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Maurice

L’association des industriels veut une taxe à l’import

1 mai 2017 | PAR Thierry Chateau | N°319
Catherine Gris, Executive Officer de l’AMM (Association of Mauritian Manufactu-rers) : « Il faut compenser l’insularité comme on compense les effets du changement climatique avec une taxe carbone. » Davidsen Arnachellum
L’AMM ne veut pas prononcer le mot protectionnisme, mais elle milite pour un « Buy Mauritian Act » permettant de créer de la valeur ajoutée tout en favorisant la production locale et en la tirant vers le haut.

L’AMM reconnaît que cette taxe serait impopulaire auprès des consommateurs, mais elle permettrait aux producteurs mauriciens de se battre à armes égales alors qu’ils souffrent de certains handicaps structurels. « Il faut compenser l’insularité comme on compense les effets du changement climatique avec une taxe carbone », explique Catherine Gris, Executive Officer de l’association. Pour elle, si l’on n’introduit pas des mesures fortes favorisant les producteurs locaux, certaines activités disparaitront. « On ne peut être indéfiniment tributaire d’un marché tiré par les prix au détriment de la qualité que garantissent les produits locaux. » En attendant, l’AMM ne reste pas les bras croisés. Forte de ses 70 membres (très peu de PME), l’association s’embarque dans tout un processus de promotion et de soutien aux entreprises afin de les accompagner dans leur transformation. Elle a établi sa propre vision à l’horizon 2030 qui s’articule autour d’une conviction : la production locale peut aussi avoir un avenir… local. Mais d’abord, il faut la consolider et la redynamiser. L’AMM croit aussi dans l’élargissement du marché local parce que le pouvoir d’achat des Mauriciens augmente, mais aussi parce que l’île s’ouvre à des contingents d’expatriés de plus en plus importants. Cette suite logique au plan d’expansion des IRS et RES (dispositifs immobiliers permettant l’accès des étrangers à la propriété) est en train de favoriser l’émergence d’un nouveau type de consommateur, avec de nouveaux résidents à fort pouvoir d’achat qui sont aussi demandeurs de produits authentiques de qualité. C’est en suivant cette logique que l’AMM propose d’encourager l’achat de produits locaux face aux produits importés. Ensuite, elle prône une stratégie prudente à l’international. L’association persiste à penser que la délocalisation n’est pas un schéma viable pour les entreprises mauriciennes, souvent des entreprises familiales avec un centre de gravité dans l’île. Donc aller à l’international oui, mais en ordre groupé tout en se basant sur des expertises solides, comme c’est le cas pour le projet d’entrepôt avec MFD en Afrique de l’Est.

TRANSITION NUMÉRIQUE INÉVITABLE
« Les entreprises mauriciennes du secteur manufacturier n’ont plus le choix, elles doivent passer au digital », estime Thierry Collette, chef de département à CEA Tech, accélérateur d’innovation au service de l’industrie. Cet expert français animait le 31 mars dernier, pour le compte de l’AMM, une conférence sur les connections entre le monde physique et le monde digital (objets connectés). Le thème de la conférence : « La transition numérique et les objets connectés, quels enjeux et opportunités pour notre industrie insulaire ? » Le but était de permettre aux industriels de « prendre goût aux nouvelles technologies », comme le précise cet expert en architecture, conception et logiciels embarqués. Il ajoute que ce mouvement n’en est qu’à ses débuts et qu’il n’est donc pas trop tard pour franchir le pas. « Les entreprises industrielles ont besoin de trouver des solutions spécifiques, domaine par domaine et entreprise par entreprise », précise-t-il. Rassurant, il vante les atouts des entreprises mauriciennes. « À Maurice, le déploiement des entreprises est vertical, ce qui peut être pris comme une opportunité. » Face à ce discours, les membres de l’AMM se sont montrés enthousiastes, bien décidés à saisir les moindres opportunités.
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