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Maurice

Omnicane lance un ambitieux projet de biométhanisation

1 sep 2017 | PAR Jacques Rombi | N°322
À Maurice, on ne parle plus d’industrie sucrière mais d’industrie cannière avec la diversification des produits. Mais à terme, il faudra s’interroger sur l’avenir de la canne. DR
Le groupe sucrier continue sa diversification avec ce projet sur son site de la Baraque, au sud du pays. À terme, l’objectif est de proposer une nouvelle source d’approvisionnement énergétique propre et durable.

Le groupe Omnicane n’a pas attendu la fin des quotas sucriers garantis par l’Union européenne pour engager une restructuration en profondeur. « Nous avons commencé dès 2006 à centraliser notre production sur un seul site tout en réformant notre façon de travailler.
Parallèlement, nous avons diversifié nos productions grâce à la valorisation des sous-produits de la canne
», souligne Jacques d’Unienville. Pour le sucre, les pertes enregistrées en 2016 sont de l’ordre de 26,4 millions de roupies (environ 660 000 euros) et l’année 2017 s’annonce plus mauvaise. « Les acheteurs tardent à engager des commandes cette année et le cours est en chute libre. Nous essayons de rebondir au Kenya, mais les quais du port de Mombasa sont remplis de sucre brésilien », commente le CEO du groupe comme pour convaincre les derniers résistants qui croient encore à un avenir radieux pour cette filière dans nos petites îles de l’océan Indien (*).
 

De gauche à droite lors du lancement le 9 août dernier : Jean Pierre Rouillard, General Manager d’Omnicane et Jacques d’Unienville, son CEO, Ameenah Gurib Fakim, présidente de la République de Maurice, Marjaana Sall, ambassadeur, chef de la délégation de l’Union européenne pour Maurice, l’Union des Comores et les Seychelles, Hamada Mmadi Boléro, secrétaire général de la COI.
De gauche à droite lors du lancement le 9 août dernier : Jean Pierre Rouillard, General Manager d’Omnicane et Jacques d’Unienville, son CEO, Ameenah Gurib Fakim, présidente de la République de Maurice, Marjaana Sall, ambassadeur, chef de la délégation de l’Union européenne pour Maurice, l’Union des Comores et les Seychelles, Hamada Mmadi Boléro, secrétaire général de la COI.  DR
 

VALORISATION DU BIOGAZ AVEC GAZCARBO

À l’instar d’autres sucriers mauriciens, Omnicane a engagé avec succès la reconversion des sous-produits en véritables « sur-produits » si l’on se fie aux résultats. « Les profits du secteur énergétique ont connu une hausse de 8,1% suite à l’exploitation d’une année complète de l’usine de bioéthanol », peut-on lire dans notre dernière édition du Top 500 de l’océan Indien. Une édition qui classe Omnicane au 73e rang régional. L’industrie du sucre génère en effet des déchets qui sont considérés aujourd’hui comme des produits à forte valeur ajoutée : la mélasse, la bagasse et désormais la vinasse sont valorisées de façon à produire des engrais végétaux ou de l’énergie non polluante. L’innovation du projet d’Omnicane consiste en la production, à partir de la vinasse, d’un engrais de qualité, mais aussi d’électricité à partir du gaz émis par le processus de méthanisation. 
Pour une meilleure maîtrise du stockage et de la logistique, Omnicane a pour associé, à hauteur de 20%, l’entreprise belge Alcogroup qui doit acheter la totalité de la production d’éthanol avant de la revendre à travers le monde aux industries pharmaceutiques, agroalimentaires et cosmétiques. À terme, ce nouveau projet d’Omnicane doit augmenter la part d’énergie renouvelable dans le mix énergétique du pays, ce qui permettra également de réduire l’impact environnemental de l’industrie cannière à travers une valorisation des produits dérivés. Autre exemple de valorisation du biogaz produit par Omnicane avec l’entreprise Gazcarbo, qui jouxte l’usine. Son dirigeant, Vincent Rogers, a été nominé par l’Eco austral pour l’IBL Tecoma Award en juin dernier. Ce projet de production d’énergie renouvelable a obtenu un cofinancement de la Commission de l’océan Indien (COI) à travers son programme ENERGIES financé par l’Union européenne (UE) à hauteur de 5% de l’investissement total qui est de 200 millions de roupies (environ 5 millions d’euros). Les installations seront construites par Omnicane sur deux hectares jouxtant l’usine actuelle. Une première phase prévue pour 2019 permettra de produire 1,5 Mégawatt d’électricité. À terme, ce sont 3 Mégawatts qui seront produits en 2022, ce qui correspond à environ 120 000 tonnes de vinasse chaque année.
 

Depuis 2006, le groupe Omnicane centralise sa production de sucre sur un seul site tout en réformant sa façon de travailler.
Depuis 2006, le groupe Omnicane centralise sa production de sucre sur un seul site tout en réformant sa façon de travailler.  DR
 

UN BIO FERTILISANT À PARTIR DE LA VINASSE

L’initiative fait partie des 17 projets obtenant un cofinancement COI-UE, à travers le programme ENERGIES, et s’inscrit dans la dynamique régionale de promotion des énergies renouvelables et de l’efficacité énergétique portée par la COI. En effet, ce nouveau projet d’Omnicane, qui augmente la part d’énergies renouvelables dans le mix énergétique du pays, permet également de réduire l’impact environnemental de l’industrie cannière à travers une valorisation des produits dérivés. Concrètement, une fois la canne broyée pour en extraire le sucre, les déchets organiques font l’objet d’une valorisation énergétique. La distillerie d’Omnicane fermente actuellement la mélasse produite par la raffinerie de sucre et distille le liquide fermenté pour le transformer en bioéthanol, notamment utilisé dans l’agro-industrie, le secteur pharmaceutique ou comme carburant. La vinasse est à ce jour seulement concentrée à travers des évaporateurs pour produire un bio fertilisant. Ce projet est en cohérence avec la politique mauricienne de valorisation des produits dérivés de la canne à sucre et avec le développement durable.
(*) Lire l’article « Faut-il en finir avec la canne à sucre » paru dans notre édition de juillet dernier à propos du sucre réunionnais.

LE GROUPE OMNICANE
Ce groupe existe depuis 1926 et compte aujourd’hui près de 1 500 employés. Son activité historique de sucrier connaît une profonde restructuration depuis une décennie. La diversification s’est organisée autour de 25 filiales qui opèrent dans la production d’électricité et d’éthanol, l’hôtellerie avec l’enseigne Holiday Inn Mauritius et le développement immobilier. Concernant cette dernière activité, L’Eco austral présentera le projet de Smart City de Mon Trésor dans son dossier consacré à l’aménagement du territoire prévu en octobre prochain.
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