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Maurice

Port-Louis climatisé à l’eau de mer

1 mar 2016 | PAR Youvraj Mangar | N°306
Le projet prévoit, dans un premier temps, la construction d’un réseau de distribution de 5,5 kilomètres de long, au large de Bain des Dames (près du port), pour capter l’eau de mer à 1 100 mètres de profondeur. DR
Après quatre années d’études, l’entreprise mauricienne Sotravic a signé un contrat de concession avec l’État mauricien pour implanter, d’ici à fin 2017, le Sea Water Air Conditioning (SWAC) ou climatisation marine.


« Le climat difficile des affaires de ces dernières années, où les contrats se gagnent avec de faibles marges, nous a poussés à explorer de nouvelles pistes et c’est ainsi qu’a germé le projet SWAC. » Emmanuel André, CEO de Sotravic, explique ainsi cette nouvelle diversification d’un groupe qui, à partir de son cœur de métier du génie civil, s’est également développé dans la chaîne de l’eau - de l’extraction à la distribution -, puis dans l’assainissement avec la collecte, le traitement et l’évacuation des déchets liquides et solides, avant de surfer sur la vague des énergies renouvelables en produisant de l’électricité à partir du biogaz. De quoi afficher une im-pressionnante croissance durant la dernière décennie. Aujourd’hui, ce projet de climatisation marine à Port-Louis représente une nouvelle étape importante pour le groupe de Pierre Ah-Sue qui a été élu Entrepreneur de l’année par L’Eco austral en 2011. 
Avant de se lancer dans ce secteur, qui comprend peu d’acteurs à l’échelle mondiale, Sotravic s’est d’ailleurs documenté auprès de certains d’entre eux, se rendant sur le terrain. À Genève, par exemple, où le site des Nations Unies est climatisé à partir de l’eau pompée à 308 mètres de profondeur dans le lac Léman, le plus grand lac alpin d’Europe, où l’eau atteint jusqu’à 5°C.
 

Emmanuel André, CEO de Sotravic : « Le climat difficile des affaires de ces dernières années, où les contrats se gagnent avec de faibles marges, nous a poussés à explorer de nouvelles pistes et c’est ainsi qu’a germé le projet SWAC. »  Davidsen Arnachellum
Emmanuel André, CEO de Sotravic : « Le climat difficile des affaires de ces dernières années, où les contrats se gagnent avec de faibles marges, nous a poussés à explorer de nouvelles pistes et c’est ainsi qu’a germé le projet SWAC. »  Davidsen Arnachellum
 

LE MÊME ACTEUR QU’À HAWAÏ

Pour son projet de Port-Louis, le groupe mauricien a choisi l’Américain Makai Ocean Engineering à qui l’on doit le développement de la climatisation marine à Hawaï. Il a fallu élaborer un modèle économique convaincant avant d’aboutir, en décembre 2015, à la signature d’une concession de trente ans (renouvelable pour dix ans) avec l’État mauricien, le secrétariat du Commonwealth apportant son soutien. Le projet, baptisé DOWA (Deep Ocean Water Applications), est porté par Urban Cooling Ltd, une filiale créée par Sotravic. Il s’agit, dans un premier temps, de réaliser un réseau de 5,5 kilomètres de long, au large de Bain des Dames (près du port), pour capter l’eau de mer à 1 100 mètres de profondeur. L’objectif de cette partie « Upstream » du projet demeure la production de 23 mégawatts froid et, à long terme, de 44 mégawatts froid pour climatiser 65 bâtiments du centre-ville de Port-Louis dont le Caudan, situé sur le front de mer, des banques et l’hôtel du gouvernement, entre autres. Dès cette année suivra un réseau terrestre de distribution de l’eau froide, long de 4 kilomètres, en sus des raccordements des sites des abonnés. Il est prévu que le SWAC, en ligne avec les objectifs de la COP21, réduise jusqu’à 90% le recours à l’énergie fossile pour la climatisation des bâtiment concernés. Selon le Premier ministre mauricien, Anerood Jugnauth, le projet devrait générer des économies annuelles de 175 millions de roupies (4,4 millions d’euros). Les travaux de réalisation de cette première phase en offshore ainsi que les installations de distribution terrestre devraient durer une année. L’objectif est de terminer les études en 2016 et de réaliser les travaux en 2017 pour une mise en service en fin d’année.
La première phase du projet représente un investissement de l’ordre de 3 milliards de roupies (75 millions d’euros), financé par des investisseurs privés. Selon les estimations de Sotravic, les prêts auprès des banques locales devraient eux-mêmes suffire à répondre aux exigences financières du projet. Les banques et institutions de développement régionaux et internationaux, notamment la Banque africaine de développement (BAD), l’Agence française de dévelop-pement (AFD) et son bras financier la Proparco, la Société financière internationale (SFI) de la Banque mondiale et la Banque européenne d’investissement (BEI) de l’Union européenne ont également manifesté leur intérêt.
Selon le CEO de Sotravic, le premier défi de ce projet n’est ni technique ni financier. Mais il s’agit de combiner un cadre législatif et une volonté politique permettant de favoriser le recours à une énergie propre et la mise en œuvre d’un important chantier de génie civil dans la capitale. Emmanuel André y voit aussi une dimension culturelle et historique car les travaux devraient permettre d’exhumer et de réhabiliter les pavés historiques de Port-Louis, situés au dessous les rues asphaltées. « On a vu l’engouement de Porlwi by Light. Il n’y a aucun doute que les Mauriciens ont envie de découvrir et de vivre l’histoire de leur capitale. »
 

Paul Ah Sue, président fondateur du groupe Sotravic et Emmanuel André, CEO,  entourés de l’équipe impliquée dans le projet. DR
Paul Ah Sue, président fondateur du groupe Sotravic et Emmanuel André, CEO,  entourés de l’équipe impliquée dans le projet. DR

DE GRANDS ESPOIRS AVEC LE « DOWNSTREAM »

Alors que l’étape « Upstream » consiste à pomper l’eau pour refroidir les bâtiments, le « Downstream », comprend toutes les activités que pourraient générer l’exploitation de l’eau de mer avant qu’elle ne soit rejetée. « C’est un potentiel sur lequel devraient se pencher de jeunes entrepreneurs créatifs, à la recherche de nouveaux relais de croissance. »
À Genève, la conduite de retour (« Downstream ») est davantage exploitée pour l’arrosage des parcs et des jardins. Quant à la formule hawaïenne, plus proche de celle de Maurice, elle comprend un réseau secondaire de distribution, permettant d’optimiser l’exploitation de l’eau de mer. Le Board of Investment est déjà en contact avec des opérateurs dans les secteurs de la thalassothérapie, de l’aqua-culture et de l’embouteillage. Mais pour l’heure, on s’en tient à l’« Upstream », pour lequel Emmanuel André prévoit un retour sur investissement de dix à vingt ans. Une fourchette très large qui pourrait se réduire avec l’exploitation du « Downstream ».

DEUX POUR CENT DU CHIFFRE D’AFFAIRES CONSACRÉ À L’INNOVATION
« La culture de l’innovation chez Sotravic est historique », souligne son CEO Emmanuel André. Créée en 1986 dans le secteur du génie civil, l’entreprise a su habilement se diversifier. Elle consacre 2% de son chiffre d’affaires à l’innovation et emploie deux ingénieurs qui travaillent à plein temps dans la Recherche & Développement. En outre, la quarantaine d’ingénieurs de l'entreprise apportent leur pierre à l’édifice. Il arrive qu'ils consacrent jusqu’à 50% de leur temps à l’innovation en mettant à profit, pour certains, une expérience à l’étranger. 
UNE MAQUETTE DU PROJET DOWA POUR LES ÉCOLIERS
La station de transfert sera conçue de manière qu’elle puisse être visitée comme le centre d’enfouissement de Mare Chicose, qui est aujourd’hui régulièrement présenté aux écoliers mauriciens. Dans cette perspective, une maquette du projet Deep Water Ocean Applications (DOWA) devrait être élaborée par l’architecte Gaëtan Siew. 
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