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Maurice

Omnicane transforme ses champs en Smart City

1 fév 2018 | PAR Jacques Rombi | N°326
« Si nous avons perdu en compétitivité sur le marché mondial du sucre classique, nous en avons gagné sur celui des sucres spéciaux et des produits dérivés. » Davidsen Arnachellum
À l'instar des autres grands sucriers du pays, Omnicane restructure les 3 000 hectares de son patrimoine foncier, en réponse à la fin annoncée des quotas sucriers par l’Union européenne. Entre autres reconversions, une « ville intelligente » appelée à devenir le nouveau pôle urbain du Sud. Un projet béton.

Le Groupe Omnicane (qui a comme partenaire la société française Albioma) comprend 25 filiales qui rayonnent sur trois grands secteurs d’activités : le sucrier, la production d’énergie (bagasse, charbon) et le développement foncier. Loin d'abandonner son activité sucrière, Omnicane la développe, notamment en Afrique - au Kenya, par exemple,  où il vend sa production sur le marché local -, tout en initiant d'autres projets, comme dans l’énergie au Rwanda. 
Jacques M. d’Unienville, Chief Executive Officer (CEO) du groupe, résume l'histoire de ces grands paris engagés ces dernières années : « Il a fallu nous réinventer face au défi de la réforme sucrière, en commençant par nous restructurer tout en valorisant les sous-produits du sucre. L'État nous a accompagnés cette dernière décennie en déclassant des terrains afin de financer les coûts sociaux liés aux départs en retraite volontaires. Dans le pays, cela a concerné environ 15 000 personnes dont 3 000 chez nous. Le deal portait sur un dédommagement financier et un lopin de terre afin de satisfaire tout le monde. Parallèlement, nous avons fermé sept usines tout en investissant dans celle de La Baraque qui reste seule en activité pour tout le sud du pays... »

PERTE EN COMPÉTITIVITÉ

Signe que c'est tout le pays qui vit une mutation à la fois économique et sociétale, Jacques M. d’Unienville souligne au passage l'intervention de son groupe dans la mise en valeur de terres abandonnées : « On assiste à un exode rural à Maurice. C'est un phénomène récent mais assez important pour nous mobiliser. Ainsi, nous avons mis en place un système de prise en charge de ces terrains, pour un total d'une centaine d'hectares que nous plantons en canne à sucre. » Omnicane conserve ainsi sa casquette d'acteur sucrier qui continue à exploiter la plupart de ses terres dans le pays, tout en développant des productions sur le continent noir. Mais c'est la diversification dans les produits dérivés et l'énergie qui est la plus remarquable : « Si nous avons perdu en compétitivité sur le marché mondial du sucre classique, nous en avons gagné  sur celui des sucres spéciaux et des produits dérivés. Ainsi, les investissements (*)  engagés dans notre usine depuis 2007 permettent aujourd'hui de produire de l'éthanol qui est exporté vers l'Afrique ou l'Europe. 
« Notre capacité est de 25 millions de litres par an qui sont écoulés sur le marché de l'industrie pharmaceutique en partenariat avec l'entreprise belge Alcogroup en charge de la commercialisation de la totalité de notre production. Un autre partenariat est bien engagé avec les Britanniques de Real Good Food qui sont les premiers producteurs au monde de pâte de sucre et le plus gros fabriquant de pâte d’amande en Angleterre. Omnicane y est actionnaire à hauteur de 30 %. »

SOUS-PRODUITS DE LA DISTILLERIE

La philosophie du groupe est d'utiliser tous les déchets industriels pour les transformer en produits différents, de préférence à forte valeur ajoutée. Les résidus de la canne sont ainsi utilisés au niveau de la centrale thermique et de la distillerie. En bref, la bagasse est brulée pour produire de l’électricité et la mélasse utilisée pour produire le bioéthanol. Autres sous-produits de la distillerie : le gaz carbonique utilisé pour la fabrication de boissons gazeuses et la vinasse qui est convertie en fertilisant bio.
Le pôle recherche et développement du groupe se distingue par la mise en oeuvre de nombreuses innovations comme ce projet Carbon Burn-Out qui traite les cendres de charbon pour en faire un additif au ciment et qui est une première mondiale. 
Omnicane a ouvert en 2015 l’unité de Carbon Burn-Out, après un investissement de quelques 20 millions d'euros, suivi d'un accord avec le cimentier Lafarge/Holcim afin d'intégrer ce produit dans leur process et ainsi limiter l'importation d'au moins 40 000 tonnes de ciment. Omnicane est également à la pointe de la recherche avec l'innovant projet de biométhanisation présenté le 9 août dernier. C’est précisément le biogaz issu de la vinasse qui va permettre désormais la production d’électricité, en complément d’autres productions. 

DESSINER LE NOUVEAU PÔLE URBAIN DU SUD

Ce nouveau projet  qui augmente la part d’énergie renouvelable dans le mix énergétique du pays, permet également de réduire l’impact environnemental de l’industrie cannière à travers une valorisation des produits dérivés. Les installations sont en cours de construction sur deux hectares jouxtant l’usine actuelle.
Une première phase prévue pour 2019 permettra de produire 1,5 mégawatt et à terme, ce sont 3 mégawatts qui seront produits en 2022, correspondant à environ 120 000 tonnes de vinasse chaque année. Omnicane se retrouve ainsi avec « zéro déchets » puisque tous les sous-produits et déchets sont utilisés.
Mais le grand chantier d'Omnicane qui vient d'être engagé, porte sur l'aménagement du territoire. « Avec la Smart City de Mon Trésor, nous sommes en train de dessiner la nouvelle ville du Sud qui sera construite pendant les 50 prochaines années sur les 400 hectares consacrés par Omnicane », fait valoir le CEO qui ne cache pas son enthousiasme de bâtisseur.
Et si l'impulsion vient du privé, l'État joue son rôle d'aménageur. Afin de faciliter la desserte de la Smart City, le ministère des Infrastructures publiques vient d'inaugurer une bretelle d'accès à la zone de Plaine-Magnien. L'infrastructure routière, construite sur un terrain de12,5 hectares donnés à l'État par le sucrier, est donc un bel exemple de partenariat public-privé qui se dessine depuis quelques années dans le pays (cela malgré l'absence d'un vrai cadastre, soit dit au passage).
 

La nouvelle ville du Sud sera construite pendant les 50 prochaines années sur les 400 hectares consacrés par Omnicane.
La nouvelle ville du Sud sera construite pendant les 50 prochaines années sur les 400 hectares consacrés par Omnicane.  Davidsen Arnachellum
 

LE PLUS GRAND PROJET DE MORCELLEMENT

Les travaux de la première Smart City du pays ont débuté en 2016 à proximité de la zone aéroportuaire. La première phase, jouxtant l’Hôtel Holiday Inn Mauritius, comprend le Business Gateway, une zone de Port Franc, et des zones destinées à accueillir des industries légères, comme ce studio de cinéma en partenariat avec des Allemands, leaders européens du secteur. 
Quant au pôle résidentiel Mon Trésor Smart City, présenté le18 août dernier, il sera réalisé en deux phases. Après un investissement de quelques 150 millions d'euros, le quartier résidentiel de Mon Trésor comportera un total de 409 unités : town houses, appartements et villas destinés à la fois à la clientèle locale et internationale à des prix variant entre 120 000 et 900 000 euros.
Autre aménagement notable : un espace commercial multifonctionnel à l’entrée de la nouvelle voie d’accès à l’aéroport, en partenariat avec le groupe belge Wilco Group.
Après le projet Highland Rose, qui compte 1 422 parcelles, le groupe Omnicane est en train de finaliser le plus grand projet de morcellement que le pays ait connu ces dernières années.

(*) 40 millions d'euros ont été investis dans la raffinerie et 35 millions dans la seule distillerie.

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