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Philippe Arnaud : « Le numérique est un accélérateur d’innovations »

Philippe Arnaud, président de Digital Réunion : « En partenariat avec Tetranergy et l’école IPI, nous avons ouvert en début d’année 2016 une formation de niveau Bac+3, intitulée « Expert en Cloud Computing et cybersécurité ». Guillaume Foulon
Le président de Digital Réunion - l’association des professionnels du numérique - présente ce secteur clé pour l’économie réunionnaise et la labellisation « French Tech » dans l’e-santé qui pourrait avoir un impact très fort.

L’Eco austral : Comment se porte la filière numérique à La Réunion ?
Philippe Arnaud
: La filière élargie, qui regroupe les entreprises de services du numérique (ESN), les éditeurs de logiciels, les entreprises du Web, les distributeurs et intégrateurs de solutions, les opérateurs télécoms et leurs sous-traitants, compte 540 entreprises dont 90 adhèrent à Digital Réunion. Toutes ces entreprises emploient 4 600 collaborateurs qui correspondent à 48% des emplois numériques, car ces emplois se retrouvent dans de multiples secteurs d’activité. La filière numérique a un poids économique qui peut paraître difficile à mesurer car elle ne se voit pas, elle n’a pas d’usine. Pour autant, c’est un secteur en croissance comme tous les services et qui génère 1,3 milliard d’euros de chiffre d’affaires annuel dont 610 millions générés par les opérateurs télécoms. 

Qu’est-ce que le numérique apporte à l’économie ?
Il est souvent perçu comme un secteur outil, transversal, mais il n’y a pas un domaine d’activité dont l’innovation ne s’appuie pas sur le numérique. C’est un secteur cœur car il joue un rôle prépondérant dans la compétitivité de l’entreprise. Dans notre département, il est difficile à faire valoir car il y a une concurrence accrue entre chaque pan de l’économie, où chaque filière a besoin d’exister. Cette concurrence a tendance à marginaliser le rôle du numérique. Pourtant, La Réunion doit prendre le virage du numérique. La croissance numérique repose sur quatre éléments : les infrastructures pour que l’économie puisse se développer (à travers son port, son aéroport, ses routes), le financement de l’économie, le capital humain et la régulation qui passe par les instances publiques : l’État, la Région et l’Europe.

Pourquoi les enjeux de la croissance numérique sont-ils plus forts à La Réunion qu’ailleurs ?
Pendant très longtemps, la question pour l’île a été de savoir comment rompre son isolement. Cela s’est fait d’abord par les voies maritimes, puis aériennes. Le numérique a cela de formidable qu’il permet d’exporter un savoir-faire créé localement en effaçant les frontières. Dans la filière, on compte 10% d’exportateurs ; c’est important mais pas suffisant. C’est aussi une opportunité formidable en terme d’acquisition. Avec Internet, l’accès à la connaissance est révolutionné, ainsi que l’ouverture sur le monde à travers les flux d’infos, d’images, etc. C’est une chance qui s’offre à tous les Réunionnais. 

Y a-t-il une vraie expertise locale ?
Oui, il y a des pépites, des entreprises qui ont élaboré un savoir-faire de renommée mondiale. Je pense notamment à Cirrus qui met au point des logiciels pour des compagnies aériennes, ou encore Orika qui accompagne des acteurs de la grande distribution par des logiciels de gestion de points de vente. Ce sont des vitrines et des éclaireurs du numérique. La Réunion a une taille intéressante et un marché à forte valeur ajoutée. Elle permet à des TPE de toucher des entreprises d’envergure avec des process d’envergure, dans des secteurs où les métiers sont très normés comme la banque, l’aérien et les télécommunications. À ces entreprises ensuite de créer une stratégie de développement à l’international pour dupliquer leurs solutions dans des marchés plus vastes.

La Réunion a candidaté pour avoir le label French Tech dans le domaine de l’e-santé. Pourquoi et qu’est-ce que ce label pourra apporter ?
L’idée est bien sûr d’impulser une culture de la digitalisation et de numériser les processus de l’économie réunionnaise. Le niveau de numérisation des entreprises reste faible. Souvent, le processus de production est bon, mais elles ne disposent pas de  logiciels de gestion des ressources de l’entreprise (finances, RH, stocks, etc.). Dans le domaine de l’e-santé, qui réunit aussi bien des acteurs privés que publics, il y a notamment un projet clé sur l’amélioration du parcours de soins, par sa numérisation. Cela permettra d’avoir un historique, de mieux adapter les soins en fonction de l’état de santé du patient. L’ob-tention du label, dont la réponse sera donnée par l’État prochainement, sanctionnera un niveau d’écosystème structuré, permettra d’adresser ensuite d’autres domaines, comme le Cloud Computing, la sécurité et l’objet connecté. C’est toute une industrie qui sera labellisée. La labelisation, acte de marketing territorial fort, permettra aussi d’attirer des nvestisseurs étrangers et dopera la circulation de talents.

LES CHIFFRES CLÉS DU NUMÉRIQUE EN FRANCE
* 110 MILLIARDS D’EUROS
  Poids du numérique dans le PIB, supérieur aux services financiers et à l’agriculture.
* 1,5 MILLION
  Nombre d’emplois liés au numérique.
* 80% 
  Utilisateurs d'Internet âgés de 12 ans et plus.
* 1 000 MILLIARDS D’EUROS 
  Potentiel de création de valeur des technologies du numérique d'ici 2025.
* 100 MILLIARDS D’EUROS
  Surcroît de PIB numérique potentiel si la France s’aligne sur le pays leader du digital d’ici 2020.
* X 3
  Croissance de la valeur du commerce en ligne depuis 2007.
* X 4
  Croissance du taux d’équipement en tablettes en 2011-13.
* X 6
  Croissance des ventes de smartphones depuis 2008.
* X 12
  Croissance de la capacité de stockage de données depuis 2005.
* + 40%
  Augmentation brute potentielle du résultat opérationnel pour une entreprise qui réussit sa mutation numérique
* - 20%
  Risque de réduction du résultat opérationnel pour une entreprise qui ne parviendrait pas à s'adapter au numérique.

Source : Étude du cabinet McKinsey réalisée en septembre 2014 : « Accélérer la mutation numérique des entreprises : un gisement de croissance et de compétitivité pour la France ».
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