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Révolution numérique : la fibre optique rend tout possible

1 oct 2018 | PAR Ignace de Witte | N°333
Vincent Payet, vice-président de la Région Réunion, délégué au Développement numérique, aux Industries de l’image et à l’Innovation territoriale, se montre très sensible à la fracture numérique. Guillaume Foulon
De nouvelles activités, de nouveaux produits et de nouveaux métiers voient le jour. Avec des créations d’emplois dans certains secteurs, qui compensent les pertes dans d’autres secteurs. La « révolution numérique » n’est pas une expression usurpée, comme le montre ce dossier…

Les opérateurs locaux (ZEOP, Orange, Canal+ Telecom, SFR, etc.) bénéficient d’un alignement favorable des planètes Europe, État, Région et communes. La Réunion est le territoire qui se fibre le plus rapidement de toute l’Europe et peut-être même du monde. Le cuivre ne sera bientôt plus utilisé que pour transporter l’électricité (la fin du RTC -Réseau téléphonique commuté - est d’ailleurs déjà programmée). Le chemin parcouru en moins de dix ans est impressionnant. Il faut se souvenir qu’en 2010, la fibre optique était un luxe hors de portée de nombreux ménages et jugée trop cher par de nombreuses PME qui trouvaient l’ADSL bien suffisant pour satisfaire leurs besoins. 
Il faut reconnaître que l’équipe de Didier Robert, arrivée aux commandes de la Région Réunion à ce moment-là, était visionnaire sur ce dossier, comme le souligne Vincent Payet, vice-président délégué au Développement numérique, aux Industries de l’image et à l’Innovation territoriale. Car aujourd’hui, la fibre optique est une évidence. « Nous avons joué nos rôles de politiques ! Un plan THD était dans les tuyaux au plan national, mais nous n’avons pas attendu. Nous nous sommes dits : Nous, on y va. Et nous avons bouclé un budget de 200 millions d’euros avec l’aide de l’État et de l’Europe, au travers d’un fonds de solidarité numérique. La fibre optique, c’est la base, les fondations de la maison. Les murs, c’est la formation, avec Epitech (l’école de l’innovation et de l’expertise informatique – NDLR) aujourd’hui et une école IA (intelligence artificielle – NDLR) demain et, le toit de la maison, ce sont les nouveaux usages et services, avec toujours le même objectif : remettre l’humain au cœur du numérique. »

Fracture numérique

On compte actuellement 250 000 foyers ou bureaux éligibles à la fibre optique et, au rythme actuel, qui s’est fortement accéléré ces derniers mois, l’objectif des 400 000 sera certainement atteint en 2020. Vincent Payet est sensible à la fracture numérique, qui saute aux yeux quand on voit une maman obligée de demander à son fils de l’accompagner pour retirer de l’argent au guichet automatique bancaire car elle n’y arrive pas toute seule. La fracture numérique, c’est également lorsqu’un jeune partage des fake news par manque d’éducation aux nouveaux médias. Agir à ce niveau n’est pas facile, mais Vincent Payet se montre confiant car il existe un consensus politique sur le développement numérique de La Réunion. Il en veut pour preuve que le réseau Gazelle, lancé du temps de Paul Vergès, reste au cœur du dispositif que souhaite l’équipe actuelle et que le POP (Plan ordinateur portable) ne pose aucun problème aux élus de l’opposition. « Ils posent des questions, on apporte les réponses. Il y a juste un peu de posture de la part de certains, c’est normal, c’est la politique qui veut ça, mais dans le fond, tout le monde est d’accord. » Et ce consensus politique sur le numérique dépasse les frontières de l’île. « À propos de la suppression de France Ô, nous disons chiche au gouvernement. Donnons de la visibilité à l’Outre-mer sur France 2 ou FR3 (la chaîne des régions) qui ont une bien meilleure audience en Métropole. On échange à ce sujet avec les parlementaires des Antilles, de Nouvelle-Calédonie, etc. »

Le bon exemple de l’Estonie

À La Réunion, une course à la fibre s’est engagée du côté des opérateurs qui investissent massivement, en propre ou à travers des co-investissements. Mais les autorités publiques doivent veiller à ce que les zones « non rentables » ne soient pas oubliées. En matière de télétravail, de dématérialisation des actes administratifs, de e-learning et d’ouverture sur le monde, il reste beaucoup à faire. Et le meilleur exemple ne vient pas forcément des pays les plus puissants. L’Estonie, ancienne république soviétique d’1,3 million d’habitants, a parfaitement réussi sa transition numérique et se montre exemplaire en matière de « e-services publics ». Comme l’explique le site Trop-Libre, « Dès les années 1990, l’État estonien s’est engagé pleinement dans la transition numérique, y voyant le moyen d’acquérir un avantage compétitif vis-à-vis de pays face auxquels il ne pouvait rivaliser au sortir de son indépendance. Grâce à une politique du numérique volontariste, l’administration estonienne a entrepris la dématérialisation de la plupart de ses services publics sous la forme d’une architecture décentralisée, la X-Road, qui permet d’assurer la protection des données des utilisateurs. Par l’intermédiaire de leur seul numéro de carte d’identité, les citoyens estoniens peuvent accéder à plus de 500 e-services dont le vote, la déclaration et le paiement de l’impôt en moins d’une heure ou encore l’accès aux ordonnances médicales. » 
Mais la transition numérique de l’État estonien ne s’arrête pas à la seule dématérialisation des services publics, elle procède aussi d’une réflexion sur le rôle de l’État dans l’économie numérique. « Les entrepreneurs estoniens n’ont pas à se battre contre un État résigné à l’immobilité, contre une administration réfractaire à toute transformation et contre une société étouffée par un cadre réglementaire inadapté. »  En France, l’association French-road s’inspire de l’exemple estonien, mais aussi finlandais, autre pays exemplaire dans ce domaine, pour accélér la transition numérique dans les secteurs public et privé. 
À noter au passage que l’Estonie est le pays européen disposant du plus grand nombre de start-up par habitant. Ce bon exemple donné par un petit pays, que rien ne prédestinait à devenir une référence mondiale, a de quoi nous rendre optimistes. Le numérique peut abolir les distances et permettre au petites îles de l’océan Indien de jouer dans la cour des grands.

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