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Afrique du Sud

Sortir des idées reçues sur la création de richesse

1 déc 2017 | PAR Temba Nolutshungu | N°325
En développant la liberté économique, l’Afrique pourrait sortir de la pauvreté et suivre la même trajectoire que la Chine. Stocklib/lightwise
Il est possible d’inverser la tendance et de placer l’Afrique du Sud sur une trajectoire économique à forte croissance. La responsabilité de son manque de croissance économique incombe au gouvernement, uniquement et exclusivement.

La relation entre croissance économique et amélioration du niveau de vie est illustrée par les résultats du dernier rapport sur la liberté économique du monde publié par l’Institut Fraser. Le rapport classe les pays en fonction de leur niveau de liberté économique. L'Afrique du Sud figure actuellement au 95e rang sur 159 pays, après avoir occupé le 46e rang en 2000. Ainsi, la liberté économique en Afrique du Sud a reculé, atteignant la 70e place en 2005 et la 82e position en 2010.

PIKETTY AU CHEVET DES INÉGALITÉS

Il est clair que toutes les parties impliquées dans l'élaboration des politiques devraient s’en inspirer pour implémenter des politiques reflétant les plus hauts niveaux de liberté économique. Cela passe d'abord par l’élimination de certains obstacles à la libération de l'économie que tentent de dresser les dirigeants et les fonctionnaires. Les mesures préconisées pour lutter contre l'inégalité des revenus, telles que proposées par Thomas Piketty dans son livre, « Le Capital au XXIème siècle », semblent tenter plusieurs politiciens. Piketty préconise essentiellement des mesures fiscales redistributives punitives qui ciblent les personnes les plus riches et les entreprises. De telles mesures auront pour conséquence de décourager l’accumulation du capital et de pousser le capital entre les mains des riches à migrer vers d'autres marchés plus favorables aux entrepreneurs. La thèse de Piketty fait même écho aux propos du fondateur du communisme, Karl Marx, qui a déclaré : « Il n'y a qu'une seule façon de tuer le capitalisme, par les impôts, les impôts et plus d'impôts. » Elle est également conforme à la déclaration du défunt dirigeant communiste de Russie, Vladimir Lénine : « La manière d'écraser la bourgeoisie est de la broyer entre la meule de la fiscalité et de l'inflation. »

NÉGATION DE LA NATURE RÉELLE DES HUMAINS

La thèse de Piketty ne fonctionnera pas parce qu’elle contraste fortement avec la réalité de la nature humaine. Les gens sont dotés de facultés, de goûts, de préférences et de priorités différents. Ils se lancent dans toute une diversité d'efforts socio-économiques pour mener une vie relativement heureuse et jouir du bonheur. Lorsque les gens sont libres d'exploiter leurs ressources internes, les résultats se manifestent naturellement de diverses manières. Certains se lancent dans des projets d'affaires, même s'ils courent de grands risques car il n'y a aucune garantie de succès. L’existence du risque, et son degré, explique pourquoi les entrepreneurs sont rares dans n'importe quelle communauté ou pays. La plupart des gens cherchent un moyen moins risqué de gagner un revenu en choisissant de travailler dans des entreprises commerciales établies. D'autres personnes préfèrent poursuivre des initiatives dans d'autres sphères de l'activité humaine telles que les activités sportives, la musique et les beaux-arts. Sans surprise et inévitablement, les différentiels de revenus refléteront les différentiels dans les caractéristiques individuelles. Piketty nie cet aspect de la nature réelle des humains, car, en substance, sa proposition contredit la liberté économique. Comme le disait si bien Aristote, le philosophe grec (384-322 avant JC) : « La pire forme d'inégalité est de rendre des choses inégales égales. »
 

En Afrique du Sud, une minorité de Noirs ont pu s’enrichir grâce à leurs connections avec le pouvoir politique, mais le sort de la majorité s’est dégradé.
En Afrique du Sud, une minorité de Noirs ont pu s’enrichir grâce à leurs connections avec le pouvoir politique, mais le sort de la majorité s’est dégradé.  Stocklib/Andry Popov
 

LA DISCRIMINATION POSITIVE N’APPORTE RIEN

Une autre idée reçue pour stimuler la croissance d'une économie est de favoriser la « discrimination positive ». Les preuves empiriques abondent quand à l’inefficacité de cette politique. En effet, dans tous les pays où les politiques de « discrimination positive » ont été mises en œuvre, les résultats ont été totalement contre-productifs. Les États-Unis en sont un bon exemple. Après plus de cinquante ans de politiques de « discrimination positive », mises en œuvre pour renforcer les chances sociales d'un groupe bénéficiaire ciblé, celui des Noirs/Afro-Américains, ces derniers occupent le dernier rang dans l'échelle socio-économique. Au sommet se trouvent les ethnies américano-asiatiques, suivies par les Blancs, puis les ethnies latino-américaines, puis les Noirs. Malgré toute cette aide, ils sont toujours à la traîne. Dans le monde entier, les politiques de « discrimination positive » n'ont profité qu'à des élites politiquement connectées. En Afrique du Sud, toute une pléthore de politiques devraient être abrogées parce qu'elles nient les libertés économiques des individus et ont donc un impact négatif sur le bien-être socioéconomique du pays.

LA LIBERTÉ ÉCONOMIQUE  AU CHEVET DE LA PAUVRETÉ

La liberté économique est définie par les principes fondamentaux de liberté de choix, de protection de la propriété privée, d'échange volontaire et de libre concurrence. Les politiques respectant ces principes lanceraient tout pays sur une trajectoire de croissance économique élevée et de bonheur global. C'est exactement ce qui s'est passé en République populaire de Chine. En commençant à Shenzen, dans la province de Guangdong, avec la libération du secteur agricole des griffes de l'État. À partir de 1972, Deng Xiaoping, à la tête de l'État communiste, a mis en œuvre l'expérience de marché libre la plus radicale (sans précédent) dans les zones économiques spéciales/Zones de libre-échange. Le résultat, selon la Banque mondiale, a été, en quelques décennies, la sortie de la pauvreté de plus de 500 millions de Chinois.
Oui, il est possible d'inverser la tendance et de placer l'Afrique du Sud sur une trajectoire économique à forte croissance. La responsabilité de son manque de croissance économique incombe au gouvernement, uniquement et exclusivement. Cela ne peut pas être assez souligné. Mettre les échecs de ce pays sur le compte de l'apartheid, du colonialisme, de l'impérialisme et du concept absurde de monopole blanc sur le capital ou de certains industriels blancs particuliers, est un subterfuge pour détourner l'attention de la responsabilité des dirigeants et de leurs acolytes qui sont entièrement impliqués dans le désordre actuel. 

(*) Temba Nolutshungu
Cet analyste pour The Free Market Foundation écrit en anglais et son article a été traduit par « Libre Afrique ». Ce site internet veut jeter un regard alternatif sur le continent. Il a été précédé par le projet francophone « UnMondeLibre » qui visait à fournir des analyses de l’actualité du point de vue de la défense de la liberté. « Libre Afrique » se concentre désormais sur l’Afrique ou les problématiques qui peuvent y être liées de près ou de loin. Ses analyses reposent sur une vision du monde dans laquelle le rôle civilisateur de la société civile et de la liberté est mis en exergue.
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