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Stéphane Ulcoq, CEO d’United Basalt Products (UBP) : « Nous maintenons le cap sur l’innovation à Maurice et en Afrique »

1 juin 2018 | PAR Jacques Rombi | N°330
« À Madagascar, notre implantation est un succès même si c’est parfois difficile… », reconnaît Stéphane Ulcoq. Davidsen Arnachellum
Ce jeune dirigeant d’une entreprise qui fête en 2018 ses 65 ans compte sur l’innovation et la diversification pour poursuivre son expansion. Avec la capacité de s’adapter à des marchés très différents les uns des autres.

Ceux qui ont connu Maurice voici quelques décennies ont remarqué les pyramides de roches basaltiques qui cernaient les champs de canne un peu partout dans le pays. Si celles-ci ont massivement disparu aujourd’hui, c’est sous l’effet d’une association intelligente entre planteurs et concasseurs : « Il y a eu une synergie d’intérêts entre nous car, en mettant à disposition cette matière première du concassage, les planteurs et autres agriculteurs y ont gagné en récupérant des milliers d’hectares de terres. Mais aujourd’hui ces stocks sont épuisés et nous avons dû investir dans des excavatrices pour extraire les blocs du sous-sol… », explique Stéphane Ulcoq. Le ton est donné, c’est celui d’une entreprise 100 % mauricienne qui a, dès le début, travaillé en synergie avec son entourage humain et environnemental.
Une aventure mauricienne qui s’est construite en différentes étapes : « Nous avons toujours anticipé en essayant d’innover. Ainsi à la fin des années 1990, UBP a investi dans des machines en phase avec la loi qui allait tomber en 2002 et qui visait à interdire tout prélèvement de sable naturel. Cela afin de préserver l’environnement. Aujourd’hui la production annuelle de rocksand (littéralement sable de roche) tourne autour de 1,2 million de tonnes, qui ne sont ainsi plus prélevées sur les plages et autres sites naturels. Au tournant des années 2000, ce fut également le pari de l’internationalisation de l’enseigne avec des im-plantations à Madagascar et au Sri Lanka. » 
Des pays qui recèlent de grandes opportunités mais qui ne sont pas « faciles » : « Au Sri Lanka, avec un partenaire seychellois et deux autres sri-lankais, nous avons développé une unité de concassage près de Colombo, dans une région difficile d’accès. Nous avons progressivement racheté les parts de nos associés pour être majoritaires à 97 % dans cette entreprise aujourd’hui. Mais nous avons subi les foudres d’une administration tatillonne qui nous a empêchés d’opérer, mettant ainsi 60 personnes au chômage technique. Nous redémarrons tout juste et espérons bien récupérer le temps perdu grâce à la politique du nouveau président très porté sur l’environnement et qui colle bien à nos valeurs. »
Si les prélèvements de sable naturel annoncent une catastrophe écologique là-bas, le savoir-faire d’UBP dans le domaine de production de rocksand offre de belles perspectives.

« À Maurice, je nourris un optimisme prudent »

À Madagascar, la donne est différente : « Dans la Grande Île, notre implantation s’avère être un succès même si c’est parfois difficile. Mais c’est intéressant de constater que la clientèle est totalement différente de celle que nous avons à Maurice, car là-bas l’informel domine et les petits concasseurs abondent un peu partout où ils peuvent exploiter une carrière. Le particulier achète ses gravats auprès de ces petits concasseurs, alors qu’à Maurice c’est plutôt l’inverse, nous avons une majorité de clients particuliers. À Madagascar, les grands chantiers nécessitant des normes de sécurité, constituent nos principaux marchés pour nos parpaings qui sont produits sur deux sites : Tananarive et Tamatave. » Au tournant du millénaire, UBP s’est engagé également sur d’autres types de diversification : « En créant Espace Maison, nous anticipions sur un segment de marché encore libre dans le pays tout en nous intégrant dans la logique de la construction. Après le gros œuvre réalisé avec nos parpaings et nos gravats, la seconde étape est celle de l’aménagement intérieur, de la décoration et enfin du jardin avec la création d’Espace Jardin dans la foulée en 2004. Aujourd’hui ces enseignes Espace Maison et Espace Jardin sont un peu les vitrines B to C d’UBP car elles permettent d’exposer et de démocratiser nos produits innovants pour la construction et le second œuvre. »

Un investissement dans une briqueterie en Zambie

Autre investissement qui s’inscrit dans une logique d’intégration avec l’achat de la Compagnie de Gros Cailloux en 2004 dans la région d’Albion au nord-ouest du pays : « Sur ces quelques 420 hectares du domaine, le groupe extrait des blocs pour le concassage mais s’est surtout engagé dans une politique de diversification agricole où les cultures vivrières commencent à porter leurs fruits. C’est aussi là-bas que nous produisons l’essentiel des plantes ornementales qui sont ensuite vendues dans nos magasins Espace Jardin ainsi que les conseils et les interventions de nos paysagistes. Enfin, nous sommes optimistes sur le développement d’une activité de loisirs sur ce joli site en même temps que des activités d’événementiels. »
Un optimisme qui va de pair avec une relance d’activité dans le pays : « Après quatre années de décroissance dans le secteur de la construction, nous voyons enfin une belle reprise s’amorcer avec le lancement de tous ces grands chantiers. Pourtant, je nourris un optimisme prudent car si tous ces chantiers démarrent en même temps, pourrons-nous répondre à cette demande spontanée ? Du coup, nous risquerions de perdre des parts de marché qui profiteraient sûrement à des entreprises étrangères. »
Après 65 ans d’activité, le groupe a commencé à se diversifier dans le pays tout en s’intéressant à de nouveaux marchés à l’étranger. L’idée à Maurice est de continuer dans cette logique d’intégration des prestations et des productions tout en restant innovateur dans le cœur de métier. En terme d’innovation, UBP a récemment investi par le biais d’un fonds d’investissement dans une briqueterie en Zambie. Une participation minoritaire mais « qui permet d’entretenir une veille en Afrique », d’après le CEO.
Une mission que Brian Gujjalu, le nouveau Business Development Manager, qui vient d’intégrer l’équipe en 2017, aura en charge avec une attention particulière sur le marché africain qu’il connaît bien.

UNE HISTOIRE MAURICIENNE

En 1953, United Basalt Products (UBP) naît sous l’impulsion de Jean Giraud qui a l’idée de fédérer différents concurrents du secteur autour d’une même enseigne. L’entreprise produit principalement des parpaings, avant de s’orienter vers le concassage. En 1984, Jean Giraud passe le relais à son fils Jean-Michel qui restera à la tête de l’entreprise jusqu’en 2015 où il prend sa retraite. Son successeur, Stéphane Ulcoq, a suivi ses études secondaires au lycée Labourdonnais, puis a rejoint l’Institut national des sciences appliquées (Insa) de Rouen, en France, d’où il sortira avec un diplôme d’ingénieur mécanique. Dès son retour au pays, en 2000, il intègre UBP dans le service de la maintenance avant de devenir responsable de ce département en 2007. Il est promu responsable de la production en 2012, avant de se préparer, courant 2014, au poste de Chief Executive Officer (CEO) d’une entreprise qui emploie 1 400 per-sonnes, dont 131 à Madagascar et 18 au Sri Lanka. 
LES PARTICIPATIONS DU GROUPE
Espace Maison Ltée : 100 % - Compagnie de Gros Cailloux Ltée : 100 % - UBP Madagascar Sarl : 100 % - United Granite Products Ltd (Sri Lanka) : 77 % - Dry Mixed Products Ltd : 51 % - Ste Marie Crushing Plant Ltd : 76,5 % - Welcome Industries Ltd : 75,9 % - Pre-mixed Concrete Ltd : 49 % - Terrarock Ltd : 46 % - Prochimad Mines et Carrières (Madagascar) : 34 % - Sud Concassage Ltée : 25 % -Cement Transport Ltd : 25 % - Compagnie mauricienne d’entreprise Ltée : 20 %.
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