Vandomel en est convaincu et le montre. Un état d’esprit rassembleur et une démarche volontaire peuvent apporter des opportunités à d’autres PME réunionnaises incarnant ainsi une nouvelle génération de chefs d’entreprise.
 

LE PROJET DE VILLE NOUVELLE DURABLE DE DURBAN
Ce projet, situé à proximité de la ville actuelle a pris du retard, mais devrait néanmoins se concrétiser en 2014 pour un achèvement à l’horizon 2020. Le consortium allemand IKD International est le maître d’œuvre de cette ville nouvelle. Une ville tournée vers la recherche et l'innovation en développement durable et qui nécessite une levée de fonds de 1,2 milliard d’euros auprès d’investisseurs privés tout en profitant de certains financements publics, même si la conjoncture économique actuelle de l’Afrique du Sud ne facilite pas les choses. La réalisation des travaux de cette ville axée sur les énergies renouvelables et le « green building » devrait représenter des opportunités d’affaires pour les entreprises spécialisées dans le « green business ».
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