Leader

Réunion

Réunion : les nouveaux défis d’Abdoul Cadjee

3 fév 2014 | PAR Alain Foulon
Alors que, dans l’ombre, sa sœur Rabia Karodia s’occupe de la gestion et des finances du groupe, Abdoul Cadjee travaille sur les nouveaux projets et lance, toujours, des paris un peu fous. - Ipreunion.com

À 67 ans, l’homme d’affaires réunionnais entreprend plus que jamais, avec un important projet immobilier dans le sud en association avec Locate, une résidence de tourisme à Saint-Leu et la stabilisation du JIR.

En vendant son activité automobile à Bernard Hayot, en 2002, pour 500 millions de francs (*), soit 76 millions d’euros, on pouvait penser que celui qui a quitté l’école à 14 ans allait profiter d’une retraite bien méritée. Mais c’était sans compter sur sa soif d’entreprendre et, surtout, sa volonté de relever des défis pour son île natale. Il nous avait d’ailleurs habitués aux paris les plus fous. Comme celui de faire venir le Concorde à La Réunion en 1995 pour fêter les 20 ans de son groupe. Sans parler de la venue de joueurs de foot emblématiques comme Jean-Pierre Papin, Zinedine Zidane et Franz Beckenbauer.
À ses côtés, dans l’ombre, sa sœur Rabia Karodia s’occupe de la gestion et des finances du groupe qui s’est reconverti pour une grande part dans l’immobilier.

Lui, son rôle est de réfléchir à de nouveaux projets et de lancer, toujours, des paris un peu fous. Parmi ses réalisations, l’hôtel Bellepierre, géré en direct. Un beau quatre-étoiles situé sur les hauteurs de Saint-Denis et qui est désormais la référence des hôtels d’affaires, dirigé aujourd’hui avec efficacité par Michel et Nelly Hirigoyen. Un centre d’affaires au Chaudron également… 
Mais son grand défi a été le rachat du JIR, quotidien qui appartenait au groupe Hersant et doit faire face aux turbulences de la presse écrite dans un contexte de baisse des recettes publicitaires. Une entreprise qui emploie pas moins de 190 personnes et dans laquelle il a voulu que le poste de rédacteur en chef soit confié à un Réunionnais, Yves Montrouge, une première.
Qu’est-ce qui a motivé cet investissement ? Un intérêt pour ce quatrième pouvoir qu’on attribue à la presse ? « Je n’interviens pas dans la rédaction, répond Abdoul Cadjee. Et si mon frère se rendait coupable d’un délit, le journal en parlerait comme de n’importe quel fait divers. »
Alors pourquoi se lancer dans un nouveau métier et dans un contexte aussi difficile ? « D’abord, le JIR était déjà installé ici dans le centre d’affaires du Chaudron et nous étions en partenariat avec Télézap (hebdomadaire télé – Ndlr). Et puis, c’était l’opportunité que le titre soit racheté par un entrepreneur réunionnais. »
Force est de constater que la nouvelle équipe a été à la hauteur. Depuis quelques années, le JIR innove face à son concurrent Le Quotidien, en lançant des suppléments de qualité et, surtout, en développant un site Internet qui affiche une très belle audience. Il vient de lancer, le 4 février, un hebdomadaire papier gratuit, appelé « Clicanoo Hebdo » en référence au site Internet et tiré à 200 000 exemplaires. Une publication qui se substitue aux différents suppléments en étant à la fois un programme télé, un magazine de loisirs et un journal de petites annonces.
De quoi bousculer le marché publicitaire.

 

UN AMBITIEUX PROJET DANS LE SUD DE L’ÎLE

 

Pour Abdoul Cadjee, 2014 sera marquée par un grand projet immobilier dans le sud, à Saint-Pierre : Casabona. Un projet estimé à 50 millions d’euros et qu’il entreprend en association avec le groupe Locate. Projet un peu fou là aussi puisqu’il se situe en face d’un autre centre commercial, de la ZAC Canabady, de l’autre côté de la route nationale.
Certains professionnels se montrent sceptiques, mais Abdoul Cadjee croit au pouvoir de l’innovation. Casabona, confié à l’agence parisienne Hub, se veut un bon complément avec ses 15 000 mètres carrés de commerces et ses 5 500 mètres carrés de bureaux. Les premiers appels d’offres pour la construction devraient être lancés au deuxième semestre 2014. La livraison se ferait alors au 2ème semestre 2016. Pour les commerces, des négociations sont en cours avec des franchises dont certaines seraient nouvelles à La Réunion. Pour les bureaux, la flexibilité est de rigueur avec possibilité de louer ou d’acheter. Les espaces de 800 mètres carrés peuvent être divisés en trois ou quatre.
Autre projet, dans la cité balnéaire de Saint-Leu, dans le sud-ouest de l’île, où l’ex-hôtel Paladien de Nouvelles Frontières va donner le jour à une résidence de tourisme comprenant des T1, T2 et T3 pour un total de 230 lits. La mise en œuvre du projet, confié à l’architecte Henri Lucas, devrait se faire au deuxième semestre avec des partenaires dont le nom est encore confidentiel. « La gestion sera confiée à une enseigne », précise Abdoul Cadjee.
Pour ce dernier, la logique de ces projets n’est pas seulement financière. Il reconnaît d’ailleurs que son groupe vient de vivre trois années extrêmement difficiles. Il a même dû céder certains de ses actifs comme le domaine de Moca, dans les hauts de Saint-Denis, vendu à la Région Réunion.

« Mais s’il n’y a pas des gens qui poussent, La Réunion n’avancera pas… Je n’ai pas de villa IRS à Maurice et si je ne voulais pas prendre de risques, je n’aurais qu’à prendre ma retraite. »

(*) Montant dévoilé par le journaliste Jean-Claude Vallée, qui l’a fréquenté de près, dans son livre « 1 000 célébrités de La Réunion ».

 

Une version plus complète de cet article, avec des informations exclusives, est prévue dans le magazine L’Eco austral N°283 de mi-février 2014.

 

 


 

Réagissez à cet article en postant un commentaire

 

Réunion

Réunion : les nouveaux défis d’Abdoul Cadjee

En vendant son activité automobile à Bernard Hayot, en 2002, pour 500 millions de francs (*), soit 76 millions d’euros, on pouvait penser que celui qui a quitté l’école à 14 ans allait profiter d’une retraite bien méritée. Mais c’était sans compter sur sa soif d’entreprendre et, surtout, sa volonté de relever des défis pour son île natale. Il nous avait d’ailleurs habitués ...