Numéricable va-t-il détenir 68% du marché de la téléphonie mobile ? - Performance - Ecoaustral.com

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Numéricable va-t-il détenir 68% du marché de la téléphonie mobile ?

4 juil 2014 | PAR Pierrick Pedel | N°286
Numericable, qui pesait huit fois moins que SFR, l’a pourtant avalé.
La fusion de son groupe Numéricable avec SFR lui permettrait d’occuper une position dominante et de se partager avec Orange le marché de l’Internet. Mais l’Autorité de la concurrence a encore son mot à dire et un nouvel acteur pourrait émerger dans la téléphonie mobile.

Le rachat de SFR par Numéricable, le groupe de Patrick Drahi, provoque une nouvelle distribution des cartes dans la téléphonie mobile et l'accès à Internet. Cette fusion est la dernière étape d'une restructuration qui a duré plusieurs mois.

Patrick Drahi, propriétaire discret de Numéricable, a bâti sa fortune à coups de fusions-acquisitions dans le câble.  - Eric Piermont/AFP Yann de Prince, fondateur de l’opérateur indépendant Mobius (marque Izi) et président du MEDEF local, a créé l’événement en annonçant sa vente au groupe de Patrick Drahi. Ensuite, il y a eu Only et SFR, autres coups de tonnerre. - Ipreunion.com
Depuis un an, le secteur réunionnais de la téléphonie et de l’Internet se trouve en pleine ébullition. Ainsi, en juin 2013, Altice, qui détient 40% de Numéricable mais montera à 74,6% du capital avec le prochain rachats des parts des fonds Carlyle et Cinven, a acquis Outremer Telecom, propriétaire de l'opérateur réunionnais triple play (téléphonie mobile, Internet et TV) Only. Ce dernier dispose de 12% du marché de la téléphonie mobile et de 18 000 abonnés Internet. Le même mois, Canal Plus a racheté Mediaserv (28 000 abonnés à la Réunion) qui se présente comme le 2ème fournisseur d'accès Internet des départements d'Outre-mer derrière Orange. Puis, en octobre 2013, Altice s'est approprié l'opérateur télécom Mobius qui commercialise la marque Izi (24 000 abonnés Internet).

Opérateur historique de la téléphonie mobile à La Réunion en 1993, et le seul durant de longues années, SFR a su conserver son leadership après l’arrivée d’Orange et d’Only. - DR
Avant la fusion Numéricable-SFR, SRR, la filiale réunionnaise de SFR, opérateur historique à La Réunion, dominait le marché de la téléphonie mobile avec une part de 56% devant Orange Réunion (32%). Sur Internet, Orange restait loin devant avec 75 000 abonnés contre 35 000 pour SRR. Mais après la fusion, l'ensemble SRR-Only-Izi va représenter 77 000 abonnés Internet soit 2 000 seulement de plus qu'Orange.

UN ACTEUR RÉUNIONNAIS POURRA-T-IL ÉMERGER DANS LA TÉLÉPHONIE MOBILE ?

Même si les positions des deux groupes demeurent importantes, elles ne devraient pas alarmer l'Autorité de la concurrence, d'autant que Mediaserv (28 000 abonnés Internet) et l'opérateur Zeop (10 000 abonnés), filiale du groupe réunionnais Océinde qui déploie actuellement un réseau de fibre optique dans l'île, sont en train de monter en puissance. En revanche, dans la téléphonie mobile, le nouvel ensemble SRR-Only, avec 68% de part de marché soit plus de deux clients sur trois, aura une position très largement dominante avec ses deux licences. Ce que ne devrait pas valider l'Autorité de la concurrence qui va donner son avis d’ici à sept mois. Même si les négociations avec l'autorité de tutelle n'ont pas encore commencé, il apparaît probable que Numéricable va devoir se séparer de l'une de ses deux licences de téléphonie mobile. Pour de nombreux observateurs, Mediaserv, la filiale de Canal Plus, était le concurrent le mieux placé pour reprendre une licence, d'autant que son patron, Laurent Agrech, n'avait jamais caché son intention de se positionner sur la 4G. Mais il apparaît que la téléphonie mobile, même de dernière génération, n'entre pas dans la stratégie de l'actionnaire majoritaire Mediaserv. « Nous ne sommes pas candidats au rachat d'une licence de téléphonie mobile à La Réunion. Nous intégrons un nouveau métier et nous allons nous concentrer sur la téléphonie fixe et Internet », a déclaré à l'Eco austral Jacques du Puy, le président de Canal Plus Overseas. De fait, Mediaserv a récemment présenté une nouvelle offre grand public, la Canal Box, qui comprend un accès illimité à Internet (20 méga), une ligne de téléphonie fixe et une option d'appels vers les téléphones mobiles. Zeop pourrait être intéressé par le rachat d'une licence mobile, ce qui serait un retour de la famille Goulamaly (groupe Océinde) dans ce secteur. C’est en effet Abdéali Goulamaly, industriel qui exploite la marque de peinture Mauvilac, qui se trouve à l’origine de l’implantation à La Réunion de SFR à travers SRR dont il a été actionnaire avant de sortir du capital. SRR a été le seul acteur dans la téléphonie mobile durant de longues années, avant l’arrivée de France Télécom (aujourd’hui Orange). Mais Zeop est en train de déployer un réseau de fibre optique dans l'île et risque de se trouver confronté à des problèmes de trésorerie. Reste l'hypothèse de l'exploitation de la deuxième licence de Numéricable par un opérateur virtuel comme Antenne Réunion Mobile.

DES CRAINTES POUR L’EMPLOI

Le rapprochement Numéricable-SFR a alerté les syndicats. Izi a programmé la fermeture de trois de ses boutiques (Saint-Denis, Saint-Pierre et Saint-Benoît) pour ne garder que celle installée dans les locaux du siège à La Possession. La Izi Box, désormais commercialisée dans les 26 boutiques Only de l'île, devrait progressivement prendre la place de la Only Box. Par ailleurs, le service clients a été basculé à l'île Maurice. La CFDT, qui annonce qu'une douzaine de ruptures conventionnelles de contrats a été refusée par l'inspection du travail,  dénonce « le flou » entretenu par la direction de Mobius. Chez Only, la CFDT regrette que le comité d'entreprise n'ait pas été officiellement informé de la formation du personnel à la vente de la Izi Box et de la mutualisation de techniciens avec les services d'Only. « Nous n'avons même pas eu la visite de notre directeur général, déplore un cadre commercial d'Only ». De son côté, la CGT-SRR demande à la direction nationale « des garanties écrites et opposables dans le temps ». Le syndicat réclame aussi « des engagements spécifiques » sur « le maintien de la totalité des emplois directes et indirects (...) quels que soient les remèdes imposés par l'Autorité de la concurrence ». Pour sa part, le directeur régional de iZi-Mobius, Yann de Prince, président du MEDEF Réunion, a démenti les informations avancées par la CFDT, mais sans vraiment convaincre.

ZEOP : UN OPÉRATEUR RÉUNIONNAIS QUI JOUE AU TROUBLE-FÊTE

Abdéali Goulamaly, fondateur du groupe Mauvilac (aujourd’hui Océinde), propriétaire de Zeop, veut bâtir un opérateur Internet totalement indépendant du réseau d’Orange. - Ipreunion.com
Abdéali Goulamaly, fondateur du groupe Mauvilac (devenu Océinde) qui a repris Intercable (marque Zeop) en mars 2011 tout en laissant 20% du capital à la Mauritius Commercial Bank (MCB), se trouve à l’origine de la téléphonie mobile à La Réunion en 1993. L’industriel originaire de Madagascar avait alors convaincu SFR de s’implanter dans l’île alors que l’opérateur se montrait sceptique sur le potentiel de ce petit marché insulaire. Finalement, la filiale réunionnaise SRR s’est révélée comme l’entreprise la plus rentable de l’île, d’autant qu’elle a pu bénéficier d’un monopole durant de longues années. L’arrivée de France Télécom, qui s’était concentré d’abord sur les Antilles, a été trop tardive pour qu’il puisse inquiéter SRR dans son leadership, surtout sur le segment juteux des flottes d’entreprise. Ayant été mis en cause dans une affaire de pots de vin à Madagascar, Abdéali Goulamaly est sorti du capital de SRR, réalisant au passage une belle plus-value, avant d’être blanchi dans son dossier malgache. En saisissant l’opportunité du rachat d’Intercable en 2011, ce dernier a décidé de prendre sa revanche en se concentrant sur la fibre optique et le très haut débit dans l’Internet. Son rêve est de bâtir un opérateur totalement indépendant du réseau d’Orange. C’est pourquoi Zeop vient d’annoncer pour 2016  le déploiement d’un nouveau câble sous-marin reliant la France métropolitaine en 5 000 kilomètres seulement en faisant appel à une technologie développée en partenariat avec Fiber Optics OI, leader mondial sur le marché des technologies optiques avancées. Mais la mise en place d’un réseau local de fibre optique selon le mode FTTH (Fibre optique jusque dans la maison) exige de lourds investissements de l’ordre de 150 millions d’euros. Un défi pour le groupe Océinde et sa filiale Zeop, dirigés aujourd’hui par Nassir Goulamaly, le fils d’Abdéali Goulamaly. À signaler que la présence de la MCB dans le capital de Zeop n’est pas innocente. D’abord, la banque mauricienne (leader à Maurice), figurait déjà comme actionnaire de la défunte Intercable, créée par des Québécois, mais surtout, elle permettra le moment venu d’accompagner l’arrivée de Zeop à Maurice. Un projet que caresse également la famille Goulamaly. AF



TÉLÉPHONIE MOBILE : LA MATURITÉ EN ATTENDANT LA 4G

Le marché de la téléphonie mobile à La Réunion et à Mayotte s'est stabilisé et les parts de marché des différents opérateurs ne changent qu'à la marge. Le taux de pénétration quant à lui n'évolue plus. Selon les derniers chiffres de l'Autorité de régulation des communications électroniques et des postes (ARCEP), le parc total des cartes SIM est pratiquement stable (-0,2%) entre 2012 et 2013 pour représenter 1,1 million d'unités. Quant au parc total actif, qui correspond à l'ensemble cartes SIM sous contrat post-payé et aux seuls clients actifs souscripteurs d'un contrat prépayé, c'est-à-dire les clients ayant émis ou reçu un appel téléphonique, gratuit ou payant, envoyé un SMS, ou effectué au moins une connexion au cours des trois derniers mois, il progresse faiblement sur l'année (+ 1,4%) à 1,019 millions d'unités représentant ainsi 92,7% du parc total. Sur la même période, le nombre de cartes prépayées passe de 507 000 à 484 000, soit un recul de 4,6%. En fait, la tendance est plus à la souscription de forfaits. Quelque 616 000 clients en ont désormais un contre 595 000 un an auparavant (+ 3,5%). Mais la situation pourrait bien changer avec l'arrivée de la 4G. 
Le gouvernement et l'ARCEP ont indiqué en février dernier que des appels à candidatures seraient lancés d'ici la fin du premier semestre 2014 afin d'attribuer Outre-mer des autorisations d'utilisation de fréquences pour ces réseaux 4G. Dans ce contexte, l'ARCEP a autorisé la société réunionnaise du radiotéléphone (SRR), filiale de SFR, à mener à La Réunion une expérimentation 4G dans les bandes 1800 MHz et 2600 MHz. Cette expérimentation, qui se déroulera sur trois sites (Chaudron SRR, Chaudron CAOR et Duparc), localisés à Saint-Denis et Sainte-Marie, permettra de tester le déploiement d'un réseau 4G utilisant la technologie LTE (Long Term Evolution). Cette expérimentation est la deuxième de ce type autorisée Outre-mer. Une première autorisation a été délivrée en 2013 à la société Dauphin Télécom en vue d'une expérimentation 4G dans la bande 800 MHz à Gustavia (Saint-Barthélemy), Sainte-Anne (Guadeloupe) et Marigot (Saint-Martin).
TÉLÉPHONIE MOBILE : LA MATURITÉ EN ATTENDANT LA 4G
LE PDG DE SFR RASSURE LES SALARIÉS

LE PDG DE SFR, JEAN-YVES CHARLIER, RASSURE LES SALARIÉS - Bernard Sidler

Alors qu'il leur avait fait faux bond le 15 avril en ne les prévenant que la veille au soir par un e-mail, le Pdg de SFR, Jean-Yves Charlier, est finalement venu à la Réunion le 28 avril pour rencontrer la direction, les syndicats et les salariés de sa filiale SRR. « Je suis là pour réunir mes équipes », a-t-il déclaré de façon laconique à sa sortie de réunion avec les représentants du personnel. Même si Altice, qui possède Numéricable, a plus récemment acquis Izi et Only, Jean-Yves Charlier a affirmé aux représentants syndicaux qu'il n'y aurait pas de fusion entre ces entités, et donc pas de soucis de monopole, de cessation d'activité ou de licenciement. Très inquiets à l'annonce de la fusion Numéricable-SFR, les syndicats se sont donc montrés plutôt satisfaits et surtout rassurés. Il semble qu'aucun changement ne devrait intervenir d'ici la fin de l'année. L'emploi serait en outre préservé pendant 36 mois à partir de la date officielle de rachat de SFR par Numéricable début 2015. Le feu vert à la transaction devrait par ailleurs être donné par l'Autorité de la concurrence dans le courant du mois de novembre prochain. Et c'est à partir de ce moment que les tractations en interne vont commencer afin de mettre en place une nouvelle articulation entre les différentes marques SFR, Izi et Only. La direction va par exemple devoir harmoniser ses tarifs, ce qui ne va pas aller sans poser de problème puisque Only est considéré comme un opérateur low cost comparé à SRR. Mais le problème le plus épineux sera de régler la question de la position dominante dans la téléphonie mobile puisque la nouvelle entité va disposer d'une part de marché de 68%.



 

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