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Réunion/Maurice

À quoi servent les banques exactement ?

2 avr 2015 | PAR Alain Foulon

Le Budget de l’État mauricien, présenté le 23 février, fait figure de programme de politique économique et a l’avantage d’être ambitieux dans ses objectifs de croissance et de proposer un soutien substantiel aux PME. Le ministre des Finances et du Développement économique, Vishnu Lutchmeenaraidoo, a bien compris que ces entreprises représentent un véritable moteur de croissance. Leur développement est trop souvent freiné par un manque de fonds propres et c’est pourquoi il prévoit de créer une banque à leur intention. On peut quand même s’étonner qu’il soit obligé d’en arriver là alors qu’il n’existe pas moins de 23 banques sur la place mauricienne. Vous me direz que la moitié au moins n’interviennent pas sur le marché domestique. Mais bon, même une dizaine, c’est important pour un pays comme Maurice ! Que font ces banques ? À quoi servent-elles ? Le consommateur profite-t-il d’une réelle concurrence ? Ceux qui les ont fréquentées peuvent en douter. Quel entrepreneur peut-il emprunter s’il n’a pas un bien à mettre en garantie ?
Alors que des acteurs importants ont été soutenus de manière inconsidérée, les dirigeants de PME ne séduisent pas facilement les financiers. « Small is not beautiful » pour les banquiers. Un petit dossier, ça coûte aussi cher à instruire, mais ça rapporte beaucoup moins ! Il en ressort qu’accorder des licences à tour de bras, comme le faisait le précédent gouverneur de la Banque centrale, ne garantit en rien une concurrence bénéfique pour le consommateur. À la décharge des banquiers, il faut dire qu’ils sont tenus par des règles prudentielles et des ratios contraignants, sans parler de la pression de leurs actionnaires qui regardent surtout les profits. Mais aussi, ils ont parfois affaire à des entrepreneurs mal encadrés, incapables de leur fournir un business plan convaincant. Le développement des PME n’est donc pas qu’une question d’argent, mais aussi d’accompagnement. Et le problème est le même à La Réunion, à Madagascar et dans les autres îles. Il faut y ajouter, à La Réunion, les contraintes d’un système français qui rend le coût du travail exorbitant et les contraintes d’un code du travail qui comprend plus de 10 000 articles. De quoi dissuader les dirigeants de micro-entreprises et de TPE, qui forment le gros du tissu économique, de recruter. Rien d’étonnant si la majorité des entreprises réunionnaises n’emploient aucun salarié.

« Small is not beautiful pour les banquiers. Un petit dossier, ça coûte aussi cher à instruire, mais ça rapporte beaucoup moins ! La profusion des banques ne garantit pas une concurrence bénéfique au consommateur. »

Comment faire face à la pression démographique et donner du travail aux jeunes dans ces conditions ? Le maire de Saint-André et ancien parlementaire influent Jean-Paul Virapoullé y répond à sa façon, dans ce numéro de L’Eco austral. Il réclame tout simplement un nouveau statut économique pour La Réunion. Et cette piste commence à séduire nombre d’élus, à gauche et à droite, qui se retrouvent dans un certain consensus : ne pas toucher au statut politique mais aller plus loin dans le régime des spécificités. Et convaincre Bruxelles de mieux profiter de cette terre européenne située au cœur de l’océan Indien. Pas sûr que l’État français l’entendra de cette oreille.

Comme le disait si bien Beaumarchais, « aujourd’hui, on est libre, à condition de dire tous la même chose ».

Personne ne rejette ouvertement le principe de subsidiarité, mais quand il s’agit de l’appliquer, c’est autre chose. Comme pour l’égalité, tout le monde est pour et chacun est contre. En 1979, le parlementaire mauricien Jean-Claude de L’Estrac s’était fait expulser de La Réunion pour avoir déclaré, dans un entretien accordé à Maurice Botbol, journaliste du Quotidien à l’époque (avant de fonder la Lettre de l’océan Indien), que « c’était aux Réunionnais de choisir leur destin ». Les choses n’ont peut-être pas changé autant que ça depuis trente-six ans ! Certes, on n’expulse plus personne pour délit d’opinion, mais on a d’autres moyens de faire taire les esprits rebelles. Comme le disait si bien Beaumarchais, « aujourd’hui, on est libre, à condition de dire tous la même chose ».
 

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À quoi servent les banques exactement ?

Le Budget de l’État mauricien, présenté le 23 février, fait figure de programme de politique économique et a l’avantage d’être ambitieux dans ses objectifs de croissance et de proposer un soutien substantiel aux PME. Le ministre des Finances et du Développement économique, Vishnu Lutchmeenaraidoo, a bien compris que ces entreprises représentent un véritable moteur de croissance. Le...