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Samade Jhummun, CEO de Global Finance Mauritius : « Notre façon de travailler est en train de changer radicalement »

1 fév 2018 | PAR Jacques Rombi | N°326
« À propos des ressources humaines, le constat est que nous avons beaucoup de diplômés mais avec des déséquilibres. Par exemple, nous sommes le pays qui a le plus de comptables par rapport au nombre d’habitants, cela alors que nous manquons de spécialistes en trésorerie ou en gestion de fonds. » DR
À la tête de cette association professionnelle des services financiers, Samade Jhummun dresse un état des lieux et souligne les atouts de Maurice pour devenir une référence internationale. À condition de prendre d’urgence certaines mesures…

L'Eco austral : L’année 2017 représente un tournant pour le secteur financier avec le Brexit, les nouvelles règles imposées par l'OCDE et la signature de la Convention de Paris. N'est ce pas difficile de faire face alors qu'il n'y a plus de ministère dédié aux Finances ? Quelle est votre analyse de la situation ?
Samade Jhummun
:  Notre façon de travailler est en train de changer radicalement, mais je considère que c'est positif. L'absence de ministère dédié n'est pas un problème car il y a des équipes qui travaillent avec nous dans le but de répondre aux trois grands critères de l'OCDE et de l'Union européenne qui nous permettront de na pas être blacklistés. Nous devons, en premier lieu, être transparents et répondre aux normes européennes et tout est OK sur ce point. Deuxièmement, nous devons nous conformer au fameux BEPS (Best Erosion Profit Shifting) qui impose de nouveaux critères aux traités de non double imposition (DTA, Double Taxation Agreement). C'est tout l'objet de la Convention de Paris, signée le 5 juillet dernier, qui implique l'adhésion à 2 000 traités à travers le monde. Ce deuxième critère est lui aussi OK.
Enfin, il nous reste à harmoniser nos systèmes d'imposition. C'est-à-dire revoir les différents régimes qui existent entre une société domestique dont les bénéfices sont taxés à 15 % alors que et ceux d'une société offshore, de type Global Business Company, qui sont taxés à 3 %. Ce dernier critère fait l'objet d'un gros travail que nous réalisons en synergie avec le gouvernement et nous sommes confiants.

La nouvelle donne est claire, il s'agit pour Maurice de passer d'une destination attractive pour sa fiscalité à un écosystème plus sophistiqué qui offre des services modernes et évolutifs. Comment gagner ce pari et Maurice dispose-t-elle des moyens humains pour y arriver ? 
Il faut souligner le travail engagé par la FSI (Financial Services Institution) qui a fait venir un consultant du nom de James Shipton pour travailler avec nous. Nous sommes en train d'élaborer, avec cet expert international, des solutions pour faire évoluer notre système financier vers de nouveaux segments d'activité.
À propos des ressources humaines, le constat est que nous avons beaucoup de diplômés mais avec des déséquilibres. Par exemple, nous sommes le pays qui a le plus de comptables par rapport au nombre d’habitants, cela alors que nous manquons de spécialistes en trésorerie ou en gestion de fonds. Autant de segments d'activité qui s'apprennent par l'expérience. Il faut donc faire venir des étrangers qui pourront transférer leur savoir-faire, même si cela est encore difficile. J’en ai fait personnellement l’expérience puisque j’ai travaillé ces dernières années sur l'île britannique de Guernesey et j'ai pu toucher du doigt les difficultés administratives touchant l'expatrié et sa famille. Il faut de, toute évidence, faciliter les procédures administratives et l'accueil de ces ressources humaines dont nous avons besoin.

Les changements intervenus sur le traité de non double imposition avec l'Inde, notamment, font tourner les regards vers le continent africain. Est ce vraiment un nouvel Eldorado pour la finance ?
Concernant l'Afrique, il est indéniable qu'elle recèle de bons relais de croissance et nos différents accords avec de nombreux pays du continent nous ouvrent des portes. En outre, nous n'avons pas de problème à Maurice pour les transactions en devises internationales, tout est Ok là-dessus et nous avons de l'expérience et des compétences locales. Je pense à de grandes enseignes comme Huawei ou Aspen qui ont établi leurs directions régionales ici où elles gèrent leurs succursales africaines. Enfin, je pense aussi à notre classement dans le « Doing Business » de la Banque mondiale qui nous place en première position des pays africains. Autant de signes très positifs qui contribuent à nous donner une bonne image à l'international.

GLOBAL FINANCE MAURITIUS
Cette association des services financiers a été fondée en 2010. Elle regroupe des acteurs leaders dans le domaine du Global Business. Ce secteur comprend des banques, des sociétés de gestion, des cabinets comptables, des cabinets d'avocats, des investisseurs institutionnels et la Bourse de Maurice. Samade Jhummun, pour sa part, est membre de l’Association of Chartered Certified Accountants ainsi que du Chartered Institute for Securities & Investment, de l’association fiscale internationale et du Mauritius Institute of Directors. Il possède une grande expérience dans le secteur des services financiers, ayant occupé divers postes à responsabilité à Maurice et à l'étranger. Avant de prendre la direction de Global Finance Mauritius, il était directeur général d’Argyll Management Services Limited.
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