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Mayotte

Près d’une espèce sur deux de la flore est menacée

10 oct 2014 | PAR La rédaction | N°289
Parmi les espèces menacées, le « baobab malgache » (Adansonia madagascariensis), un arbre emblématique classé « en danger critique ». - DR
Une analyse inédite des 610 espèces composant la flore indigène de Mayotte montre que 43% d'entre elles sont menacées. Un bilan qui confirme la nécessité de mettre en œuvre rapidement la Stratégie biodiversité pour le développement durable, adoptée en 2014.

Réalisé par le Comité français de l’UICN (Union internationale pour la conservation de la nature), le Conservatoire botanique national de Mascarin, la Fédération des conservatoires botaniques nationaux et le Muséum national d’Histoire naturelle, ce bilan mahorais est une nouvelle étape dans l’élaboration de la « liste rouge » des espèces menacées en France.
Mayotte est une île volcanique au climat tropical humide qui abrite une biodiversité exceptionnelle. Sur moins de 400 kilomètres carrés, l’île héberge 610 espèces indigènes de plantes vasculaires (fougères, arbres, orchidées et autres plantes à fleurs), dont 36 sont endémiques du territoire, c’est-à-dire qu’elles ne vivent nulle part ailleurs au monde.

UNE RICHESSE BOTANIQUE EXCEPTIONNELLE MISE EN DANGER PAR LES DÉFRICHEMENTS

La végétation originelle de l’île a connu une régression extrême et les formations naturelles n’occupent plus aujourd’hui que 4% à 5% de la surface terrestre. Les forêts tropicales, mangroves ou fourrés secs ont été défrichés pour être remplacés par des zones agricoles ou urbaines, et le phénomène se poursuit. Cette situation est responsable du déclin de nombreuses espèces comme le « baobab malgache » (Adansonia madagascariensis), un arbre emblématique classé « en danger critique », ou le palmier rufia (Raphia farinifera), qui servait autrefois à la fabrication de cases, mais qui a perdu plus de la moitié de ses populations suite à la destruction et l’assèchement des milieux humides, désormais classé « en danger ».
Avec l’augmentation des échanges commerciaux et des mouvements humains, de nouvelles espèces sont apparues sur l’île. Certaines de ces plantes exotiques prolifèrent à Mayotte et représentent une menace pour des espèces locales comme la « vanille de Humblot » (Vanilla humblotii), classée « vulnérable ». Les jeunes pousses de cette vanille sauvage souffrent notamment de la compétition de la « corbeille d’or », une plante originaire d’Amérique tropicale qui envahit le sol et forme de denses buissons. Autre plante problématique, le « choca vert » colonise les milieux secs où poussent des espèces comme l’« aloé de Mayotte » (Aloe mayottensis), une plante endémique classée « en danger ». La flore de Mayotte doit également faire face à une pression de collecte et de prélèvement, souvent illégale. Cette menace affecte par exemple des arbres rares comme l’« ébène des Comores » (Diospyros comorensis), classé « vulnérable », fortement coupé par le passé et qui continue à être abattu pour son bois. Ou l’« ocotée des Comores » (Ocotea comoriensis), un arbre de la forêt humide dont les feuilles sont utilisées en médecine traditionnelle, classé « en danger critique ». Enfin, même des milieux a priori peu accessibles, tels que le sommet du Mont Choungui, sont menacés. La flore remarquable de ce site est mise à mal par le piétinement et l’érosion des sols, provoqués par une surfréquentation du lieu, prisé des randonneurs. Le « sari mri trele » (Chionanthus cordifolius), un arbuste rarissime endémique de ce sommet, est ainsi classé « en danger critique ».

UN NÉCESSAIRE RENFORCEMENT DES MOYENS DE PROTECTION ET DE SURVEILLANCE

Aujourd’hui, les milieux terrestres de Mayotte sont peu protégés et, lorsqu’elles existent, les mesures de protection sont peu respectées. La création d’espaces protégés est nécessaire pour freiner la disparition des milieux naturels remarquables subsistant sur l’île. Une augmentation des moyens de surveillance est également indispensable pour stopper les collectes et les défrichements illégaux, toujours en vigueur malgré les réglementations existantes. Des actions sont déjà menées par le Conservatoire botanique pour améliorer les connaissances sur la flore sauvage de l’île, pour conserver les graines des espèces les plus rares et pour informer et sensibiliser le public. Pour les années à venir, la liste rouge permettra d’orienter les actions pour préserver et valoriser ce patrimoine naturel mahorais. Elle confirme l’importance de mettre en œuvre rapidement la Stratégie biodiversité pour le développement durable de Mayotte, adoptée en 2014.

 

CONTACTS

- Comité français de l’UICN - Florian Kirchner, chargé de programme « espèces » - Tél. 01 40 79 48 09 / 06 89 29 72 89 – E-mail : florian.kirchner@uicn.fr
- Muséum national d’Histoire naturelle - Flore Goldhaber – Tél. 01 40 79 38 00 - Samya Ramdane – Tél. 01 40 79 54 40 – E-mail : presse@mnhn.fr
- Conservatoire botanique national de Mascarin - Luc Gigord, directeur – Tél. : 0262 24 79 21 / 06 92 77 19 06 – E-mail : lgigord@cbnm.org
- Fédération des conservatoires botaniques nationaux - Johan Gourvil, chargé de projets « Taxons-Flore » – Tél. : 01 80 89 70 06 – e-mail : johan.gourvil@fcbn.fr.
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