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Symbiotic en guerre contre le moustique tigre

1 aoû 2017 | PAR Benjamin Postaire | N°321
Cyrille Lebon, technicien entomologiste au CYROI et Saholy Lamare, Pdg de Symbiotic SAS, dans l’insectarium où s’élève le moustique tigre. Guillaume Foulon
Cette start-up conduit ses recherches sur le plateau technique du GIP CYROI où elle produit des œufs stériles permettant de réduire la population de ce moustique responsable de la propagation du chikungunya et du Zika.

On connaît les ravages que peuvent causer les moustiques à travers les maladies qu’ils propagent. L’océan Indien en a fait les frais en 2005 et 2006 avec une épidémie de chikungunya. Plus récemment, c’est le continent américain (et notamment les Antilles) qui a subi la maladie à virus Zika. Dans les deux cas, le moustique tigre (Aedes Albopictus) en est le vecteur et c’est à lui que s’attaque la start-up Symbiotic SAS, dirigée par Saholy Lamare.

DE QUOI PRODUIRE DES MÂLES STÉRILES

Dans sa lutte anti-vectorielle, Symbiotic fait appel aux propriétés intrinsèques d’une bactérie symbiotique, dénommée Wolbachia, également utilisée, mais dans une approche différente, par le projet « Eliminate Dengue » financé par la fondation Bill & Melinda Gates. « Dans nos applications, nous utilisons Wolbachia pour rendre les œufs de moustiques stériles et ainsi réduire drastiquement la population de moustiques tigres », explique Pablo Tortosa, entomologiste médical et microbiologiste à l’université de La Réunion. Les œufs produisent des mâles stériles qui, en s’accouplant avec des femelles, ne peuvent pas produire de descendance. Une solution d’autant plus séduisante que « les moustiques se révèlent de plus en plus résistants aux insecticides », explique Pablo Tortosa. Le public est aussi demandeur de solutions alternatives aux pesticides. Des solutions plus écologiques comme celle de symbiotic qui évitent de détruire l’écosystème tout en contrôlant les populations de moustiques. 

UN VASTE MARCHÉ À L’EXPORT

« Le moustique tigre n’existe plus seulement dans les milieux tropicaux, précise le chercheur. Il s’implante partout, y compris dans les pays du Nord avec les effets induits par le changement climatique. » Ce qui représente un très vaste marché pour les œufs stériles de Symbiotic qui ont pour avantage de se conserver à température ambiante, ce qui facilite leur expédition. Avant d’en arriver là, des phases de tests sont encore nécessaires. Mais les progrès se révèlent rapides. « Nous sommes la première équipe au monde à avoir développé une lignée de sexage génétique permettant de produire des mâles Aedes Albopictus en masse. Nous sommes actuellement en train d’infecter ces mêmes moustiques avec une bactérie Wolbachia réunionnaise et espérons achever le développement de notre première lignée opéra -tionnelle d’ici août 2018 », détaille Pablo Tortosa. Pour sa part, Saholy Lamare, Pdg de Symbiotic SAS, se félicite d’avoir pu profiter du plateau technique du CYROI. « Afin de mener cette recherche, nous avons pu bénéficier d’un insectarium particulièrement adapté, d’équi pements très spécifiques à l’entomologie et d’un accompagnement administratif, juridique et financier. Mais le plus important peut-être, c’est que le CYROI permet la rencontre entre chercheurs et chefs d’entreprise. » 

GÉOPOLITIQUE DU MOUSTIQUE
« Géopolitique du moustique », c’est le titre d’un livre de 288 pages que vient de publier en mars 2017 l’écrivain Erik Orsenna, en collaboration avec le Dr Isabelle de Saint Aubin. Des informations précieuses sur cet insecte qui vient de la nuit des temps (250 millions d’années), ne compte pas moins de 3 564 espèces et se retrouve sur les cinq continents, Groenland inclus. Mais le plus important, c’est qu’il peut s’assimiler à un « serial killer », responsable de 700 000 morts humaines chaque année. Un « serial killer » qui profite pleinement de la mondialisation actuelle. C’est le cas du moustique tigre qui semble envahir la France.
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