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Dr Kamla Ruby Mootien Pillay : « Les recherches du Mauritius Oceanography Institute sont accessibles aux investisseurs »

Dr Kamla Ruby Mootien Pillay : « Parmi nos 54 employés, nous avons 28 scientifiques dont 10 sont titulaires de doctorats obtenus auprès d’universités reconnues, dont trois spécialisés sur la question du plateau continental. » Davidsen Arnachellum
La dirigeante du Mauritius Oceanography Institute (MOI), qui a inauguré son nouveau siège en juin 2017, explique en quoi il est un centre nerveux pour l’économie bleue. L’institut est doté de ressources humaines très qualifiées et de forts liens à l’international…

L’Eco austral : Quelles sont les fonctions du Mauritius Oceanography Institute dans ce qu’on appelle l’économie bleue ?
Dr Kamla Ruby Mootien Pillay
: Nous avons pour rôle de diriger et de coordonner la recherche océanique. Avec une zone économique exclusive (ZEE) de 2,3 millions de km2, dont 400 000 km2 gérés conjointement avec nos amis seychellois, Maurice est un acteur maritime majeur dans la région. On parle même d’État-océan ! Le potentiel économique de nos eaux territoriales est donc considérable. Notre fonction est aussi d’élaborer des projets et surtout de proposer des solutions rapides correspondant aux grands axes de développement de l’économie océanique. 
Pour cela, nous disposons de différents laboratoires équipés d’appareillages à la pointe de la technologie qui produisent des données à haute valeur ajoutée. Par exemple, l’utilisation de la génétique pour identifier des espèces marines permet une description pointue de la faune des eaux de Maurice. Les données océaniques telles que la bathymétrie (mesure des profondeurs marines), la courantologie (science qui étudie les mouvements internes des masses d’eau), les paramètres physico-chimiques ainsi que les connaissances biologiques sont à la disposition des autorités pour les aider à la prise de décision. Ces données et expertises sont aussi accessibles aux investis seurs potentiels.

La question de la recherche et développement est fondamentale. Or, parallèlement, la Faculté d’études océanographiques de l’Université de Maurice (UoM) a fermé. Qu’en pensez-vous ?
C’est peut-être un mal pour un bien. Le fait de fusionner la faculté d’études océanographiques avec la faculté des sciences permet de rendre accessible les laboratoires d’analyse aux étudiants voulant étudier l’océanographie. 
En même temps, il faut toujours prendre en compte le marché du travail avant de proposer une formation professionnelle. 
Quant à nous, je dois souligner qu’outre les équipements de pointe que j’ai mentionnés, le niveau de qualification du personnel du MOI est très élevé. Parmi nos 54 employés, nous avons 28 scientifiques dont dix sont titulaires de doctorats obtenus auprès d’universités reconnues et trois qui sont spécialisés sur la question du plateau continental. Sept autres employés préparent actuellement leur doctorat. Le reste est titulaire au minimum d’un master. (Pour rappel, sur 301 enseignants-chercheurs de l’université de Maurice, 52 % ont un doctorat - NDLR).

Concernant la recherche et développement, avez-vous des relations avec d’autres institutions étrangères comme la délégation Ifremer océan Indien à La Réunion ?
La plupart de nos projets ont un partenaire international. Ces collaborations nous permettent, non seulement de combler certaines lacunes, notamment sur le plan technique, mais aussi d’assurer une formation continue de notre staff scientifique. Nous organisons des sessions de formations régionales visant à harmoniser la façon de travailler ainsi que la collecte des données.
Par ailleurs, le MOI a un rôle de leader dans des projets collaboratifs régionaux en développant des services d’information opérationnels s’appuyant sur les données issues d’observations satellitaires. Concernant la coopération avec l’île sœur, nous travaillons actuellement avec l’Université de La Réunion sur un projet collaboratif sur les cyclones. Nous travaillons aussi à l’élaboration d’autres projets conjoints novateurs.
 

« Nous travaillons à l’élaboration d’un prototype visant à transformer l’énergie des vagues en énergie électrique. Le point fort de ce prototype est qu’il est peu coûteux. »
« Nous travaillons à l’élaboration d’un prototype visant à transformer l’énergie des vagues en énergie électrique. Le point fort de ce prototype est qu’il est peu coûteux. » Stocklib/Arina Zaiachin
 



Vous abordez la question de nouvelles filières. Qu’en est-il de la question de l’énergie houlomotrice (des vagues) ?
Les données collectées ces dernières années nous démontrent le réel potentiel énergétique des vagues. C’est une énergie propre et renouvelable. Ces données sont encore une fois accessibles aux potentiels investisseurs. Nous travaillons à l’élaboration d’un prototype visant à transformer l’énergie des vagues en énergie électrique, le point fort de ce prototype est qu’il est peu coûteux. Nous attendons les premiers résultats de cette étude au courant de l’année. 

On parle aussi d’exploitation d’algues, de l’aquaculture, de produits qui s’adressent à l’industrie pharmaceutique et à la cosmétique. Le MOI est-il concerné par ces développements ?
Pour initier l’industrie aquacole, il est nécessaire d’avoir une connaissance approfondie des conditions marines, c’est-à-dire des paramètres physiques, chimiques et biologiques. Actuellement, nous travaillons à identifier et caractériser les sites potentiels qui accueilleront des fermes aquacoles. Ces données aideront à déterminer leur structure générale ainsi que le choix des organismes qui y seront produits. Concernant l’industrie pharmaceutique et cosmétique, les premiers résultats sont plus que prometteurs. Mais c’est un secteur qui demande beaucoup de temps. 

L’Institut océanographique a un rôle météorologique méconnu que l’on a redécouvert avec les récentes pluies diluviennes qui ont récemment frappé Maurice ?
C’est vrai et c’est assez logique puisque météorologie et océanographie sont étroitement liées. Pour résumé : le binôme mer et atmosphère opère comme une immense machine thermique qui échange perpétuellement de la chaleur. L’irradiation thermique solaire est absorbée par les océans et par le biais des vents qui créent les courants de surface, cette chaleur est distribuée globalement. Ce phénomène saisonnier est à l’origine des pluies d’été et des formations cycloniques. Pour comprendre et arriver à prédire ces conditions météorologiques, il y a un paramètre critique qui est la température de la surface de la mer. À notre institut, ce paramètre est suivi grâce à l’imagerie satellitaire. 

Vous abordez la question des phénomènes météorologiques. Quel impact pourrait avoir le réchauffement climatique sur la stratégie de l’économie bleue ?
Le réchauffement climatique n’est qu’un symptôme du changement climatique global qui est une augmentation de la teneur en dioxyde de carbone dans l’atmosphère. Les autres phénomènes résultants du changement climatique sont, entre autres, le réchauffement de la température des océans, leur acidification et la montée des eaux en mer. Plusieurs projets cherchent à comprendre l’impact du changement climatique dans le monde.
Notre institut a, quant à lui, initié un nouveau programme visant à suivre l’acidification de l’océan dans le temps. Le suivi de la température de la surface de la mer sera bientôt complété par des modèles qui aideront à prédire le blanchiment des coraux qui menace les écosystèmes marins vitaux. (Selon certaines études scientifiques reconnues, sa fréquence a quintuplé depuis 1980 - NDLR).
Le MOI dispose aussi d’un réseau de surveillance de la température des lagons autour de l’île et ce depuis plus de dix ans. Et la prise en charge du changement climatique comme paramètre intégral de tous les nouveaux projets de recherche est devenue obligatoire.

UNE SCIENTIFIQUE DE TRÈS HAUT NIVEAU 
Kamla Ruby Mootien Pillay, directrice du Mauritius Oceanography Institute, a été recrutée en 1995 en tant qu’officier technique dans le département des sciences marines au centre de recherche d’Albion. En 2001, elle rejoint en tant que « Project Officer (Biological Oceanography) » le Mauritius Oceanography Institute (MOI). Diplômée de zoologie de la Madras University, elle possède un « post graduate diplôma » en sciences et un MSc (master) en « Tropical Marine Ecology & Fisheries Biology » de l’université australienne James Coo. Elle est titulaire d’un doctorat en « Fisheries Science » obtenu à l’université japonaise Kitasato. Elle a aussi étudié la génétique moléculaire. Récipiendaire en 2012 de l’UNESCO-OIC (Intergovernmental Oceanographic Commission), le Dr Ruby Mootien Pillay se consacre essentiellement aux recherches concernant la biologie corallienne, l’écologie des récifs coralliens et la génétique de l’évolution et de la population. Elle a participé à l’élaboration du livre « The Field Guide to Corals of Mauritius ».
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