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Gilbert Martin : « Nous avons un bon tissu de startups et de PME à accompagner »

3 aoû 2015 | PAR Alain Foulon | N°300
Gilbert Martin, directeur exécutif des opérations d'ACG Management à La Réunion : « Le secteur des TIC (Technologies de l’information et de la communication) se révèle particulièrement dynamique et innovant, mais ses acteurs ont parfois du mal à bien identifier leur marché, d’où l’intérêt d’être accompagnés. » - Guillaume Foulon
Trois ans après le lancement des deux Fonds communs de placement à risque (FCPR) gérés par ACG Management, le directeur des opérations à La Réunion dresse un bilan positif et pense déjà à un renouvellement du dispositif avec certaines améliorations.

L’Eco austral : Votre expérience personnelle dans l’accompagnement des entreprises réunionnaises remonte à 1985 avec la Sofider qui était alors une banque de développement du groupe AFD. Vous avez aussi occupé des postes de directeur administratif et financier au sein de PME, avant d’évoluer au sein de la Banque de La Réunion, puis de Vivéris Management (devenu ACG Management). Comment voyez-vous l’évolution du tissu économique réunionnais durant ces trente ans ?

Gilbert Martin : Je constate une réelle ouverture internationale des entreprises avec des dirigeants pleinement conscients du fait que leur développement ne peut plus se conduire seulement à La Réunion, dans certains secteurs en tous cas. Il existe aussi un tissu de startups qui n’existait pas à l’époque. Des startups mais aussi des PME en plein développement et qui ont du mal à satisfaire leurs besoins en financements. D’une manière générale, ces entreprises sont ouvertes au capital-investissement même si parfois elles préfèrent la formule des obligations convertibles qui ressemblent à un financement in fine remboursé par l’entreprise elle-même. Il ne faut pas oublier que l’investissement en haut de bilan permet de générer des effets de levier importants (quatre à cinq fois la somme investie) car les banques demandent en général 20 % à 25 % d’apport. Le secteur des TIC (Technologies de l’information et de la communication) se révèle particulièrement dynamique et innovant, mais ses acteurs ont parfois du mal à bien identifier leur marché, d’où l’intérêt d’être accompagnés. 

Certains vous reprochent de vous ingérer un peu trop dans leurs affaires ?

Nous ne prenons que des participations minoritaires, et le plus souvent en dessous de 25 %, mais nous ne voulons pas être un « sleeping partner » et nous demandons un pacte d’actionnaires avec une minorité de blocage sur les grandes décisions. Il s’agit vraiment d’accompagner les entreprises et de leur faire profiter de nos conseils et de nos réseaux. Nous avons affaire à des entrepreneurs passionnés, mais leur point faible, surtout dans le cadre du fonds Run Développement qui s’adresse notamment à des startups, c’est leur difficulté à penser leur produit en fonction d’un marché. Une difficulté qui s’explique par l’éloignement géographique car, la plupart du temps, ces startups visent des marchés extérieurs à l’île. Dans leur intérêt, il arrive qu’on émette des avertissements. 

Lors du lancement des deux fonds, Run Développement et Run Croissance, on se demandait si vous auriez assez de clients. Qu’en est-il aujourd’hui ? 

Nous sommes en phase avec nos objectifs pour les deux fonds. Il faut rappeler que Run Développement, alimenté par des fonds publics, gère une enveloppe à investir de 8 millions d’euros et s’adresse à des entreprises réalisant un chiffre d’affaires inférieur à 3 millions d’euros. Run Croissance, alimenté par des acteurs institutionnels mais aussi par les banques de la place, gère 16 millions d’euros et s’adresse aux entreprises de taille supérieure, des PME en développement, ou à la transmission. Cela fait donc un total de 24 millions d’euros sur lequel nous avons déjà investi 16 millions. Le ticket moyen est de 300 000 euros pour Run Développement et de 1,2 million d’euros pour Run Croissance. En fait, nous nous sommes fixés quatre ans pour investir et quatre ans pour sortir.  

Les dossiers ne manquent pas, alors ? 

Non, car nous enregistrons annuellement 60 dossiers dont 15 % à 20 % aboutissent à une proposition d’investissement. 

Comment s’établit la sélection ?

Il y a d’abord une présélection au sein d’un comité local, puis les dossiers retenus sont examinés par le comité d’investissement d’ACG Management à Marseille, en lien avec notre structure réunionnaise qui connaît bien les entreprises et le contexte économique réunionnais. Ici, nous sommes trois personnes en permanence sur le terrain car il est important de suivre les entreprises dans les lesquelles nous investissons. 

Le dispositif sera-t-il renouvelé ?

Nous le souhaitons car le bilan est nettement positif et ces fonds répondent à des besoins très forts. Nous réfléchissons aussi à des formules qui apporteraient un peu plus de souplesse, comme des prêts participatifs, au lieu des obligations convertibles, pour les petits financements. Cela conviendrait mieux au fonds Run Développement. 

ACG Group, poids lourd européen du Private Equity (capital-investissement), avec trois milliards d’euros sous gestion, a pris le contrôle de Vivéris Management en janvier 2012, mais c’est seulement en septembre 2014 que vous êtes devenu ACG Management. Pourquoi ce décalage ?

Je pense que le besoin de cohérence et de clarification s’est fait sentir. Mais cela ne change en rien notre métier. Créé en 2000 à Marseille, Vivéris Management, devenu ACG Management, est le spécialiste de l’investissement dans les PME non cotées et a déjà financé près de 300 entreprises en France, en Outre-mer et dans le bassin méditerranéen. Dotée d’une base solide d’investisseurs particuliers et institutionnels, la société a levé plus de 741 millions d’euros dont 88 millions pour l’Outre-mer, soit 12 %. 

Quels sont les derniers dossiers que vous avez validés ?

Je peux citer quatre entreprises très prometteuses : EMR (Enseigne Maintenance Réunion) dirigée par Michel et José Herraiz, Micronotes de Jean-Luc Lesizza, Modul Réunion de Jean-François Naillet et Groupe Globalliance/Isodom de Manuel Warlop. Des entreprises qui présentent un beau potentiel de développement et illustrent le dynamisme entrepreneurial réunionnais. 
 

GILBERT MARTIN

D’origine mauricienne, ce diplômé de l’université Paris Dauphine (maîtrise d’économie appliquée, option finances), travaille chez Viveris Management (devenu ACG Management) depuis 2008. Il a l’avantage de disposer à la fois de quatorze ans d’expérience dans la banque et les sociétés financières à La Réunion et de dix ans d’expérience en entreprise (dont trois années dans une start-up normande cotée à Paris). Après un début de carrière au sein du groupe AFD (Sofider), puis au sein de différentes PME à La Réunion en tant que directeur administratif et financier, Gilbert Martin rejoint la Banque de la Réunion en 1999 où il occupe la fonction de directeur général délégué en charge des risques et engagements. Responsable de la croissance externe, il sera aussi administrateur et président du comité d’audit de la Banque des Mascareignes à l’île Maurice. Il rejoint La Financière Océor en 2003, notamment en tant que directeur général d'Océor Lease pour l’Outre-Mer. Il intègre Viveris Group en tant que directeur de la SCR Réunion Développement, puis comme directeur en charge des financements de Viveris Infrastructures (pôle dédié aux énergies renouvelables, 227 millions d’euros d’investissements) à Marseille. Il est directeur exécutif responsable des opérations à La Réunion depuis 2012. 

 
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