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Océan Indien

Recherche relais de croissance désespérément

1 avr 2016 | PAR Alain Foulon | N°307


Les petites économies insulaires ont l’avantage de pouvoir bouger vite, au contraire des géants. De ressentir immédiatement les bienfaits d’un investissement qui aurait moins d’impact dans une grande économie. Leurs marchés étroits et malgré tout segmentés représentent aussi une forme de protection. L’insularité, c’est quelque chose de très particulier. Et c’est pourquoi bon nombre de TPE et PME de nos îles affichent une étonnante résilience. Quant aux autres, elles n’affichent plus rien puisqu’elles ont mis la clé sous la porte où ont été rachetées par les résilientes. C’est le propre des crises de faire le ménage. Le contexte mondial, marqué par un pétrole à bas coût qui pénalise lourdement les pays africains producteurs, la baisse de régime en Chine et la fragilité des grandes banques internationales, affecte peu nos économies. Mais elles doivent impérativement trouver de nouveaux relais de croissance et bâtir de nouveaux modèles. Et à vrai dire, c’est plus un défi culturel qu’économique. 

UN « GAP » DIFFICILE À FRANCHIR POUR MAURICE 

Le « dragon » de l’océan Indien ne crache plus beaucoup de feu ces derniers temps. L’objectif de 5,7% de croissance en 2016, fixé en mars 2015 lors de la présentation du Budget de l’État mauricien, sera loin d’être atteint. Selon les estimations actuelles, on se situerait plutôt à 3,4%, bien insuffisant pour franchir le « gap » qui sépare un pays en voie de développement (ou à revenus intermédiaires) d’un pays développé. L’annonce d’un nouveau miracle économique à court terme ne convainc plus personne. Il est vrai que le contexte n’a plus rien à voir avec celui vécu il y a trente ans. À l’époque, le lancement de la zone franche industrielle a permis de créer massivement des emplois pour des gens peu qualifiés, des femmes principalement. De même, l’hôtellerie a pu absorber une importante main d’œuvre qu’elle peine aujourd’hui à trouver. Les salariés mauriciens sont devenus plus exigeants et les meilleurs ont tendance à s’expatrier. Il existe aujourd’hui une profonde inadéquation entre les besoins des entreprises et les ressources humaines disponibles. Dans un pays qui ne produit que quelque 5 000 bacheliers par an, dont bon nombre font le choix de partir et ne reviennent pas forcément après leurs études, la matière grise se fait rare. Et nous sommes entrés dans un cercle vicieux : l’amélioration des salaires, et donc du pouvoir d’achat, doit-elle suivre celle de la productivité ou bien celle-ci dépend-elle de l’augmentation des salaires ? Dans les deux cas, Maurice perdra l’un de ses avantages concurrentiels, qu’elle a déjà perdu en partie dans certains secteurs comme le textile. Mais le franchissement du « gap » ne pourra se faire qu’à ce prix-là. Il reste à revoir de fond en comble le secteur éducatif, ce qui n’est pas une mince affaire et prendra du temps. 

UNE LENTE RÉVOLUTION CULTURELLE À LA RÉUNION

La Réunion, malgré de grandes différences avec Maurice, doit relever le même type de défi. Surmonter l’inadéquation entre besoins des entreprises et ressources humaines disponibles. L’émergence de nouvelles entreprises comme celle de Fouad Mazouz montre qu’il est possible de réaliser le plus gros de son chiffre d’affaires à l’export, à condition de miser sur la matière grise. Et cela malgré un coût du travail élevé. Mais l’Allemagne n’est-elle pas un champion du commerce international ? À La Réunion, le blocage est surtout psychologique. Pendant longtemps, on ne pensait pas pouvoir exporter autre chose que du sucre et du rhum. Il existe pourtant des savoir-faire « tropicalisés » et des innovations qui peuvent conquérir le monde. De ce côté-là, les choses sont en train de changer et l’île s’est engagée dans une lente révolution culturelle. Bien sûr, elle devra continuer à assurer un traitement social du chômage en attendant que diminue la pression démographique. Ne nous leurrons pas, en effet ! Les nouvelles activités innovantes et exportatrices ne génèrent pas massivement des emplois. Le traitement social du chômage, c’est aussi une réalité à laquelle Maurice pourrait être confrontée dans les années qui viennent. Comme quoi le terme « îles sœurs », qui fait parfois sourire en constatant les rivalités historiques et les préjugés, a peut-être du sens finalement. 

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