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Pierre-André Taulet : heureux comme un banquier indépendant

1 juin 2016 | PAR Alain Foulon | N°309
Pierre-André Taulet est directeur général de la BFC OI depuis 2014. Guillaume Foulon
Il dirige la BFC OI qui fête ses 40 ans cette année et demeure une banque pleinement réunionnaise, la seule avec la Caisse régionale du Crédit Agricole. Une banque qui a aussi l’originalité d’être un joint-venture entre la Société Générale et la Mauritius Commercial Bank.


« Il faut bien nous voir comme une banque indépendante. Nous avons notre propre informatique, des produits que nous prenons à la Société Générale, mais en restant autonomes, et une vraie responsabilité de banque indépendante. » Un risque mais aussi un plaisir pour un banquier de ne pas s’en remettre constamment à des décisionnaires situés à 10 000 kilomètres. C’est celui qu’éprouve visiblement Pierre-André Taulet. D’autant plus heureux qu’il dirige une banque chargée d’histoire et qui développe une réelle synergie régionale. Si la BFC a officiellement vu le jour en 1976 à La Réunion et à Mayotte, où elle fut seule pendant longtemps, son histoire remonte beaucoup plus loin dans le temps. Du côté de la Chine, dès 1913, et avec une première BFC (Banque franco-chinoise) en 1925, qui se développe en Orient et en France et compte la Banque d’Indochine comme actionnaire. En 1968, la Banque franco-chinoise devient la Banque française commerciale, permettant ainsi de conserver l’acronyme BFC tout en traduisant mieux l’activité qui n’a plus rien à voir avec la Chine. 

LA MCB ET LA SOCIÉTÉ GÉNÉRALE EN SYMBIOSE RÉGIONALE

L’implantation de la BFC à La Réunion et à Mayotte est liée à son départ de Madagascar, un an après l’arrivée au pouvoir de Didier Ratsiraka qui rompt avec la France et lance sa révolution socialiste. Aujourd’hui encore, elle est le leader incontesté à Mayotte où, avec sept agences, elle détient plus de 50% de parts de marché. 
« C’est vrai que nous sommes la banque des PME et des professionnels, souligne Pierre-André Taulet. Et nous avons hérité d’une très grosse formation en crédit d’entreprise. Mais nous avons diversifié notre clientèle avec notamment la Banque française mutualiste (BFM), partenaire national de la Société Générale pour les fonctionnaires et assimilés. Au total, entre La Réunion et Mayotte, nous avons plus de 80 000 particuliers comme clients et nous souhaitons dépasser les 100 000 à l’horizon 2020. »
L’histoire plus récente de la banque a été marquée par son rachat en 1992 (via le rachat d’Indosuez) par la Mauritius Commercial Bank (MCB), leader du secteur bancaire mauricien. Une petite révolution à l’époque. Puis, en 2003, après le passage à l’euro, la Société Générale prend la moitié du capital et bénéficie d’un pacte d’actionnaires qui lui permet de nommer le directeur général. « Les relations sont très bonnes, commente Pierre-André Taulet et c’est un avantage pour nous quand des investisseurs mauriciens viennent à La Réunion ou quand des Réunionnais vont à Maurice. » 

PRÉSENCE À MADAGASCAR ET AU MOZAMBIQUE VIA LA SOCIÉTÉ GÉNÉRALE

L’ouverture régionale concerne aussi Madagascar à travers la BFV, filiale de la Société Générale, deuxième banque de la Grande île et en passe de devenir la première, selon le patron de la BFC. Au Mozambique également, la synergie est très forte puisque la Société Générale est désormais majoritaire dans la branche locale de la MCB. Un développement qui n’est pas pour déplaire à Pierre-André Taulet qui a effectué une partie de sa carrière à l’international, en Roumanie, au Ghana et en Espagne, et parle pas moins de quatre langues en plus du français. Natif d’un village du Tarn, Labastide-Rouairoux, il a fait Sciences Po Paris et détient un DEA de contentieux public, européen et privé. Il évolue au sein du groupe Société Générale depuis trente-cinq ans. Réservé d’un premier abord, on peut néanmoins sentir chez lui la chaleur de son Sud-ouest natal. Et alors qu’il fêtera en août prochain ses 61 ans, il savoure le fait d’être « seul maître à bord » même s’il doit rendre des comptes. Des comptes plutôt bons ces dernières années malgré un contexte qui n’a pas toujours été facile et un modèle économique qui devra être revu comme pour toutes les banques.

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