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Maurice

Philippe Espitalier-Noël, CEO du groupe Rogers : « Golf et stratégie font bon ménage chez nous »

1 fév 2018 | PAR Alain Foulon | N°326
« Nous sommes réellement fiers d’avoir atteint notre objectif de faire que l’AfrAsia Bank Mauritius Open soit parmi les plus beaux tournois au monde. » Rogers
De retour pour sa troisième édition à « Heritage Bel Ombre », l’AfrAsia Bank Mauritius Open a offert une visibilité mondiale sans précédent à l’île Maurice. Une visibilité sur laquelle le « Chief Executive Officer » (CEO) de Rogers compte s’appuyer pour consolider les acquis du groupe.

L’Eco austral : Lors de l’organisation de cette troisième édition de l’AfrAsia Bank Mauritius Open par Heritage, vous aviez formulé le vœu que ce soit un tournoi « beau, confortable et fun ». Votre vœu a-t-il été exaucé ?
Philippe Espitalier-Noël
:  Oui, le succès de ce tournoi a été au-delà de nos espérances. Nous avons accueilli un incroyable parterre de joueurs, dont les champions Louis Oosthuizen, Sud-Africain classé 22e au classement mondial, Dylan Frittelli, 54e au classement, qui est aussi le vainqueur de cette dernière édition. C’est la preuve qu’aux yeux des joueurs, ce tournoi fait partie de ceux qui comptent. En tant qu’organisateurs de l’événement, nous n’avons ménagé aucun effort pour faire de cette compétition un succès. Les témoignages des participants suffisent pour comprendre qu’ils ont été conquis par la qualité des prestations du tournoi. Un green et des fairways impeccables, un confort sans pareil et une organisation efficace… Tout cela a une influence positive sur l’appréciation et la performance des golfeurs. Du reste, deux records ont été établis sur le parcours de Bel Ombre, dont un par l’Indien Arjun Atwal. Nous sommes motivés par les encouragements que nous recevons et par le nombre grandissant de spectateurs. Nous sommes réellement fiers d’avoir atteint notre objectif de faire que ce tournoi soit parmi les plus beaux tournois au monde.

On a compté davantage de grosses pointures du golf professionnel, classés parmi les 100 premiers mondiaux. Est-ce dû au changement de calendrier qui place désormais le tournoi en début de saison ? D’autres facteurs ont-ils contribué à cette participation de haut niveau alors que les gains, d’un total d’un million d’euros, demeurent relativement modestes en comparaison avec d’autres tournois ? 
Certes, le changement de calendrier a permis à un plus grand nombre de joueurs d’être présents. Lorsque nous organisions le tournoi en mai, cela coïncidait avec d’autres compétitions majeures du calendrier. En novembre, nous pouvons attirer un meilleur plateau de joueurs. Pour cette édition, nous avions 156 places pour un total de 500 joueurs inscrits au départ, ce qui est bien le signe de l’assise de notre tournoi sur le circuit. Il faut aussi ajouter que nous sommes le deuxième tournoi comptant pour le Race to Dubaï, entre le Hong Kong Open et le Johannesburg Open. Notre contribution est de 1 700 points, ce qui est non négligeable pour un professionnel, malgré des gains qui sont, comme vous le dites, relativement modestes. 
 

« Entre 60 000 et 70 000 touristes viennent jouer au golf à Maurice, ce qui représente plus de 3 milliards de roupies (75 millions d’euros – NDLR) de recettes touristiques sur le segment golfique. Soit environ 5 % des recettes du tourisme. Avec notre offre golfique qui ne cesse de s’améliorer à Maurice, nous devons avoir l’ambition de doubler ces chiffres en quelques années. »
« Entre 60 000 et 70 000 touristes viennent jouer au golf à Maurice, ce qui représente plus de 3 milliards de roupies (75 millions d’euros – NDLR) de recettes touristiques sur le segment golfique. Soit environ 5 % des recettes du tourisme. Avec notre offre golfique qui ne cesse de s’améliorer à Maurice, nous devons avoir l’ambition de doubler ces chiffres en quelques années. »  DR
 



Les joueurs ont semblé apprécier le cadre d’Heritage Bel Ombre, en pleine nature, entre mer et montagne, et leur « Players’ Lounge » qui n’était autre que le C Beach Club. Il paraît même que Dylan Fritelli, le vainqueur du tournoi, n’avait pas vu mieux ?
Hors du terrain de jeu, les joueurs ont également pu apprécier les services offerts par nos équipes, au « players’ lounge », ainsi que dans les établissements hôteliers où ils ont été logés. Ils étaient nombreux à être accompagnés de leurs familles qui ont profité de la beauté du site et des loisirs. En ligne avec nos objectifs, nous offrons un accueil VIP aux participants en leur proposant les meilleures prestations qui soient dans le monde golfique. Les joueurs, les représentants des tours et les producteurs audiovisuels sont tous logés à cette enseigne. Nous sommes là dans ce qui se fait de mieux sur les tournois internationaux qu’ils fréquentent généralement. En outre, le parcours d’Heritage Golf Course est magnifique, avec des paysages paradisiaques qui ne passent pas inaperçus même des joueurs les plus concentrés. Le golf est un sport de précision et l’entretien des greens, par exemple, doit être impeccable. Ce parcours, créé par l’architecte de golf de renommée mondiale Peter Matkovitch, offre plusieurs niveaux de technicité et représente un vrai challenge pour les joueurs. 

Outre le niveau de participation qui a grimpé, c’est aussi le cas de la couverture médiatique. Votre groupe hôtelier a annoncé pas moins de 42 télévisions représentées et quatre heures de « live » chaque jour. Qu’est-ce que tout cela représente en audience ? 
Avec plus de 40 chaînes de télévision couvrant ce tournoi en direct, ce sont potentiellement presque 500 millions de foyers qui ont eu accès aux images de l’événement. Les téléspectateurs se sont régalés du spectacle offert par les joueurs sur le parcours, mais aussi des belles prises de vues de cette belle région qui montre bien la force tropicale de l’île. Pour une destination tirant ses revenus du tourisme, nous ne pouvons rêver de meilleur moyen de promouvoir les attraits du pays. Nous misons aussi sur les outils plus innovants, comme les réseaux sociaux où le bouche à oreille joue un rôle clé dans la communauté golfique mondiale. D’où l’importance pour nous de soigner la qualité de nos prestations. Nous pouvons ainsi nous appuyer sur la dynamique créée autour du golf pour promouvoir tout le pays et attirer l’attention sur ce que nous avons à offrir. Durant cette semaine, c’est tout l’art de vivre mauricien qui est décliné à l’infini. Du sens de l’accueil au confort du voyage, en passant par la qualité de l’hébergement, l’offre gastronomique, les sports terrestres et nautiques, la qualité de nos artistes et musiciens, nos offres dans le bien-être, l’immobilier haut de gamme, etc. C’est aussi un moyen de mettre en lumière le savoir-faire de tout un pays, non seulement en matière de tourisme, mais également en matière de services financiers et autres. 

Quelles retombées concrètes voyez-vous pour Heritage Bel Ombre et plus largement pour Maurice ?
Il est indéniable que ce type d’événements améliore la visibilité d’Heritage Bel Ombre, et de Maurice par extension. Entre 60 000 et 70 000 touristes viennent jouer au golf à Maurice, ce qui représente plus de 3 milliards de roupies (75 millions d’euros – NDLR) de recettes touristiques sur le segment golfique. Soit environ 5 % des recettes du tourisme. Avec notre offre golfique qui ne cesse de s’améliorer à Maurice, nous devons avoir l’ambition de doubler ces chiffres en quelques années. Depuis l’organisation de la première édition du tournoi, nous avons d’ailleurs enregistré une augmentation de 25 % du nombre de golfeurs à Heritage Golf Club. Nous y construisons un deuxième golf qui portera la signature de Peter Matkovitch et de Louis Oosthuizen afin d’anticiper la demande et d’offrir un meilleur éventail aux golfeurs.
 

« Le domaine de Bel Ombre a pour particularité d’abriter de riches écosystèmes dont dépendent nos multiples activités. Il est donc important que celles-ci s’inscrivent de manière durable dans leur environnement immédiat. »
« Le domaine de Bel Ombre a pour particularité d’abriter de riches écosystèmes dont dépendent nos multiples activités. Il est donc important que celles-ci s’inscrivent de manière durable dans leur environnement immédiat. »  Rogers
 



Vous avez beaucoup investi dans ce domaine de Bel Ombre, ses 2 500 hectares situés dans ce sud encore sauvage, ses hôtels Telfair et Awali, son château et son Beach Club. Tout cela est réuni sous la marque Heritage. Peut-on dire que c’est une stratégie de différenciation, à la fois au sein de votre groupe et par rapport à vos concurrents ?
Ce qu’offre Heritage Bel Ombre, notre nouvelle marque mère, est unique à Maurice. La tendance mondiale est totalement tournée vers la notion d’expérience du client.  Avec la nouvelle expression de la marque Heritage nous nous inscrivons dans cette réalité. Notre offre est vaste et nous proposons aux touristes et aux Mauriciens des expériences stimulantes, avec toute une panoplie de services haut de gamme qui s’affine de jour en jour. Mais c’est surtout le cadre paradisiaque de Bel Ombre qui permet à Heritage de se démarquer. L’hébergement cinq étoiles, l’offre immobilière de luxe, la grande cuisine à Heritage Le Château puisent leur valeur ajoutée dans la beauté de la nature. Cet écrin de verdure, nous nous attelons à le préserver, d’autant plus qu’il abrite une faune et une flore uniques à Maurice. Nous devons par la même occasion maintenir notre action de protection du lagon qui constitue un atout exceptionnel pour notre région. Ce domaine a pour particularité d’abriter de riches écosystèmes dont dépendent nos multiples activités. Il est donc important que celles-ci s’inscrivent de manière durable dans leur environnement immédiat. C’est là un pari que nous avons pris depuis plusieurs années et aujourd’hui, nous voulons aller encore plus loin. Nous souhaitons que le lagon soit déclaré zone non-motorisée, voire même un espace marin protégé, afin de donner une dimension plus profonde à notre action de sauvegarde de la biosphère marine.  

On peut dire qu’il y a une synergie avec votre activité dans l’aérien - en tant que représentant de compagnies aériennes - et avec vos agences de voyages Transcontinents et BlueSky qui rayonnent dans la zone. En juillet 2017, vous avez aussi racheté ENL Lifestyle qui gère plusieurs franchises dans la restauration comme Ocean Basket et qui a été rebaptisée « Island Living ». Vous êtes positionné ainsi de plus en plus sur le marché local des loisirs ?
Le groupe Rogers a toujours consolidé les bases de l’industrie touristique en offrant bien plus que de l’hébergement, et cela depuis le tout début du développent du tourisme sur l’île. Notre positionnement sur le marché du voyage et de l’aviation date des années 50. Nos opérations d’accueil à travers Mautourco, notre restaurant Le Chamarel, les Terres de 7 couleurs, l’Heritage Nature Reserve, les prestations nautiques avec Croisières Australes, notre conciergerie avec Islandian sont autant de prestations qui assurent la qualité des expériences que nous offrons aux visiteurs. L’opportunité de rachat d’ENL Lifestyle ajoute de la profondeur à notre offre. La création d’Island Living va nous permettre de renforcer notre présence sur le marché des loisirs et de la restauration. Notre portefeuille d’activités ne cesse de s’étoffer et nous servons d’avantage la demande locale sur l’île qui ne cesse de grandir. Les Mauriciens sont de plus en plus demandeurs de divertissements en famille et entre amis. Nous savons que nous pouvons leur offrir de belles expériences valorisées qui peuvent faire la différence. Pour cela, nous allons mutualiser nos compétences et offrir de nouveaux choix aux clients.

Vous avez fait votre entrée au sein du groupe Rogers il y a vingt ans et vous le dirigez depuis dix ans pendant lesquels il s’est profondément restructuré. On peut citer le lancement d’Ascencia pour la gestion immobilière, une entreprise qui fêtera ses dix ans en 2018. On en parle désormais comme d’un poids lourd de la bourse mauricienne ?
Oui, Ascencia est une réussite à tous les niveaux. La compagnie fera en effet son entrée sur le premier marché boursier local en 2018. Nous y reviendrons d’ailleurs en temps voulu. Mais déjà, sur le plan économique et social, c’est une réussite avec pas moins de six centres commerciaux d’envergure à Maurice. Le dernier en date est So’Flo qui a ouvert ses portes à Floréal dans un cadre magnifique. Ces malls, qui voient leur fréquentation progresser d’année en année, ne sont pas uniquement des centres commerciaux, mais plutôt des espaces « tout sous un seul toit », offrant de la restauration, des sports en salle –football et bowling –, des loisirs culturels, et j’en passe. Ces espaces sont venus combler une demande latente des Mauriciens et c’est ce qui fait leur succès aujourd’hui. Et je suis persuadé que nous allons continuellement améliorer cette offre. 
Pour en revenir au premier volet de votre question, cela fait en effet dix ans que je dirige le groupe. En dix ans, nous avons apporté des changements majeurs qui nous réussissent bien. Nous sommes aujourd’hui uniquement orientés vers les services. Nous allons sur cette trajectoire continuer à nous développer et à innover. Nous adaptons nos modèles économiques à ce monde qui évolue plus rapidement chaque jour. Certains cœurs de métier n’ont plus la même résonance dans le paysage économique du jour, alors que d’autres prennent une place plus importante, comme la FinTech. 
 

« L’hébergement cinq-étoiles, l’offre immobilière de luxe, la grande cuisine à Heritage Le Château (notre photo – NDLR) puisent leur valeur ajoutée dans la beauté de la nature. »
« L’hébergement cinq-étoiles, l’offre immobilière de luxe, la grande cuisine à Heritage Le Château (notre photo – NDLR) puisent leur valeur ajoutée dans la beauté de la nature. »  Rogers
 



Sous votre direction, il y a eu aussi la séparation avec la famille Taylor et CIM Finance. Un pari risqué mais que vous avez finalement gagné ?
Je n’aime pas polariser des enjeux d’intérêts aussi fondamentaux à des notions de gagnants ou de perdants. Il y a des façons de s’y prendre qui permettent à toutes les parties prenantes d’en profiter, notamment le fameux concept du Win-Win. Pour cela, il faut mener les choses avec sagesse afin de faire sauter les verrous qui freinent le progrès.   J’ai proposé une nouvelle nomenclature pour le groupe en pensant principalement à l’intérêt à moyen et long termes de ses actionnaires. Nous avons réussi une mutation raisonnée et responsable qui leur a offert des rendements et des plus-values fantastiques. On ne le dit pas suffisamment mais force est de constater que nous n’avons eu que des gagnants de cet ajustement majeur. Un actionnaire qui détenait une action de Rogers en 2011, s’il a gardé ses actions de CIM et de Rogers, a doublé sa valeur et obtenu un rendement annuel incluant les dividendes de 22 % sur la valeur de 2011. 

Aujourd’hui, avec Rogers Capital, vous revenez en force dans la finance ?
Au moment de la scission avec CIM, nous avons annoncé que nous resterions dans les services financiers. Rogers Capital est l’une de nos plus jeunes entreprises et, en quelques années, nous avons mis en place de nouvelles bases afin de développer ce pôle. Ces opérations vont trancher avec le passé. Elles seront inspirées des techniques nouvelles avec des structures légères et un bilan dynamique. Nous nous adaptons à un nouveau modèle, qui s’appuie sur l’innovation disruptive. Nous sommes engagés dans les services financiers, dans l’administration et les services fiduciaires aux entreprises ainsi que des services d’externalisation, dans des solutions d’investissement et de conseil à des clients privés. C’est une activité qui reposera beaucoup sur les nouvelles technologies. Nous avons l’ambition de faire grandir rapidement Rogers Capital.

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