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Réunion

Relance des énergies renouvelables pour se rapprocher de l’autonomie électrique

Le soleil pourrait détrôner le fioul et le charbon dans les prochaines années avec la baisse des coûts de stockage de l'énergie solaire. Les 140 000 chauffe-eau solaires posés à La Réunion représentent déjà une économie annuelle de 235 gigawatt/heure, soit environ 10% de la consommation électrique. Stocklib/Panuwat Srijuntawong
2017 est l’année de la mise en œuvre des objectifs de la Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) qui vise à atteindre 46% d’autonomie en production d’électricité dès 2018 et 72% en 2023.


La Loi de transition énergétique pour la croissance verte, publiée en août 2015 en France, trouve son application à La Réunion dans une Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) qui fixe la stratégie énergétique de l’île pour la période de 2016 à 2023. C’est la Gouvernance de l’énergie qui est à l’origine de la PPE avec, pour chef de file, la Région Réunion, aux côtés de l’État et du gestionnaire du réseau électrique insulaire, EDF (Électricité de France). 

DÉJÀ 38% D’ÉNERGIES RENOUVELABLES DANS LA PRODUCTION D’ÉLECTRICITÉ

« La publication du décret relatif à la PPE de La Réunion interviendra très prochainement, puisque le document a reçu la signature de la ministre de l’Écologie, du Développement durable et de l’Énergie, le 9 février dernier, indique Alin Guezello, Pdg de la SPL Energies Réunion qui est chargée de l’animation et de la coordination technique de la PPE. Je salue tout le travail réalisé, depuis 2014, par l’ensemble des partenaires du secteur de l’énergie pour élaborer, de façon concertée, toutes les composantes des objectifs de la PPE. Elle vise à atteindre un taux d’indépendance électrique de 72% en 2023. » 
Zone non interconnectée (ZNI), La Réunion dépend aujourd’hui à près de 86% des importations de produits énergétiques, tels que les combustibles fossiles, les trois-quarts étant consommés par le secteur des transports. La PPE vise 27% d’indépendance énergétique globale en 2023, avec un objectif intermédiaire de 18,6% en 2018. Mais dans le domaine de la production d’électricité, qui intègre déjà 38% d’énergies renouvelables, la PPE vise plus de 46% d’autonomie dès 2018, anticipant un seuil de 72% cinq ans plus tard. 

PRIVILÉGIER LA MAÎTRISE DE L’ÉNERGIE

Grâce à de nombreuses actions en faveur de la maîtrise de la demande d’énergie électrique (MDE), le taux de croissance de la consommation électrique s’est réduit de près de 8%, en 2012, à moins de 2% ces dernières années. Et les actions de MDE restent une priorité de la PPE. « Nous privilégions un scénario de 1% de croissance annuelle de la demande d’électricité en 2030, pour que la consommation demeure inférieure à 3 100 gigawatt/heure. Soit un objectif de réduction de la consommation de 335 gigawatt/heure d’ici 2023 », détaille Alin Guezello. Le premier facteur d’évitement étant représenté par le solaire thermique. « Environ 140 000 chauffe-eau solaires posés à La Réunion représentent une économie annuelle de 235 gigawatt/heure, soit environ 10% de la consommation électrique », ajoute Alin Guezello. D’autres actions de MDE visées par la PPE concernent des projets de SWAC (Sea Water Air Conditionning), ou climatisation marine, pour 14 GWh d’évitement d’ici 2018 et 32 GWh d’ici 2023. L’abandon par Engie, en 2016, du projet de 40 mégawatts froid par climatisation marine pour Saint-Denis et Sainte-Marie laissera place à des projets moins ambitieux. « Il subsiste des liens contractuels avec le groupement Climabyss, porteur du projet, et nous avons demandé une capacité technique pour déterminer ce qui est rentable, ou pas, et pourquoi le projet a été abandonné », annonce Didier Aubry, directeur de l’aménagement et du développement du territoire pour la Région Réunion.  
 

Nicolas Buriez, directeur du développement océan Indien des Systèmes énergétiques insulaires d’EDF : « Nous avons un projet de 5 mégawatts sur batteries lithium-ion, envisagé pour 2018, qui permettra d’insérer davantage d’énergies intermittentes sur le réseau. »  Philippe Stéphant
Nicolas Buriez, directeur du développement océan Indien des Systèmes énergétiques insulaires d’EDF : « Nous avons un projet de 5 mégawatts sur batteries lithium-ion, envisagé pour 2018, qui permettra d’insérer davantage d’énergies intermittentes sur le réseau. »  Philippe Stéphant

UN SWAC DE 8 MÉGAWATTS FROID À SAINT-PIERRE

À Saint-Pierre, EDF gère l’expertise d’un projet de SWAC de 8 mégawatts froid pour le Centre hospitalier Sud Réunion. « C’est un projet innovant qui doit être adapté au risque de houle. Nous travaillons à l’optimiser pour le rendre aussi intéressant que possible, déclare Nicolas Buriez, directeur du développement océan Indien des Systèmes énergétiques insulaires d’EDF. Les gains de CSPE pourront contribuer à son financement. » La CSPE (Contribution au service public de l’électricité) est une taxe payée par tous les abonnés de France pour financer des missions de service public de l’électricité. « Elle permet de maintenir un prix unique de l’électricité sur tout le territoire français en compensant les surcoûts de production dans certaines régions par une péréquation nationale. Elle compense aussi le surcoût de production par les énergies renouvelables et finance des tarifs sociaux de précarité », rappelle François Bellouard, adjoint au secrétaire général aux Affaires régionales (SGAR) de la préfecture de La Réunion. La Réunion produit 64% de son électricité à partir de charbon et de fioul et 36% à partir de l’hydraulique, du combustible bagasse et des énergies renouvelables intermittentes.
Le coût moyen de production est deux à trois fois supérieur à celui de l’énergie produite en Métropole où le nucléaire fournit 77% de l’électricité. Cet avantage qu’ont les Réunionnais de bénéficier du tarif national de l’électricité ne les encourage pas, néanmoins, à investir dans les énergies renouvelables, seul moyen de réduire la dépendance énergétique de l’île. 

LA VALORISATION ENERGÉTIQUE DES DÉCHETS

La progression des énergies renouvelables est la deuxième priorité de la PPE qui vise à favoriser le développement de 138 mégawatts supplémentaires de puissance installée photovoltaïque et éolienne, dont plus de 60 mégawatts d’ici 2018. Il s’agit, au total, de 58 mégawatts en photovoltaïque avec stockage d’énergie, 63 mégawatts sans stockage incluant l’autoconsommation et 25 mégawatts en éolien. « Pour ce faire, le pourcentage d’insertion des énergies intermittentes, actuellement fixé à 32% du mix énergétique, sera élevé à 35% en 2018 et les partenaires étudieront les conditions technico-économiques pour porter ce seuil à 45% en 2023 », révèle Alin Guezello. Sont aussi concernées les énergies renouvelables non intermittentes qui devront progresser de 85 mégawatts en puissance installée. En énergie hydraulique, méthanisation, thermodynamique, et avec l’apparition de nouvelles énergies renouvelables à La Réunion. 16 mégawatts par la valorisation énergétique des déchets ménagers, 5 mégawatts par les énergies marines et 5 mégawatts par la géothermie. Des moyens de stockage centralisé d’énergie viendront compléter l’unité de 1 mégawatt installée par EDF, en 2010, à Saint-André. « Nous avons un projet de 5 mégawatts sur batteries lithium-ion, envisagé pour 2018, qui permettra d’insérer davantage d’énergies intermittentes sur le réseau », annonce Nicolas Buriez. Un des points fondamentaux de la PPE est que la Région Réunion détient désormais la prérogative de demander à la Commission de régulation de l’énergie (CRE) de lancer, si nécessaire, des appels d’offres spécifiques à La Réunion pour atteindre les objectifs de développement des filières d’énergies renouvelables fixés par la PPE.

LE SWAC POUR L’AÉROPORT ROLAND GARROS
29 millions d’euros de fonds FEDER (Fonds européen de développement régional) ont été fléchés sur le projet de SWAC abandonné par le groupe Engie. Cela pourrait bénéficier à l’aéroport de La Réunion Roland Garros qui souhaite développer un projet de climatisation marine pour la microrégion aéroportuaire. De son côté, la CINOR (Communauté intercommunale du nord) est intéressée par un redimensionnement du projet de SWAC sur son territoire. 
SOUTIEN À L’AUTOCONSOMMATION
Une évolution de la loi sur les Tarifs d’utilisation du réseau public d’électricité (TURPE) permet désormais d’apporter un bonus tarifaire à certaines installations en énergie renouvelable, comme le photovoltaïque en autoconsommation, par un tarif d’usage plus avantageux pour ceux qui couvrent une partie de leurs besoins par l’autoconsommation. 
Nicolas Sébastien (à gauche), docteur en intelligence artificielle et  Nicolas Schmutz, gérant de Réuniwatt : « Nous avons de nouveaux marchés qui s’ouvrent à La Réunion pour accompagner les objectifs de développement des énergies intermittentes inscrits dans la Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE). »  Philippe Stéphant
Nicolas Sébastien (à gauche), docteur en intelligence artificielle et  Nicolas Schmutz, gérant de Réuniwatt : « Nous avons de nouveaux marchés qui s’ouvrent à La Réunion pour accompagner les objectifs de développement des énergies intermittentes inscrits dans la Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE). »  Philippe Stéphant
 

RÉUNIWATT : UNE EXPERTISE UNIQUE AU MONDE
Jeune entreprise réunionnaise qui emploie aujourd’hui une vingtaine de collaborateurs, ingénieurs et docteurs, Réuniwatt a développé une expertise unique au monde en prédiction de la production photovoltaïque à 24 heures. « Nous sommes les seuls à valoriser la vision par satellite géostationnaire en temps réel, et de manière opérationnelle, sur toute la ceinture intertropicale. Nous délivrons nos services de la Nouvelle-Calédonie à la Californie », explique Nicolas Schmutz, gérant de l’entreprise qui a adapté sa technologie SunSat à tous les satellites géostationnaires météorologiques et gère plus de 100 giga-octets de données par jour. Également propriétaire de plusieurs brevets de technologies de terrain et partenaire du producteur d’électricité Albioma pour la gestion d’une centrale photovoltaïque de 1 mégawatt, à Saint-Leu, Réuniwatt permet à l’exploitant de s’engager sur un profil de production d’énergie garantie auprès du gestionnaire de réseau. « Nous avons de nouveaux marchés qui s’ouvrent à La Réunion pour accompagner les objectifs de développement des énergies intermittentes inscrits dans la PPE. Il s’agit d’accompagner le pilotage des installations de stockage et d’en réduire les coûts d’exploitation. Et d’aider le gestionnaire de réseau à gérer l’insertion de nouvelles énergies intermittentes », se réjouit Nicolas Schmutz. Le développement de l’autoconsommation entraînera de nouveaux besoins en prévisions pour le gestionnaire de réseau. « Nous sommes prêts à collaborer avec EDF, là où nous ne sommes pas en concurrence, pour montrer que nous avons des technologies différenciantes. » Un appel qui n’est pas encore suivi d’effet alors qu’EDF développe une activité de prédiction au niveau national. 
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