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Réunion

Vivea développe des productions et des savoir-faire qui s’ouvrent des marchés à l’export

1 juil 2016 | PAR Philippe Stéphant | N°310
Stéphane Avril, directeur de la coopérative Vivéa : « Nous portons le projet Coccinelle avec deux autres coopératives. Un élevage d’insectes qui sont des prédateurs pour les ravageurs. » Philippe Stéphant
Organisation de producteurs en croissance, Vivéa a été sélectionnée pour accompagner la naissance d’une filière des fruits et légumes en Nouvelle-Calédonie et va exporter aux Seychelles.

La première organisation de producteurs (OP) reconnue à La Réunion, en 2007, Vivéa poursuit son développement sur le marché des fruits et légumes. Un investissement de 4 millions d’euros a permis, en 2015, d’agrandir son site industriel de Saint-Pierre de 1 000 à 2 700 mètres carrés. « Ce nouveau bâtiment répond à nos besoins de développement pour cinq à dix ans, déclare Stéphane Avril, directeur de la coopérative. Pour continuer à accueillir de nouveaux adhérents, avec une gestion du froid optimisée et une maîtrise centralisée de la consommation d’énergie, nous disposons d’une aire d’accueil dédiée à nos clients et d’un système de traçabilité électronique des caisses qui fluidifie toutes les opérations. » Passée de 80 adhérents en 2014 à plus de 130 en 2016, Vivéa a aussi porté son effectif de 35 à 40 collaborateurs. La structure, qui appartient à tous les adhérents, sur le principe d’un homme une voix, assure la commercialisation et le soutien technique d’une équipe de cinq ingénieurs agronomes visitant les exploitations. « Vivéa entre dans le programme global de développement qui fixe l’ambition des filières agricoles pour 2014-2020. Nous représentons 6 000 tonnes sur les 100 000 tonnes de production locale, avec un objectif de 10 000 tonnes en 2020 », précise Stéphane Avril. Il s’agit de diversifier l’offre pour répondre à la croissance démographique et aux besoins des industries de transformation. Une des missions que se donne Vivéa est aussi de conseiller et d’accompagner dans l’amélioration de la qualité des produits, en diminuant la pression phytosanitaire sur les cultures. 

UN ÉLEVAGE D’AUXILIAIRES DES CULTURES POUR RÉDUIRE LES PRODUITS PHYTOSANITAIRES

Le recours aux produits phytosanitaires est beaucoup plus élevé sous les tropiques où les ravageurs prolifèrent toute l’année. « Nous étions sur le point d’abandonner la culture du poivron, déjà divisée par trois en deux ans, révèle Stéphane Avril, car les produits deviennent moins efficaces et leur emploi de plus en plus coûteux. Vivéa porte le projet Coccinelle avec deux autres coopératives, un élevage d’insectes qui sont des prédateurs pour les ravageurs, notamment les ‘thrips’. » La Coccinelle, à Saint-Pierre, développe quatre nouveaux prédateurs auxiliaires des cultures et deux sont déjà employés dans les serres. Avec le soutien des institutions et de l’Armeflhor (Association réunionnaise de modernisation de l’économie des fruits et légumes et de l’horticulture), un gros travail de recherche et d’accompagnement est réalisé à travers le RITA (Réseau d’innovation et de transfert agricole). « Nous menons des projets transversaux pour avancer plus vite sur des problématiques d’urgence, souligne Stéphane Avril. Ce n’est plus de la transmission verticale, mais du va-et-vient avec les producteurs pour la remontée d’expériences de terrain. Deux auxiliaires prédateurs ont été découverts par des agriculteurs. » Les exploitants travaillent à réduire aussi la pression phytosanitaire à l’extérieur des serres pour un environnement plus sain. Utilisant des symbioses entre plantes pour redonner de l’autonomie aux écosystèmes sur leurs exploitations.
 

Olivier Fontaine, chargé de mission développement de la biofabrique Coccinelle : « Des micro-guêpes, qu’on élève autour de plants de tabac, peuvent être achetées par tout agriculteur réunionnais. »
Olivier Fontaine, chargé de mission développement de la biofabrique Coccinelle : « Des micro-guêpes, qu’on élève autour de plants de tabac, peuvent être achetées par tout agriculteur réunionnais. »   Philippe Stéphant

LE SAVOIR-FAIRE PEUT S’EXPORTER

La Réunion met en œuvre une stratégie de reconquête pour des productions menacées par les importations et pour développer le marché de la transformation qui est encore faible. Mais la production de l’île reste exemplaire en comparaison à d’autres territoires insulaires. « C’est quasiment unique au monde, s’exclame Stéphane Avril. En fruits et légumes frais, l’essentiel des produits importés le sont pour la diversification de l’offre. Vivéa vient de remporter un appel d’offres en Nouvelle-Calédonie pour la Province Sud qui souhaitait mettre en place un agrégateur de la filière des fruits et légumes. Nous nous sommes associés avec AD2R, association de développement rural des Hauts, pour la méthodologie d’animation, Vivéa apportant l’expertise de la filière pour mettre en place un groupement collectif en Nouvelle-Calédonie. » Ce savoir-faire réunionnais s’ouvre aussi davantage de portes à l’export grâce à l’abaissement des barrières phytosanitaires et douanières avec les Seychelles. « Nous avons évoqué des échanges gagnant-gagnant avec une délégation des Seychelles, lors de la foire agricole de Bras-Panon, confie Stéphane Avril. Ils ont ouvert des portes et nous allons pouvoir leur livrer de la tomate. » Une avancée déterminante pour d’autres productions, telles que l’ananas Victoria qui aujourd’hui transite par Rungis, en France métropolitaine, avant de reprendre l’avion pour les Seychelles.

UNE COOPÉRATION RÉGIONALE RENFORCÉE POUR LA SÉCURITÉ ALIMENTAIRE
Dans le cadre de la présidence française de la Commission de l’océan Indien (COI), en 2016, une nouvelle dynamique s’exprime à La Réunion par une volonté partagée de l’État et de la Région Réunion d’établir une stratégie globale pour la sécurité alimentaire dans l’océan Indien. « À la foire agricole de Bras-Panon, en mai, la sécurité alimentaire était le sujet d’une table ronde avec les délégations des pays membres de la COI, témoigne Olivier Degenmann, adjoint au directeur de l’Alimentation, de l’Agriculture et de la Forêt (DAAF) de La Réunion. Les échanges sont encore trop faibles à l’intérieur de la zone océan Indien alors que la production agricole est presque inexistante aux Seychelles et aux Comores et relativement faible à Maurice. Les produits de La Réunion ont un niveau de prix élevé mais s’ouvrent des opportunités par des garanties de qualité et des labélisations haut de gamme. » Le 26 avril, à Madagascar, la COI et la FAO (Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture) ont présenté le Programme régional de sécurité alimentaire et nutritionnelle (COI-Presan) 2017-2022 qui devrait permettre à Madagascar d’améliorer sa productivité, au profit des Malgaches, et de pouvoir exporter sur l’ensemble de la zone océan Indien. 
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