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Rwanda : le deuxième « miracle » africain ?

1 juin 2019 | PAR La rédaction | N°340
Inauguré, en 2010, l’immeuble de 18 étages « Grand Pension Plaza » se veut comme un symbole des nouvelles ambitions du Rwanda. Il abrite des bureaux d’entreprises internationales.
Vingt-cinq ans après le génocide et ses 800 000 morts (estimation de l’ONU), le Rwanda relève la tête et commence à faire figure de modèle à travers l’Afrique. Mais les défis restent majeurs au pays des mille collines.

Oubliez les images qui inspiraient compassion et pitié. Aujourd’hui, le Rwanda force l’admiration de la communauté internationale. Marqué par la figure charismatique et la poigne de fer de son président, Paul Kagamé, les autorités de Kigali ont entrepris des réformes favorables au développement du secteur privé. Ces transformations ont entraîné une spectaculaire montée en puissance des activités économiques et attirent les investissements du monde entier. 
Tiré essentiellement par le secteur du BTP au moment de la reconstruction du pays, le produit intérieur brut (PIB) a été multiplié par six en vingt ans pour atteindre aujourd’hui plus de neuf milliards de dollars, avec un taux de croissance supérieur en moyenne à 7 % chaque année.  Selon la Banque mondiale (BM), Kigali offre, après Johannesburg et Port-Louis, le climat le plus favorable du continent aux investisseurs étrangers. Par exemple, le délai requis pour démarrer une société est de quatre jours (contre cinq pour Maurice). Le Rwanda vise désormais à devenir rapidement un pays à revenu intermédiaire… Comme Maurice, le pays des mille collines a fait des technologies de l’information et de la communication (TIC) une priorité. Sa dernière trouvaille ? la Kigali Innovation City (KIC). « Cette Sillicon Valley africaine, voulue par le Bureau de développement du Rwanda, a nécessité deux milliards de dollars », rappelle nos confrères de France 24

Demande mondiale

Elle abritera le premier centre de recherche en informatique quantique du continent, un complexe universitaire, des sièges d’entreprises, un incubateur… Bref, toutes les composantes d’une « économie de la connaissance ». 
Preuve de l’intérêt de ce projet, Africa50, la plate-forme panafricaine d’investissement dans les infrastructures créée par la Banque africaine de développement (BAD), vient de lui accorder un prêt de 400 millions de dollars.
Toutefois, le faible taux de raccordement au réseau électrique (seuls 30 % des Rwandais le sont) met un frein aux ambitions de Kigali de devenir le hub régional des TIC dans la région. Aussi, pour appuyer son développement, le pays compte sur l’augmentation des investissements dans les infrastructures et la productivité agricole (qui pèse encore 39,2 % du PIB contre 3 % à Maurice). 

Rwanda


Tensions aux frontières

Le financement dans le secteur agricole devrait se traduire par une nouvelle montée en puissance de la production de thé et de café, principales cultures d’exportation du pays. Elles assurent encore la moitié de ses recettes à l’étranger. Le Rwanda reste donc dépendant des fluctuations de la demande mondiale. 
Aussi l’État met-il l’accent sur le développement du secteur minier et des industries de transformation (textiles et cuirs, aliments transformés), ce qui devrait se traduire par une hausse de la production et un élargissement de la base des exportations.
La forte croissance économique du Rwanda s’est accompagnée d’une amélioration significative des conditions de vie : le taux de mortalité infantile a baissé des deux tiers et le pays a beaucoup progressé dans les indicateurs de développement humain en donnant la priorité aux politiques publiques et initiatives endogènes. Mais si le taux de pauvreté est passé de 60 % en 2000 à 40 % en 2014 - à noter que le coefficient de Gini, qui mesure le niveau des inégalités, est resté inchangé à 0,45 -, on observe de grandes inégalités entre Kigali et les campagnes.
Dans ce pays où plus de 60 % des habitants ont moins de 25 ans, le chômage frappe 25 % des jeunes. Petit État enclavé et densément peuplé, le Rwanda doit compter sur ses voisins pour pouvoir soutenir ses objectifs socio-économiques. Or il entretient des relations souvent difficiles avec eux. Ainsi, les tensions et la situation sécuritaire précaire dans la région du Kivu (à l’est de la République démocratique du Congo) constituent une source de crispation avec le voisin congolais. Mais c’est surtout la situation avec l’Ouganda qui est préoccupante. Anciens alliés dans les années 1980 et 1990, les chefs d’État rwandais, Paul Kagame, et ougandais, Yoweri Museveni, s’accusent mutuellement de soutenir et de protéger des groupes armés rebelles. Conséquence de cette tension : la fermeture terrestre entre les deux États a interrompu le commerce transfrontalier et fait grimper les prix des denrées alimentaires au Rwanda, tandis que l’Ouganda a perdu son accès au Burundi et à la RDC. Malgré ces bruits de botte, de nombreux spécialistes estiment qu’une confrontation directe entre les deux États est assez improbable. 
Quoiqu’il en soit, dans cette région très instable mais aussi stratégique pour le monde (métaux précieux et rares), les alliances se font selon les intérêts stratégiques et économiques de chacun. Ainsi observe-t-on un rapprochement entre le Rwanda et… la Tanzanie qui passe par la construction d’une ligne ferroviaire de 400 km, qui reliera à terme le Rwanda au port de Dar es-Salaam, au coût de 2,5 milliards de dollars.

 

Agriculture rwandaise
L’agriculture occupe toujours plus de 70 % de la main-d’oeuvre, représentant 31 % du PIB.   Photo : Stock Lib/Marian Galovic
 
Entre Paris et Kigali, un passé qui ne passe (toujours) pas…
On pensait que l'appui assumé d'Emmanuel Macron à la candidature de la ministre rwandaise des Affaires étrangères, Louise Mushikiwabo, à la tête de l’Organisation internationale de la francophonie (OIF), était un signe du dégel entre Paris et Kigali. Or l'absence remarquée du chef de l'État français aux cérémonies de commémoration des 25 ans du génocide - il avait préféré envoyer un « représentant personnel », le député LREM Hervé Berville, orphelin tutsi adopté en France en 1994 – prouve que les relations entre les deux États sont toujours aussi complexes. La question du génocide a même eu un impact sur les élections européennes. Raphaël Glucksmann, tête de liste Place publique-PS, en s’interrogeant sur l’implication de François Mitterrand (à l’Élysée en 1994), a suscité une levée de boucliers de caciques du PS français…
Le Rwanda en bref
Superficie : 26 338 km²
Population : 12,2 millions (2017)
Langue (s) officielle (s) : kinyarwanda, kiswahili, anglais et français
Monnaie : Franc rwandais 
PIB par habitant : 776 $ (2018) 
Taux de croissance : 7,2 % en 2018
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