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Avoir de l’argent est devenu un vrai casse-tête

Ne pas avoir d’argent est un problème. En avoir l’est aussi même si ce n’est pas le même genre de problème. Personne n’a envie de voir son épargne s’envoler en raison de mauvais choix. Stocklib/Maryna Pleshkun
La diversification, la diversification !… Oui bien sûr, c’est le leitmotiv habituel des gestionnaires de patrimoine. Mais encore faut-il savoir comment. Les placements sans risque n’existent plus et le devenir de l’économie est plus incertain que jamais.


Ne pas avoir d’argent est un problème. En avoir l’est aussi même si ce n’est pas le même genre de problème. Personne n’a envie de voir son épargne s’envoler en raison de mauvais choix. Et pourtant, il faut bien prendre quelques risque si l’on souhaite obtenir mieux que les 0,75% du Livret A. Les banques elles-mêmes ne sont plus vraiment sûres  pour les épargnants. 

LES ÉPARGNANTS À LA MERCI D’UN DÉFAUT DE LEUR BANQUE

Depuis le 1er janvier 2016, les banques européennes peuvent se recapitaliser en ponctionnant les comptes de leurs déposants. Cette nouvelle donne est une conséquence de la directive 2014/59/UE du Parlement européen et du Conseil de l’Union européenne du 15 mai 2014, autrement connue sous le nom de « directive européenne sur le redressement des banques et la résolution de leurs défaillances » (BRRD pour Bank Recovery and Resolution Directive). En France, cette directive a été promulguée le 20 août 2015 par ordonnance de François Hollande, sans passage par le Parlement, sans débat et sans couverture médiatique. Vantée comme destinée à éviter que les contribuables soient mis à contribution en cas de faillite d’une ou de plusieurs banques (mais plutôt les actionnaires et les déposants, c’est-à-dire, in fine, les contribuables), la directive n’exclut nullement cette possibilité, en établissant « un système de renflouement interne garantissant que les contribuables soient les derniers à entrer en ligne de compte pour payer les factures d’une banque en difficulté. » 
 

Depuis le 1er janvier 2016, les banques de l’Union européenne ne sont plus vraiment sûres car elles peuvent se recapitaliser en ponctionnant les comptes de leurs déposants.
Depuis le 1er janvier 2016, les banques de l’Union européenne ne sont plus vraiment sûres car elles peuvent se recapitaliser en ponctionnant les comptes de leurs déposants.  Stocklib/ Sergey Kolesnikov
 

LE MARCHÉ EST TRÈS VOLATILE

Serons-nous obligés de revenir au bon vieux bas de laine ? Plutôt archaïque ! Sans compter qu’on peut toujours s’interroger sur la valeur réelle de la monnaie papier. Des économistes très sérieux, comme Charle Gave, ont déjà prédit la fin de l’euro, ce qui entraînerait une onde de choc autrement plus forte que le récent référendum britannique sur le Brexit. Mais l’on peut accorder du crédit à ces oiseaux de mauvais augure car la monnaie unique européenne semble difficilement viable dans un contexte de forte disparité entre les productivités des différents pays concernés. Si l’on ajoute le phénomène du surendettement de certains États au bord de la faillite, cela donne de l’altitude aux métaux et en particulier à l’ar-gent-métal, comme le montre Pierre Leconte. 
Globalement, le marché demeure très volatile et l’environnement autour du placement évolue à grande vitesse. « La multiplicité des offres, notamment en ligne, peut perturber l’épargnant, qu’il soit novice ou aguerri. La fiscalité peut également impacter lourdement la rémunération finale, comme c’est le cas pour les comptes-titres (actions ou obligations détenues en direct) ou encore les produits d’épargne bancaire dont les intérêts subissent désormais pour la plupart la réintégration aux revenus globaux, soit, pour les plus imposés, une ponction fiscale qui peut atteindre plus de 60%... Selon nous, pour parler de rémunération d’épargne, il faut préalablement distinguer ‘contenant’ et ‘contenu’ », explique Kouresh Koytcha, gestionnaire de patrimoine, associé du cabinet Koytcha-Conseil. Pour ce dernier, chercher à optimiser son patrimoine, c’est finalement chercher à optimiser le couple contenu et contenant. Si l’on comprend cette règle simple, on peut déjà commencer à s’y retrouver en matière de placement.  

IL EST ESSENTIEL D’AVOIR UNE AUTRE VISION DU RISQUE

Le contenant est l’enveloppe dans laquelle on va loger ou investir son épargne (assurance-vie et autres PEA pour la partie financière, SCI pour la partie immobilière, ou société civile de portefeuille, etc.). Le contenu concerne quant à lui directement les supports d’investissement, là où précisément ira son épargne : le fonds en euros garanti de l’assurance-vie, les unités de compte, les fonds actions ou obligations ou les SCPI (immobilier « papier »), l’immobilier en direct, etc.. 
Pour Hervé Lebigre, directeur de la banque privée de la Banque de la Réunion CEPAC, il est essentiel d’avoir une autre vision du risque puisque la rémunération sans risque n’existe plus. « Les taux d’intérêt des produits d’épargne sont très faibles et le seront encore pour une période relativement longue. Suite à la crise des subprimes, il y a eu beaucoup d’argent en circulation, le fameux « quantitative easing », mesure exceptionnelle pour relancer l’économie. Le prix de l’argent est devenu très faible. Il faut diversifier sur les unités de compte et opérer des choix de certains fonds par zone, aux Etats-Unis, en Europe, en Asie. » Les fonds en euros ne cessent de s’éroder. Pour autant, l’assurance-vie, même si sa rentabilité va encore baisser de 2,20% à 2%, voire à 1,90%, demeure un placement fiable, qui autorise une grande palette de supports (comme les unités de compte : obligations ou actions), présente des avantages fiscaux et de bonnes conditions de transmission patrimoniale. 
 

Le marché de l’immobilier est devenu planétaire. Un résident fiscal français devra se pencher non seulement sur le potentiel des différents marchés, mais aussi sur les conventions fiscales signées avec la France. Dans le cas de Maurice, la convention fiscale est l’une des rares au monde à pouvoir éviter une imposition à l’ISF.
Le marché de l’immobilier est devenu planétaire. Un résident fiscal français devra se pencher non seulement sur le potentiel des différents marchés, mais aussi sur les conventions fiscales signées avec la France. Dans le cas de Maurice, la convention fiscale est l’une des rares au monde à pouvoir éviter une imposition à l’ISF.   DR
 

L’IMPORTANT EST D’ÊTRE BIEN ACCOMPAGNÉ

Selon les spécialistes, il faut évoluer et, surtout, se faire accompagner, s’entourer de compétences. Investir en fonction de son appétence au risque, de son expérience, de son profil. Il faut faire le bilan de ses objectifs et adapter ses choix d’investissement à ses besoins et en fonction de sa situation personnelle, familiale et fiscale. « Posez-vous les bonne questions !, insiste Kouresh Koytcha. De combien ai-je besoin pour assurer mon quotidien ? Quelle quote-part de mon capital et de mes revenus puis-je consacrer à l’investissement ? Sur quelle durée ? Quel degré de risque suis-je prêt à prendre pour investir sur des supports non garantis en capital mais peut-être plus rémunérateurs. Il faut alors scruter les différents domaines possibles d’investissement ». 

L’IMMOBILIER OUI ! MAIS DANS QUELS PRODUITS ?

Selon Hervé Lebigre, l’immobilier repart. « Après dix ans de hausse et cinq ans de baisse, le marché repart à la hausse. C’est le moment d’investir notamment sur des produits de niche dans des grandes villes de Métropole comme le loueur en meublé non professionnel au sein de résidences étudiantes, les résidences services pour personnes âgées (voir notre article à ce sujet, dans ce même dossier) ou encore les résidences pour hommes d’affaires. Ce sont des offres intéressantes qui permettent un rendement brut de 3,80% à 4,10%, soit 3,30% net pour un investissement à partir de 70 000 euros. » Au cabinet de KoytchaConseil, un autre avis se dégage : « Pour ceux disposant d’un capital en sommeil et fortement imposé, pourquoi ne pas s’orienter vers du foncier nu à la Réunion ? La logique insulaire tend à pousser les prix du foncier à la hausse. Et au final, miser sur une plus-value à long terme plutôt que sur des revenus ponctionnés fortement par l’impôt peut être une stratégie payante (fiscalement tout du moins). Ceux qui possèdent leur résidence principale peuvent se poser la question de la vendre et de prendre la plus-value au passage tout en réinvestissant à un taux d’intérêt plus compétitif. Regardez également l’immobilier commercial qui peut être parfois mieux « bordé » que l’immobilier d’habitation avec également l’avantage de recourir à un bail commercial. Ce dernier lèse moins le propriétaire que le bail d’habitation classique si protecteur pour les locataires (surtout lorsqu’ils sont mauvais payeurs…). »
 

En matière de placements boursiers, l’Asie peut tenter les plus téméraires, à condition d’être bien conseillé. Mais sachant qu’elle devient le nouveau centre économique du monde, on ne peut plus l’ignorer.
En matière de placements boursiers, l’Asie peut tenter les plus téméraires, à condition d’être bien conseillé. Mais sachant qu’elle devient le nouveau centre économique du monde, on ne peut plus l’ignorer.   Stocklib/Nakit Jaroonsrirak
 

DES OPPORTUNITÉS DANS L’IMMOBILIER À L’INTERNATIONAL

Le marché de l’immobilier est devenu planétaire et des prestataires de l’océan Indien, comme Alena Groupe, en ont fait leur métier. Ils proposent des investissements à Maurice, au Portugal, où l’immobilier est en plein boom, et dans certains pays d’Europe de l’Est. S’il fait ce choix, un résident fiscal français devra se pencher non seulement sur le potentiel de ces marchés, mais aussi sur les conventions fiscales signées avec la France. Dans le cas de Maurice, la convention fiscale est l’une des rares au monde à pouvoir éviter une imposition à l’ISF, l’investissement immobilier dans ce pays n’étant pas pris en compte dans le calcul de cet impôt sur la fortune. Il n’est en pas de même, en revanche, de l’impôt sur la succession si le propriétaire ou ses héritiers résident fiscalement en France. Et cela même si, à Maurice, ce type d’impôt n’existe pas, de même qu’il n’existe pas d’impôt sur la plus-value mais seulement une taxe de 5% sur le prix de vente du bien. Certains marchés avaient le vent en poupe ces dernières années, comme celui de la Floride, en proposant des biens à des prix très abordables comparativement à d’autres pays. 

LA BOURSE : UNE QUESTION DE TIMING MAIS AUSSI DE GÉOPOLITIQUE

Investir en Bourse nécessite d’accepter de gros risques de volatilité. Elle évolue de façon très erratique, surtout depuis la dernière crise. Il n’y a plus guère de règles et les soubresauts sont la conséquence d’un niveau de stress aigu des marchés qui surréagissent à l’annonce des nouvelles, bonnes ou mauvaises. Beaucoup de facteurs extérieurs influent sur les marchés, tels que des événements géopolitiques, des décisions monétaires de la part de banques centrales ou des décisions politiques à l’image du Brexit qui a conduit à une chute vertigineuse des marchés. Il faut donc accepter une très forte dose de risque. Mais comme pour l’immobilier, on peut aussi avoir un regard planétaire. Certaines petites bourses africaines, y compris celle de Maurice, affichent de très belles rentabilité en comparaison des grande places financières comme Paris ou Londres. L’Asie peut aussi tenter les plus téméraires, à condition d’être bien conseillé. Mais sachant qu’elle devient le nouveau centre économique du monde, on ne peut plus l’ignorer. Pour Kouresh Koytcha, « le niveau actuel des marchés boursiers demeure encore bien trop décorrélé de la santé réelle des économies ». Dans un monde incertain, nul doute qu’une approche géopolitique est devenue incontournable pour y voir plus clair sur le moyen et le long termes.

Les prix de l’immobilier à La Réunion en 2015
Plus de 2 600 transactions ont été passées au crible dans le premier baromètre de la Chambre des notaires. En 2015, les prix médians par mètre carré des appartements anciens et neufs se sont élevés respectivement à 2 080 euros et 4 040 euros, en hausse de 3,4% et 5,3%comparé à l’année précédente. Le prix de l’ancien se révèle quasiment similaire à celui qu’affichent les villes de Tours (2 100 euros) et d’Amiens (2 120 euros). Concernant l’acquisition des maisons anciennes qui ont intégré l’étude, la surface habitable moyenne est de 100 mètres carrés et celle du terrain à 520 mètres carrés. La vente s’est conclue pour un prix médian de 200 000 euros, une valeur proche des prix pratiqués à Metz (195 300 euros), Dijon (203 100 euros) et Nîmes (205 000 euros).
Les maisons neuves retenues présentent, quant à elles, une surface habitable moyenne de 90 mètres carrés et un terrain de 330 mètre carrés. La transaction s’est opérée au prix médian de 265 000 euros. Enfin, le prix médian des terrains à bâtir (TAB) s’est établi à 94 900 euros, soit à 200 euros le mètre carrés. La surface moyenne des parcelles retenues dans l’étude statistique s’élève à 490 mètres carrés.
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Avoir de l’argent est devenu un vrai casse-tête

 Ne pas avoir d’argent est un problème. En avoir l’est aussi même si ce n’est pas le même genre de problème. Personne n’a envie de voir son épargne s’envoler en raison de mauvais choix. Et pourtant, il faut bien prendre quelques risque si l’on souhaite obtenir mieux que les 0,75% du Livret A. Les banques elles-mêmes ne sont plus vraiment sûres  pour les épargnants.  ...