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Stéphane Moudouté-Bell : « L’Afrique doit intégrer la responsabilité sociétale des entreprises »

Stéphane Moudouté-Bell, commissaire général de l’African Business & Social Responsibility Forum : « La volonté d’ancrer durablement la responsabilité sociétale d’entreprise s’est concrétisée à travers la création du club African Business & Social Responsibility, pierre angulaire du processus de suivi post-forum. » Latitude Monde
Pour le commissaire général de l’African Business & Social Responsability Forum, qui s’est tenu à Maurice les 26 et 27 février 2018, les grands groupes donnent l’exemple aux PME. Ils doivent créer des chaînes de valeur, estime-t-il.

L’Eco austral : Vous avez récemment organisé la deuxième édition de l’African Business & Social Responsibility Forum qui s’est tenu à l’hôtel Hilton, à Maurice, les 26 et 27 février. Quel bilan en tirez-vous ? 
Stéphane Moudouté-Bell
: La première édition avait été marquée par la volonté forte des entreprises africaines présentes à intégrer le concept de responsabilité sociétale des entreprises (RSE) dans leurs pratiques managériales. Il s’agit de promouvoir la bonne gouvernance pour soutenir l’accès aux capitaux, atténuer les risques et adopter des pratiques commerciales durables, mais aussi encourager l’alignement des politiques sociétales des entreprises aux 17 nouveaux objectifs du développement durable et maintenir un dialogue permanent pour un échange d’expériences. 
Preuve de l’intérêt croissant pour cette question, cette édition 2018 a attiré une quarantaine d’entreprises et d’entrepreneurs africains venus du continent et de Maurice. À travers des panels, des « master class » et des visites de terrain animés par des conférenciers et experts de haut niveau, ils ont pu découvrir l’importance d’ancrer la RSE dans leur processus d’innovation pour en faire de véritables leviers de croissance profitable au plus grand nombre. Cette volonté s’est d’ailleurs concrétisée à travers la création du club African Business & Social Responsibility qui est la pierre angulaire du processus de suivi post-forum. 
 

Le forum a remis ses « awards ».
Le forum a remis ses « awards ». De g. à dr. : Charles Ifediba, Corporate Social Responsability Officer à Seplat (groupe pétrolier nigérian) ; Esther Icha, CSR Manager à Seplat ; Patricia Monthe, CEO - MEDx eHealthCenter qui a reçu le « Start up Award of Innovative Societal Action » ; Stéphane Moudouté-Bell, commissaire général de la seconde édition de l’African Business & Social Responsibility Forum ; Joséphine Kola-Ajibade CSR Officer de Seplat qui reçu pour son groupe le « Corporate Award Of Innovative Societal Action » ; Arthur Zang, CEO of Himore Medical of Himore Medical qui a reçu le « SME Award Of Innovative Societal Action » ; Philippa Makobore a obtenu le « Special Jury Award », et Chioma Nwachuku, GM External Affairs and Communications de Seplat.  Latitude Monde
 



Concrètement, où en est l’Afrique en matière d’économie responsable ?
Même si certains États et entreprises africains ont fait des efforts considérables dans la promotion et surtout le déploiement de la RSE, il faut reconnaître que l’Afrique accuse un retard sur ces problématiques. Le classement 2017 des pays « RSE Friendly » effectué par l’Institut Respeco (rattaché au World Forum for a Responsible Economy) le démontre : le Burkina Faso est 38ème dans le monde, le Sénégal 44ème, le Gabon 51ème, le Maroc 54ème et le Ghana 55ème. Ce sont les cinq pays africains les plus avancés en termes de RSE. Pour information, la Suède est 1ère, la France 7ème, Maurice 77ème, Madagascar 80ème, les Comores 98ème et les Seychelles 106ème. Mais la faiblesse des données nationales ne permet pas de dégager des tendances pour tous nos États. Il faut mettre en place un classement adapté à nos écosystèmes « business ». 

Justement, comment gérer une entreprise rentable tout en jouant un rôle social dans son pays, son environnement ? 
Il faut rappeler que l’objectif premier d’une entreprise est de faire…du « business ». Les nombreux défis inhérents au triptyque social/économie/environnement leur imposent toutefois des réponses qualitatives. C’est bénéfique à long terme car cela permet une amélioration de la performance financière, une implication supplémentaire des employés dans le fonctionnement de l’entreprise, mais aussi de meilleures relations avec les investisseurs et un accès plus facile aux capitaux, une augmentation des ventes et la loyauté des consommateurs, une amélioration de l’image de marque et de la réputation et enfin une meilleure productivité. 
 

À Madagascar, le groupe Socota initie les enfants de son personnel à l’informatique et aux technologies de l’information et de la communication.
À Madagascar, le groupe Socota initie les enfants de son personnel à l’informatique et aux technologies de l’information et de la communication.  DR
 



Les PME et TPE sont l’épine dorsale de nos économies. Mais on s’aperçoit bien souvent que la RSE demeure l’apanage des grands groupes plutôt étrangers. Comment inciter nos sociétés à miser sur la RSE ? 
Représentant 90 % des entreprises en Afrique et 45 % des emplois créés, les PME sont en effet le cœur de nos économies. Il est donc fondamental qu’elles puissent, de manière progressive, s’approprier la RSE afin de contribuer à une croissance durable. C’est pourquoi les multinationales et les champions africains (Afro champions) tels que MTN (géant sud-africain des télécoms, présent dans 22 États), Ecobank (groupe bancaire panafricain présent dans 36 pays), la Nouvelle société interafricaine d’assurance (NSIA, un groupe ivoirien de banques et assurances implanté dans 12 États africains) ou même la Mauritius Commercial Bank ici - ces trois groupes étaient présents à cette édition - doivent promouvoir de bonnes pratiques RSE. Ces grandes entreprises peuvent apporter des directives appropriées, les bonnes pratiques générales et être des exemples de réussite en RSE dont les PME/TPE peuvent s’inspirer. 

UN SPÉCIALISTE DU DÉVELOPPEMENT DURABLE
Stéphane Moudouté-Bell, directeur de Latitude Monde, dispose de plus de quinze ans d’expérience dans le conseil en communication et en développement durable. Ancien directeur de la communication de Shell Gabon et du bureau sous-régional de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) en Afrique centrale, il a été consultant pour le Groupe Africsearch, Sanofi-Aventis, Addax Petroleum, etc. Il est l’auteur de « La recherche scientifique et le développement en Afrique. Idées nomades » (Ed. Karthala) et l’organisateur de l’African Business & Social Responsibility Forum dont la première édition avait eu lieu en 2017, à Port-Louis.
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