Green

Maurice

Thierry Le Breton : « Le projet Smart City, ce n’est pas du développement durable »

1 aoû 2016 | PAR Jean-Michel Durand | N°311
« On ne concrétise pas des utopies en concevant des projets sur un coin de table. Mais au contraire, on les concrétise en impliquant l’ensemble des personnes qui vont les vivre au quotidien. » Davidsen Arnachellum
Ce Mauricien spécialisé dans le développement durable se montre très critique envers le concept et le programme développés par le gouvernement. Un projet qui, selon lui, se révèle inachevé, formulé dans la précipitation et sans prendre en compte tous les enjeux.

L’Eco austral  : Quel définition donnez-vous à la notion de développement durable ? 
Thierry Le Breton
: Pour moi, le développement durable est une façon de créer de la valeur en intégrant tous les éléments sociaux et environnementaux et en consultant toutes les parties prenantes d’un projet. À partir de là, on construit des solutions communes. Non seulement on intègre les contraintes, mais on élabore des solutions. On essaie de créer de la valeur au plus près des effets que l’on cherche à produire. Les entreprises du futur ne pourront se maintenir que si elles répondent à ces enjeux. 

C’est un nouveau modèle sociétal ?
On s’appuie sur la génération Y (née entre le début des années 80 et le milieu des années 90) qui se caractérise par son rapport étroit avec l’Internet), sur l’impact du numérique (rôle du Big Data) et sur la « Gig Economy » (économie du partage). Le maître mot, c’est la collaboration.
 

« C’est très paradoxal ; alors qu’il n’y a pas de politique de transport, de politique énergétique et de gestion des déchets, on lance le projet Smart City. »
« C’est très paradoxal ; alors qu’il n’y a pas de politique de transport, de politique énergétique et de gestion des déchets, on lance le projet Smart City. »  Stocklib/Galina peshkova
 



Quel est l’impact de cette vision sur le projet Smart City. Projet que Gaëtan Siew, son concepteur, évalue à 120 milliards de roupies (trois milliards d’euros) pour 12 villes intelligentes ?
Pour moi, Maurice travaille par à-coups avec une idée qui en chasse une autre. C’est très paradoxal ; alors qu’il n’y a pas de politique de transport, de politique énergétique et de gestion des déchets, on lance le projet Smart City. J’ai l’impression qu’au lieu d’avoir une politique regroupant tous les acteurs qui pourraient avoir à travailler sur le sujet, on laisse le secteur privé décider. Mais les promoteurs de ces programmes se rendent eux-même compte que le marché est peu enthousiaste face à leur projet parce que ce n’est pas assez intégrant pour les habitants. En résumé, cela a du mal à être vendeur et donc vendable. C’est pourquoi certains se drapent d’un alibi écologique, mais ce n’est qu’un subterfuge. Ces promoteurs, au lieu de créer un impact environnemental et social positif, ne font que produire des impacts négatifs maîtrisés. C’est une différence fondamentale ! Bref, le projet Smart City est inachevé dans le sens où l’on lance une grande idée ambitieuse et positive, mais, pour le reste, on se contente de croiser les doigt en espérant des effets multiplicateurs positifs à tous les échelons de la société. On aurait dû réfléchir aux effets avant de concevoir ce programme. Je dirai que c’est l’exemple même de ce qu’il ne faut pas faire ! 

Pourtant, le projet Smart City s’appuie sur une autonomie en énergie, en eau et en gestion des déchets. N’est-ce pas une idée intéressante avec son slogan « Live, Work and Play » ?
La plupart des Smart Cities sont avant tout des projets résidentiels auxquels se rajoutent de nouveaux éléments. Mais se posent déjà des questions de gouvernance au niveau des syndics. Comment pérenniser cette vie en communauté dans un projet né de l’imagination d’un architecte ? D’autant plus qu’il n’existe quasiment aucun exemple réussi de ville créée « ex nihilo ». Il n’y a pas eu de processus de réflexion. On ne concrétise pas des utopies en concevant des projets sur un coin de table. Mais au contraire, on les concrétise en impliquant l’ensemble des personnes qui vont les vivre au quotidien. Encore une fois, il faut créer de la valeur au plus près des effets que l’on cherche à produire !

THIERRY LE BRETON : UN « UTOPIEN » FORCENÉ
Diplômé en sciences politiques de l’université de Lyon II et titulaire du MBA de l’IAE de Paris et l’université de Paris Dauphine (major de promotion 2011), il a travaillé plusieurs années dans un grand groupe mauricien sur des missions stratégiques, allant du contrôle de gestion au management des ressources humaines. Depuis 2012, il représente l'agence française « Utopies » (on appelle ses membres des « utopiens ») qui incite les entreprises à intégrer les enjeux sociaux et environnementaux à leur stratégie. Il est également associé au cabinet mauricien Dynamia Associates & Developers Ltd qui traite ces mêmes questions.
TONY LEE LUEN LEN
Davidsen Arnachellum

TONY LEE LUEN LEN : « IL FAUT IMPLIQUER LA POPULATION »
Le fondateur du Green Building Council of Mauritius (GBCM) et Senior Partner d’Ecosis Ltd n’est pas opposé au projet gouvernemental « Regenerating Port-Louis » qui vise à donner plus de qualité de vie à la capitale mauricienne. Mais pour lui, cela ne peut réussir qu’en impliquant la société civile. « La valeur partagé est une notion fondamentale. L’un de nos rapports met aussi en évidence la nécessité de reconfigurer l'environnement bâti pour en faire un environnement durable et intelligent. »
Réagissez à cet article en postant un commentaire

 

Maurice

Thierry Le Breton : « Le projet Smart City, ce n’est pas du développement durable »

L’Eco austral  : Quel définition donnez-vous à la notion de développement durable ?  Thierry Le Breton : Pour moi, le développement durable est une façon de créer de la valeur en intégrant tous les éléments sociaux et environnementaux et en consultant toutes les parties prenantes d’un projet. À partir de là, on construit des solutions communes. Non seulement on intègre les contra...