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Réunion

L’intelligence culturelle : cet atout qui fait la différence

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Cette édition du Tecoma Business Forum était animée par la coach Franziska Lombard qui, en matière d’intelligence culturelle, a suivi l’enseignement de Philippe Rosinski (*). Une approche incontournable pour les entreprises et les territoires qui veulent se développer à l’international.


« L’intelligence culturelle peut être aujourd’hui mesurée pour établir un quotient intellectuel, comme pour l’intelligence cognitive et l’intelligence émotionnelle », souligne Franziska Lombard. Et c’est un atout dans un environnement global et multiculturel où les différences culturelles dans les échanges économiques sont souvent source de malentendus ou de frustrations. « Il est important, dans une démarche d’exportation, de bien connaître ses partenaires, témoigne Raziah Locate, directrice IEOI (International Europe et Océan Indien) à la Chambre de commerce et d’industrie. Nous pensons trop en terme d’intelligence économique alors qu’il est indispensable de savoir s’accorder à la culture de l’autre. J’ai pu accompagner une entreprise dans son implantation en Inde, qui a demandé deux ans de négociations et une approche qui a privilégié l’humilité envers les partenaires. » 
 

Charly Bell, gérant de Solar Trade : « Quand on découvre un marché à l’export, on a besoin de se doter d’un partenaire qui est déjà implanté dans le pays. Et c’est là que l’intelligence culturelle peut faire la différence. »
Charly Bell, gérant de Solar Trade : « Quand on découvre un marché à l’export, on a besoin de se doter d’un partenaire qui est déjà implanté dans le pays. Et c’est là que l’intelligence culturelle peut faire la différence. »
 

SAVOIR OSER ET SAVOIR SE PROTÉGER

La Ville du Port a une tradition de coopération avec d’autres villes portuaires de l’océan Indien. « Nous nous apercevons que les échanges culturels sont les premiers sujets d’échanges et constituent un cheval de Troie pour introduire d’autres formes de coopération », témoigne Dominique Oudin, directeur de la cohésion économique et sociale de la Ville du Port. 
« L’intelligence culturelle nous paraît être la quatrième dimension du développement durable et nous souhaitons la mettre en avant pour la ville intelligente de demain », affirme Vincent Saminadin, chargé d’études pour l’Agorah, agence d’urbanisme de La Réunion qui est appelée à rayonner dans les îles voisines. 
 

Jenny Seibert, responsable marketing territorial et communication au sein de l’agence de développement Nexa : « Nous accompagnons des entreprises sur des salons, à l’international, où la curiosité envers nos interlocuteurs est très importante. »
Jenny Seibert, responsable marketing territorial et communication au sein de l’agence de développement Nexa : « Nous accompagnons des entreprises sur des salons, à l’international, où la curiosité envers nos interlocuteurs est très importante. »     
 


Pour une entreprise, les premiers pas à l’international seront souvent inconfortables dans le domaine interculturel. « En optimiste réaliste, il faut s’inspirer de ce qui a donné de bons résultats sans se focaliser sur ce qui ne fonctionne pas », conseille Franziska Lombard. La préparation, mais aussi la connaissance du cadre dans lequel on voudra évoluer, restent primordiales. « L’humilité, c’est aussi reconnaître les choses qu’on ne sait pas faire et accepter d’être accompagné. Il faut savoir oser et savoir se protéger. 95% de nos peurs sont injustifiées, mais il faut définir le juste équilibre dans une relation, basée sur la confiance, avec des contrôles et de l’accompagnement », insiste Franziska Lombard.
 

Raziah Locate, directrice IEOI (International Europe et Océan Indien) à la Chambre de commerce et d’industrie : « Si l’on n’a pas cette culture de l’autre pays et l’acceptation des autres dans une relation de tolérance, on ne peut pas conclure une affaire. »
Raziah Locate, directrice IEOI (International Europe et Océan Indien) à la Chambre de commerce et d’industrie : « Si l’on n’a pas cette culture de l’autre pays et l’acceptation des autres dans une relation de tolérance, on ne peut pas conclure une affaire. »
 

  

LA CONGRUENCE APPORTE L’AUTHENTICITÉ

Tout en recherchant des partenaires, il convient d’aligner les intérêts des uns et des autres. Des intérêts communs ou partagés, sinon, à un moment donné, l’un voudra tirer profit de l’autre. « Dans toutes vos démarches internationales avec les fournisseurs, les clients, les partenaires et les institutions, il faut s’appuyer sur de très bons avocats et des gens qui connaissent parfaitement ces situations », souligne Franziska Lombard. Dans un autre environnement culturel, la transparence est une qualité essentielle qui permet de franchir les obstacles de l’incompréhension. L’être humain est à la fois spirituel, physique, intellectuel, émotionnel et relationnel. « Un alignement harmonieux de ces centres produit la congruence, souligne la coach. Un alignement cohérent entre ce que nous ressentons et les actions que nous menons. C’est une condition de notre authenticité, de notre capacité à dire ce que nous faisons et à faire ce que nous disons. Laissons vivre nos émotions, la joie, la tristesse, la colère et la peur, sinon elles prendront le dessus au plus mauvais moment. » Une telle transparence est obligatoirement convaincante et rayonnante, capable de transmettre de l’énergie pour faire avancer les choses. Un autre curseur concerne l’identité et l’adaptabilité. « Nous affirmons notre identité culturelle, mais nous devons éviter de heurter certaines sensibilités. Un spaghetti se casse facilement quand il est dur. S’il est trop cuit, il s’affaisse. Il faut nous maintenir al dente. »  
 

Bruno Millot, président de Stor Solutions : « Avec 6% des échanges à l’export, le commerce extérieur de La Réunion reste un échec. La question est de savoir si La Réunion peut se doter d’une stratégie pour chasser en meute à l’international. »
Bruno Millot, président de Stor Solutions : « Avec 6% des échanges à l’export, le commerce extérieur de La Réunion reste un échec. La question est de savoir si La Réunion peut se doter d’une stratégie pour chasser en meute à l’international. » 
 

L’IMPORTANCE DE LA JEUNE GÉNÉRATION

Les implantations du Groupe Dijoux à l’international confirment l’existence de difficultés et la possibilité de les surmonter. « Dans le solaire thermique, nous avons voulu nous implanter à Maurice, mais nous avons échoué à cause d’un problème d’acculturation. Puis, en Californie, nous sommes arrivés avec notre vision historique de la construction d’une entreprise, avant de découvrir une autre façon de faire. Plus tard, en Floride, nous avons tiré les enseignements de ces erreurs », confie Michel Dijoux, président du groupe éponyme, qui travaille sur une nouvelle implantation dans l’océan Indien.  
 

Philippe Arnaud, président de Digital Réunion : « Dans un monde modélisé, la transparence devient importante. Dans la lisibilité d’un projet d’entreprise, autant que pour un territoire qui veut attirer des investisseurs. »
Philippe Arnaud, président de Digital Réunion : « Dans un monde modélisé, la transparence devient importante. Dans la lisibilité d’un projet d’entreprise, autant que pour un territoire qui veut attirer des investisseurs. » 
 


La société réunionnaise étant elle-même multiculturelle, est-ce un avantage pour aborder une économie mondialisée ? « En tant que Français d’Afrique, je ressens une accointance dans nos contacts professionnels en Afrique australe, relate Philippe Arnaud, gérant de Medialight, et président de l’association des professionnels du numérique, Digital Réunion. Venant d’un même bassin culturel, nous sommes mieux accueillis que les Français de Métropole. Mais La Réunion n’exploite pas sa multiculturalité comme un atout à l’international. L’identité réunionnaise est difficile à appréhender depuis l’étranger et cela ne l’aide pas à se vendre. » La génération des plus jeunes est sans doute la plus à même d’affirmer une identité collective qui affiche sa multiculturalité. « Il faut surtout favoriser l’ouverture au monde de la jeune génération », pense Franziska Lombard. 
 

Dominique Oudin, directeur de la cohésion économique et sociale de la Ville du Port : « Au Port, nous vivons chaque jour l’interculturalité par une grande mixité de population. »
Dominique Oudin, directeur de la cohésion économique et sociale de la Ville du Port : « Au Port, nous vivons chaque jour l’interculturalité par une grande mixité de population. »      
 

QUELLE STRATÉGIE COLLECTIVE POUR LA RÉUNION ?

La Réunion peut-elle se forger un destin à travers une intelligence culturelle à l’international ? « Avec 6% des échanges à l’export, le commerce extérieur de La Réunion reste un échec, constate Bruno Millot, président de Stor Solutions, qui développe ses activités au Maroc, en Tunisie et au Kenya. La Réunion peut-elle se doter d’une stratégie pour chasser en meute à l’international ? » 
Les contraintes insulaires ont nourri une tradition d’exploration et d’adaptation qui produit de l’innovation. Mais l’image d’un territoire innovant est encore à construire. « Aujourd’hui, la Réunion est condamnée à trouver des relais de croissance à l’international, mais elle doit pour cela se construire une image et une stratégie. L’autonomie énergétique contribuerait beaucoup à cette image, mais il y a encore des blocages, notamment dans la politique nationale de transition énergétique qui doit être adaptée au territoire réunionnais. Les savoir-faire et l’innovation existent déjà et peuvent s’exporter », relève Alain Foulon, directeur de L’Eco austral. « Il faut définir un objectif commun pour construire cette identité et faire émerger des opportunités pour les entreprises qui doivent être sécurisées par un accompagnement », ajoute Franziska Lombard.
 

Vincent Saminadin, chargé d’études pour l’agence réunionnaise d’urbanisme Agorah : « L’intelligence culturelle nous paraît être la quatrième dimension du développement durable et nous souhaitons la mettre en avant pour la ville intelligente de demain. »
Vincent Saminadin, chargé d’études pour l’agence réunionnaise d’urbanisme Agorah : « L’intelligence culturelle nous paraît être la quatrième dimension du développement durable et nous souhaitons la mettre en avant pour la ville intelligente de demain. »    



(*) Philippe Rosinski est notamment l’auteur de « Coaching Interculturel », sélectionné par la Harvard Business School comme recommandation phare dans la catégorie « Business Leadership ».

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