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Réunion/Maurice

Une nouvelle dimension pour la coopération entre les deux îles

3 juin 2015 | PAR La rédaction | N°297
Etienne Sinatambou (à gauche), ministre mauricien des Affaires étrangères, de l’Intégration régionale et du Commerce international, et Didier Robert, sénateur et président de la Région Réunion : « Nos deux îles sont trop petites pour être frontalement concurrentes." - Davidsen Arnachellum
L’inauguration d’une antenne économique de la Région Réunion à Maurice illustre le tournant qui s’était amorcé en novembre 2014, lors des rencontres Réunion-Maurice du développement durable et des biotechnologies. Moins de rivalités et plus de moyens à mettre en commun pour stimuler la croissance.

À quelques semaines près, deux événements sont venus montrer l’émergence d’une coopération d’un nouveau genre. Il y a eu d’abord le lancement du long-métrage « Lonbraz Kann » qui associe des fonds réunionnais, mauriciens et européens (voir notre article page 28). Puis, le 7 avril, c’était l’inauguration de l’antenne de la Région Réunion à la cybercité d’Ebène, à Maurice, par Didier Robert, sénateur et président de la collectivité réunionnaise qui gère notamment les fonds structurels européens, et Etienne Sinatambou, ministre mauricien des Affaires étrangères, de l’Intégration régionale et du Commerce international. Deux événements indépendants l’un de l’autre mais qui montrent que les choses avancent dans le bon sens, d’autant plus que l’Union européenne prône désormais l’association de fonds FEDER (Fonds de développement régional), dont bénéficie La Réunion, et FED (Fonds européen de développement) dont peut profiter Maurice en direct ou via la COI. Une note d’orientation de la Commission européenne, en date du 18 novembre 2014, évoque clairement le financement de projets communs en vue de « renforcer la coopération entres les Régions ultrapériphériques de l’Union europénne, les pays d’Afrique, Caraïbes et Pacifique et les Pays et territoires d’Outre-mer voisins ». 
 

Cette « ambassade de La Réunion » se situe dans la cybercité, à Ebène, qui se veut le nouveau centre économique de Maurice. - Davidsen Arnachellum
Cette « ambassade de La Réunion » se situe dans la cybercité, à Ebène, qui se veut le nouveau centre économique de Maurice. - Davidsen Arnachellum























AU-DELÀ DE LA COOPÉRATION TECHNIQUE : UNE COOPÉRATION STRATÉGIQUE

Difficile encore de savoir quelle part du FEDER dévolu à La Réunion (une enveloppe d’1 milliard 139 millions d’euros sur la période 2014-2020) pourrait être consacrée à des projets de coopération. Les choses ne sont pas simples en la matière, mais cette nouvelle orientation pourrait au moins éviter des opérations qui se montent en parallèle sans concertation. On peut le constater, par exemple, dans le dossier de la sécurité alimentaire visant à accroître la production agricole de Madagascar en vue de mieux fournir La Réunion et Maurice. La COI conduit un ambitieux projet alors que la fédération des coopératives agricoles réunionnaises conduit le sien. L’ouverture d’une « ambassade de La Réunion » à Maurice et le travail de quelques jeunes réunionnais sur le terrain (voir notre encadré) ne pourront que faciliter les échanges d’informations et la concertation. Comme l’ont déclaré d’une même voix Etienne Sinatambou et Didier Robert : « Nos îles sont trop petites pour être frontalement concurrentes. » Certes, il ne s’agit pas de tomber dans l’angélisme et de s’imaginer que toute concurrence disparaîtra, mais, quand cela sera possible, des projets communs permettront de trouver de nouveaux relais de croissance et notamment sur d’autre marchés que ceux de La Réunion et de Maurice. « On a dépassé le stade d’une coopération seulement technique pour atteindre celui d’une coopération plus stratégique », ajoute Catherine Gris qui intervient comme chargée de mission auprès de l’AMM (l’association des industriels mauriciens) et a l’avantage de bien connaître les tissus industriels des deux îles. Autant de raisons qui font sans doute que l’inauguration de l’antenne économique de la Région Réunion à Maurice a connu une belle affluence avec la venue de nombreux chefs d’entreprise des deux îles. Une suite aux rencontres Réunion-Maurice du développement durable et des biotechnologies qui, organisées en novembre 2014 à La Réunion par le Club Export, avaient commencé à esquisser les grandes lignes de cette nouvelle stratégie. Désormais, on parle surtout de besoins respectifs et de complémentarité pour aller conquérir de nouveaux marchés. Et les entrepreneurs mauriciens qui, jusqu’alors, se tournaient plutôt vers la France métropolitaine quand il était question de savoir-faire français, commencent à réaliser que ces savoir-faire se déclinent bien souvent à La Réunion, à 45 minutes de d’avion. Et ils découvrent même l’existence de savoir-faire spécifiques à ce département d’Outre-mer. 

UN OUTIL POUR LES CHEFS D'ENTREPRISE RÉUNIONNAIS

Avec son « ambassade », la Région Région se propose d'accompagner les entreprises réunionnaises à Maurice. En effet, si 35 entreprises réunionnaises y possèdent des filiales, on estime leur taux d'échec à plus de 50%. Surtout par manque de connaissance d’un marché qui diffère beaucoup de celui de La Réunion et en raison d’un manque de suivi. Prenant acte de ces insuccès, cette antenne a pour mission de développer les échanges économiques entre les deux îles, de promouvoir des pôles de compétences et d’expertise réunionnaise dans les programmes de coopération internationale et d'assurer le suivi et l’accompagnement du dispositif de Volontaires de solidarité internationale (VSI) (*) orienté vers le secteur économique. « L’objectif est de profiter des liens noués par Port-Louis avec l'Afrique et l'Asie, souligne Didier Robert. Et de viser ce Grand océan Indien où baignent ces deux continents qui apparaissent de plus en plus comme comme des pôles d'attractivité majeurs alors que l'Europe subit toujours les contrecoups de la crise économique. »

On peut signaler par exemple l’absence de traité de non double imposition entre le Mozambique, pays qui intéresse des entrepreneurs réunionnais, et la France. Ce qui n’est pas le cas de Maurice. Port-Louis a signé avec Maputo, comme avec treize autres États africains, un traité de non double imposition. De plus, Maurice fait partie de la SADC (Communauté de développement d'Afrique australe) et du COMESA (Marché commun d'Afrique orientale et australe), des marchés qui pèsent très lourd. 

(*) Le volontariat de solidarité internationale (VSI) a pour objet l'accomplissement à temps plein d'une mission d'intérêt général dans les pays en voie de développement. La mission appartient aux domaines de la coopération et de l'action humanitaire.
 

TROIS JEUNES RÉUNIONNAIS SUR LE TERRAIN MAURICIEN
 
Grégory Martin, directeur de l'antenne de la Région RéunionGrégory Martin, directeur de l'antenne de la Région Réunion


Ce diplômé de l'ISG Business School connaît bien le secteur privé pour y avoir travaillé dans la région mais également en Chine. De souche mauricienne, il a commencé à travailler à Maurice comme responsable commercial de SFER, entreprise spécialisée dans le photovoltaïque. Recruté par la Région Réunion comme chargé de missoin à Maurice, il s’est vu confier la direction de son antenne économique.  

Diplômé de l'école d'ingénieur EPF de Sceaux, école spécialisée dans les domaines énergétiques et environnementaux,Mickaël Apaya a intégré en 2012 l’AMM (Association des industriels mauriciens). - DAMickaël Apaya, responsable du dossier Énergie-Environnement au JEC

Diplômé de l'école d'ingénieur EPF de Sceaux, école spécialisée dans les domaines énergétiques et environnementaux, il a intégré en 2012 l’AMM (Association des industriels mauriciens). Il faisait partie d'une mission de Volontariat de solidarité internationale (VSI) dans le cadre de la coopération Réunion-Maurice. Il était responsable du dossier maîtrise de l'énergie et énergies renouvelables dans le secteur industriel mauricien. Depuis janvier 2015, ce jeune Réunionnais de 28 ans a intégré le Joint Economic Council (JEC - représentant du secteur privé mauricien) où il est en charge du dossier Énergie-Environnement. Une partie de son contrat est prise en charge par la Région Réunion.

Herland Cerveaux, nouveau directeur de programme à l'UCCIOI. - Davidsen Arnachellum* Herland Cerveaux, nouveau directeur de programme à l'UCCIOI

Cet ancien volontaire du progrès réunionnais a intégré, en 2012, le secrétariat de la Commission de l'océan Indien (COI). Il était assistant chargé de mission des dossiers Économie, Commerce et Infrastructures. Ce titulaire d’un Master 2 en « Development Economics & International Project Management » de l’université Paris XII Créteil vient d'être nommé directeur du programme « Renforcement des échanges commerciaux des îles de l'océan Indien ». Un programme financé par l'AFD à hauteur de 2,4 millions d'euros et dont le maître d'oeuvre est l'Union des chambres de commerce et d'industrie de l'océan Indien (UCCIOI). Agé de 27 ans, Herland Cerveaux sera basé à Maurice à la Chambre de commerce et d'industrie (MCCI). 
PARTENARIAT ENTRE LE CIRBAT ET LES ARCHITECTES MAURICIENS

Le CIRBAT (Centre d'innovation et de recherche du bâti tropical) de La Réunion et l'Association des architectes de Maurice (AAM) viennent de signer un accord qui vise l'amélioration de la qualité de la construction dans les deux îles. Il porte sur des études techniques sur les matériaux de construction, leur adaptation au contexte tropical et sur les questions thermiques et acoustiques. En plus du CIRBAT et de l'AAM, la Région Réunion et la Chambre des métiers et de l'artisanat de La Réunion (CMAR) feront également parti du comité de pilotage de ce programme annuel. La Région Réunion, via le FEDER dans le cadre de la coopération régionale, sera appelé à le financer. L'AAM participera également à son financement. Le CIRBAT est le 21e pôle d'innovation labellisé par le ministère français de l'Économie. Il a pour objectif d'adapter les matériaux de construction et leur mise en œuvre, ainsi que les normes encadrant la filière bâtiment aux contraintes tropicales. 
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Une nouvelle dimension pour la coopération entre les deux îles

À quelques semaines près, deux événements sont venus montrer l’émergence d’une coopération d’un nouveau genre. Il y a eu d’abord le lancement du long-métrage « Lonbraz Kann » qui associe des fonds réunionnais, mauriciens et européens (voir notre article page 28). Puis, le 7 avril, c’était l’inauguration de l’antenne de la Région Réunion à la cybercité d’Ebène, à M...