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Sam Sooprayen : l’entrepreneur à la fibre sociale

1 oct 2018 | PAR Alain Foulon | N°333
Davidsen Arnachellum
C’est la belle histoire d’un entrepreneur parti de rien et devenu le leader dans les services de déménagement. Mais ce n’était pas forcément la vocation de Sam Sooprayen qui se serait bien vu travailleur social. Aujourd’hui, il est bien décidé à se rattraper…

« Réussir, ce n’est pas facile ! Il faut toujours investir et innover… » Sam Sooprayen n’est pas du genre à pavoiser et, en discutant avec lui, on découvre son humilité toute naturelle. Il faut y ajouter l’empathie. Ce qui le rend mécontent, c’est de constater que tout le monde n’a pas pu réussir son projet comme lui. Et de voir des jeunes sans travail et hors du circuit scolaire, dans le quartier populaire de Riche-Terre où se tient son entreprise Service de déménagement international Ltd (SDI) et dans ceux de Terre-Rouge, de Sainte-Croix et de Roche-Bois tout proches. Il s’efforce d’ailleurs d’y recruter, mais ce n’est pas toujours simple quand les gens se sont éloignés d’une certaine culture du travail et se retrouvent socialement marginalisés. D’autant plus que SDI est une entreprise avec un haut degré d’exigence, dont les 28 salariés développent une culture de l’excellence. Difficile de faire autrement lorsqu’on réalise des déménagements à l’international qui représentent plus de 90 % d’un chiffre d’affaires qui devrait atteindre les 50 millions de roupies (1,25 million d’euros) en 2018. SDI compte notamment parmi ses clients plusieurs ambassades fidélisées par son service de qualité. 

Il travaille dès l’âge de 10 ans

Issu d’un milieu modeste, Sam Sooprayen est né dans le quartier des Salines, à Port-Louis, et il a dû travailler très tôt. Sa mère s’est retrouvée seule avec quatre enfants et elle travaillait à l’usine. Lui, à 10 ans, il faisait ce qu’il pouvait pour l’aider, comme par exemple vendre de l’eau au cimetière et des « rakhis », ces bracelets de coton que portent les hindous. Pas très scolaire, il poursuit quand même jusqu’en Form V (la classe de seconde) et, à l’âge de 20 ans, il apprend le métier de transitaire en travaillant chez un courtier maritime. Un parcours professionnel qui le conduit chez Cargo Express, puis chez IBL où il sera diplômé IATA (Association internationale du transport aérien) en fret international. Il dispose maintenant d’un solide expérience de quatorze années dans le secteur et le voilà qui se lance dans l’aventure entrepreneuriale en 2000. « J’ai commencé chez moi, à Terre-Rouge, avec seulement 40 000 roupies (1 000 euros – NDLR) en poche et un van d’occasion. » Mais il a identifié un beau segment de marché encore peu occupé, celui du déménagement à l’international et, fort de son expérience dans le fret, il commence à démarcher les ambassades. Des clients de la première heure qui, aujourd’hui encore, représentent une part non négligeable de son activité. Avec l’ouverture de Maurice et le recrutement d’expatriés, le marché progresse au fil des ans et SDI est devenu une référence dans le domaine. Pour maintenir sa croissance, l’entreprise innove dans de nouveaux produits et services, comme des caisses en bois recyclé, et mise sur le « zéro défaut ». Le marché domestique représente aussi un nouveau relais de croissance avec des ménages qui bougent de plus en plus d’une région à une autre. 

« Il faut investir massivement dans le social »

Sam Sooprayen regrette d’ailleurs qu’on n’enseigne pas la logistique à l’Université. « Dans ce métier, comme dans beaucoup d’autres, on a du mal à trouver des gens formés. Il est incroyable que ce soit aussi difficile à Maurice de trouver un plombier ou un électricien. » Et là, c’est la fibre sociale de l’entrepreneur qui prend le dessus : « Je voudrais que tout le monde puisse progresser. L’État devrait investir massivement dans les régions défavorisées. L’insertion sociale passe par l’insertion professionnelle. » Quand on le pousse un peu, Sam Sooprayen reconnaît qu’il s’est retrouvé entrepreneur un peu par hasard. « Ce n’était pas forcément une vocation, j’ai toujours aimé faire du social. » Mais avec le développement de la CSR (Corporate Social Responsability, Responsabilité sociétale des entreprises en français), on peut désormais conjuguer les deux. Cependant, le dispositif de CSR, mis en place par le gouvernement, n’est pas suffisant aux yeux de l’entrepreneur. « On pourrait faire beaucoup mieux… Personnellement, ça me chagrine de ne pas parvenir à aider mon pays comme je le voudrais. » Certes, il s’implique. Dans son entreprise, 20 % du résultat net est redistribué au personnel. Il a été président d’un club de football à Roche-Bois. Mais cela n’est pour lui qu’un traitement homéopathique. « Il faut avoir une vision à long terme et investir massivement. »

Retour à sa vocation originale

Ses contacts à La Réunion lui ont permis de se rapprocher de l’École de la deuxième chance (E2C). Une association gérée par des acteurs économique et qui vise à remettre sur les rails des jeunes de 18 à 25 ans sans qualification, sans emploi et ayant décroché du système scolaire. Sam Sooprayen rêve déjà de lancer quelque chose de similaire à Maurice en y impliquant d’autres chefs d’entreprise. Il refuse en effet de se satisfaire égoïstement de sa réussite. Et si, avec son épouse, ils peuvent élever correctement leurs trois enfants, âgés de 20 ans, 12 ans et 5 ans, il souhaite ardemment que tous les autres enfants aient la même chance. « Tout le monde a un talent. Mais encore faut-il pouvoir le détecter. » En la matière, le fondateur et dirigeant de SDI ignore toute forme de communautarisme. Ce Tamoul d’origine se veut d’abord Mauricien. Désormais, il est bien décidé à conjuguer son parcours entrepreneurial avec sa fibre sociale. Un peu comme s’il retrouvait sa vocation originale.

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