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Pour le président de la State Bank, « Africa is the last frontier »

1 avr 2017 | PAR Jacques Rombi | N°318
Kee Chong Li Kwong Wing, président du conseil d’administration de la State Bank of Mauritius (SBM), deuxième banque de Maurice : « L’Afrique est en train de devenir une plateforme de e-commerce où les opérations peuvent être multipliées plus rapidement qu’ailleurs. »
Visionnaire et instigateur d’une bonne partie des réformes qui ont mené Maurice sur la voie de son « miracle économique », Kee Chong Li Kwong Wing s’exprime sur les relations entre l’Afrique et l’Asie.


L’Eco austral : Un sujet, très en vogue dans le pays, traite du fameux « hub » mauricien comme plateforme financière des investissements asiatiques vers l’Asie. D’après vous, pourquoi et comment Maurice peut-elle relever ce pari ?
Kee Chong Li Kwong Wing
: Africa is the last frontier. Le continent regorge de matières premières et de terres en friches, mais il lui manque des capitaux et des technologies et c’est justement le schéma inverse qui est constaté en Asie. En bref, les Asiatiques ont intérêt à investir en Afrique tout en apportant leur savoir-faire. En outre, et on n’en parle pas assez, la plupart des pays d’Asie viennent de réussir avec succès leur transition de pays en voie de développement en pays développé. Des modèles à suivre pour beaucoup de pays africains.

C’est une bonne analyse, mais de nombreux experts, qui s’expriment notamment dans nos colonnes, conseillent d’être très vigilants vis-à-vis de l’Afrique. Le fait ethnique est souvent sous-estimé alors qu’il entraîne parfois le chaos sur le continent noir ?
C’est vrai, mais il y a la même problématique en Asie. Je pense aux Chinois en Malaisie, aux Indiens de Kuala Lumpur… Pourtant, les Asiatiques ont su assez bien gérer ces conflits latents pour des impératifs de survie économique. Je peux prendre la métaphore du gâteau : avant, en Asie, on devait s’organiser pour savoir comment produire ce gâteau, maintenant, la problématique est : « Comment le partager ? » Ils savent qu’ils sont dépendants les uns des autres tout en sachant qu’ils doivent désormais exporter et délocaliser. En tous cas, entre l’Afrique et l’Asie, il y a Maurice dont la population est composée en grande partie d’Asiatiques et d’Africains. Il faut aujourd’hui jouer la carte de la synchronisation, de la coordination des besoins de ces deux continents tout en créant de la valeur.

Dans beaucoup de pays d’Afrique, la corruption mine tout embryon de développement. Quel Business Model faudrait-il mettre en place pour que ça marche ?
Il est en train de se mettre en place naturellement. Paradoxalement, l’Afrique va profiter de son retard dans beaucoup de domaines pour se moderniser rapidement. Regardez l’exemple du Mobile Banking qui permet d’accéder au monde bancaire sans passer par des procédures lourdes et coûteuses ! L’Afrique est en train de devenir une plateforme de e-commerce où les opérations peuvent être multipliées plus rapidement qu’ailleurs. L’Inde est en train de démonétiser son économie et l’Afrique également. C’est le « Fintech » qui permet plus de transparence des échanges, plus d’interactions entre les individus et les groupes et moins d’argent en liquide. Donc moins de possibilités de corruption et de « black money ». Parallèlement, le « Fintech » permet un meilleur accès aux soins, à l’éducation, à la logistique. Du « win-win » pour les deux continents.

Et pour l’île Maurice, quel Business Model faut-il engager pour relever ce grand défi ?
Continuer sur celui que nous avons déjà initié avec le développement des infrastructures, la baisse de nos taux d’imposition, la libéralisation de l’économie… Cela permet l’apport d’investissements étrangers et le développement du secteur privé. Il faut maintenant s’attaquer d’urgence aux connectivités : maritime, aérienne et numérique. Ensuite, logiquement, les talents, les ressources humaines du monde entier viendront ici en même temps que les jeunes Mauriciens resteront ou rentreront au pays. Nous aurons alors dépassé un seuil critique et cela nous ouvrira la bonne voie.


j.rombi@ecoaustral.com

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