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Traitement des déchets : l'économie circulaire est en marche

L’économie circulaire permet aussi de réduire la dépendance aux intrants (photo Ipreunion.com).
De nouveaux investissements se réalisent et des savoir-faire se développent afin de créer des filières de recyclage qui visent à s’exporter vers les marchés de la zone océan Indien. Une économie circulaire qui ne se limite pas au traitement des déchets…

Vecteur de croissance durable, par le développement de nouvelles filières de production, l’économie circulaire permet aussi de réduire la dépendance aux intrants. Dans une économie insulaire, la valorisation de co-produits, le recyclage pour une seconde vie d’équipements et de matériaux et la valorisation énergétique des déchets apportent de l’emploi local et contribuent à faire baisser la facture d’approvisionnement du territoire. « La Région Réunion a choisi l’économie circulaire comme domaine d’application de la Stratégie de spécialisation intelligente (S3), définie par l’Union Européenne pour inciter les régions à adopter des modèles de développement économique adaptés à leurs atouts », rappelle Gaston Bigey, directeur général de Nexa, l’agence régionale de développement. L’agriculture biologique, par exemple, y contribue par la création de valeur ajoutée et la réduction des achats d’engrais et de produits phytosanitaires.
Pour valoriser la ressource en biodiversité et les co-produits non utilisés de l’agroalimentaire, le projet de plateforme mutualisée d’éco-extraction, « Eco-Ex », porté par le Pôle de compétitivité Qualitropic, est désormais accompagné par l’État à hauteur de 2 millions d’euros. « L’éco-extraction permet d’élaborer des produits et de développer des process clé en main au stade préindustriel », annonce le docteur Claire Desvignes, porteuse du projet pour Qualitropic. L’extraction de molécules naturelles et de principes actifs pour la création d’une filière, pour le marché international de produits du bien-être, relève de l’économie circulaire.

Une filière régionale pour les huiles alimentaires usagées

Le recyclage industriel de matières telles que le verre, le métal ou le plastique ne peut être opéré localement pour un petit marché insulaire. L’Inde et l’Afrique du Sud fournissent les principaux exutoires pour l’écoulement des volumes collectés sur l’île. Pour les huiles alimentaires usagées (HAU), en revanche, dont la collecte est estimée à 2 500 tonnes, la société Inter’Val a gagné l’appel à projets émis par l’Ademe (Agence de l’environnement et de la maîtrise énergétique) pour la récupération gratuite des HAU. « À l’inverse d’une solution d’exportation vers une grosse unité de traitement en France métropolitaine, nous avons initié un partenariat en Afrique du Sud. Green Diesel achète nos huiles pour alimenter sa production de biodiesel », annonce Anne Guézé, dirigeante du groupe De La Hogue et Guézé. Ce groupe diversifié a créé la filiale Inter’Val en 2007 pour innover dans le recyclage de matériel informatique avec des partenaires de l’économie solidaire, mettant en place une filière de réemploi d’ordinateurs qui trouvent une seconde vie à Madagascar. La franchise Clik’Eco est partenaire d’Inter’Val pour assurer la collecte des HAU.
« La faisabilité d’une transformation en biodiesel à La Réunion est désormais à l’étude, en vue d’un usage par les agriculteurs », révèle François Miyeli, gérant de Clik’Eco Réunion-Mayotte. 

Solyval investit un million d'euros pour accroître ses activités

La transformation des pneumatiques usagés en matière première secondaire, sous forme de chips de pneus, prend de l’essor, comme le démontre l’investissement de 1 million d’euros dans le nouvel outil industriel de Solyval. « L’acquisition d’un nouveau système de broyeur et de convoyeur nous permet de traiter les pneus de génie civil, de grandes dimensions, soit 200 à 300 tonnes supplémentaires par an qui s’ajouteront aux 4 500 tonnes que nous traitons actuellement », explique Johnny Law Yen, président de Solyval. Les chips de pneus sont exportées dans le grand océan Indien et fournissent également le marché intérieur du BTP pour la réalisation d’aires de jeux, de bassins de rétention d’eau et le drainage de remblais de soutènement. Le nouveau broyeur apporte une qualité de tranchage des fibres métalliques qui rend les chips plus lisses et plus nettes, mieux adaptées à de nouveaux usages qui vont être développés. « Notre objectif, à très court terme, est de passer à la fabrication de pièces moulées à partir d’une granulation fine qui peut être agglomérée à chaud avec un liant. Ce type de pièces est demandé dans l’industrie pour le calage de machines, par exemple, avec une fonction antivibratoire », explique Johnny Law Yen. Solyval compte aussi se développer davantage sur le marché du BTP en mettant à l’étude la réalisation de dalles et de tapis spéciaux.

Le recyclage de batteries de traction ouvre des partenariats

La SAEML (Société anonyme d’économie mixte locale) Cycléa, centre de tri et de négoce de matières recyclables, appartenant à la collectivité du TCO (Territoire de la côte ouest), a inauguré en mai 2013 une activité de rénovation de batteries de traction. Des batteries au plomb qui équipent les engins de manutention et représentent un poste de dépense important pour de nombreuses industries et la grande distribution. « Nous offrons de reconditionner ces batteries, dont le prix moyen à neuf est de 7 000 euros, pour leur donner une nouvelle vie après un démontage complet des éléments et une remise en acide de l’ensemble rénové », précise Nicolas Noël, responsable de l’activité GreenVolt. Une offre de maintenance, à travers un bilan trimestriel, permet d’anticiper les besoins de rénovation et de traiter une batterie dans un délai de quinze jours, au lieu d’un remplacement venant de l’extérieur qui demande plus de six semaines de délai, fabrication incluse. Le coût de l’opération s’élève à la moitié du prix du neuf. « Notre orientation commerciale vise des partenariats avec les fournisseurs d’équipements car nous apportons une valeur ajoutée à leur service client. Un gain financier direct, mais aussi en temps d’immobilisation », ajoute Nicolas Noël. Actuellement en restructuration, après une période test, l’atelier GreenVolt, sur le site du Port, emploie trois techniciens et traite une douzaine d’unités par mois, avec une capacité encore bien supérieure et une perspective d’ouverture au marché mauricien et de la zone océan Indien. 
 

L’AÉROPORT ROLAND GARROS INVESTIT DANS LE TRI SÉLECTIF

 La mise en place du tri sélectif des déchets, opérationnel depuis le 17 mars sur l’aéroport de La Réunion Roland Garros, était inscrite dans le plan d’actions de la nouvelle société aéroportuaire depuis 2012. « C’est l’aboutissement d’un an et demi de travail car l’aéroport concentre une grande diversité d’activités qui rassemblent environ 1 500 personnes, explique Marc Delanoë, responsable Environnement de l’aéroport. Nous avons réalisé notre bilan environnemental et dessiné une stratégie dans ce domaine qui est un des axes majeurs de l’aéroport de La Réunion. » Les sociétés partenaires pour l’enlèvement des différents types de déchets sont la STAR, Inter’Val et Clik’Eco. La création du Comité environnemental aéroportuaire, qui se réunit tous les deux mois, permet la recherche de solutions avec les représentants de toutes les activités. « Un audit de performance énergétique de l’ensemble de l’aéroport a été réalisé en 2013, en partenariat technique et financier avec l’Ademe (Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie) et EDF (Electricité de France). Le directoire a voté, cette année, un investissement de 150 000 euros pour atteindre un objectif de réduction de 7% de la consommation d’électricité. 90 actions importantes permettront de le décliner », déclare Marc Delanoë. La société aéroportuaire prépare la mise aux normes de management environnemental ISO 14001 et de management énergétique ISO 50001 pour septembre 2014.



 

  • François Miyeli, gérant de Clik’Eco : « La faisabilité d’une transformation d’huiles alimentaires usagées en biodiesel est désormais à l’étude, en vue d’un usage par les agriculteurs. » (Photo Ipreunion.com).

    François Miyeli, gérant de Clik’Eco : « La faisabilité d’une transformation d’huiles alimentaires usagées en biodiesel est désormais à l’étude, en vue d’un usage par les agriculteurs. » (Photo Ipreunion.com).

    Un projet industriel d'isolation thermique à base de papier recyclé

    L’Agence régionale de développement, Nexa, accompagne le projet Case Container qui propose des habitations réalisées à partir de conteneurs recyclés. « La première villa Case Container entrera prochainement en chantier, annonce Yannick Bourgeois, co-gérant de l’entreprise. Nous proposons des habitations à partir de 40 000 euros et un haut de gamme de 120 mètres carrés habitables pour 140 000 euros. » Un projet de partenariat est à l’étude avec Nexa pour développer à La Réunion une unité industrielle de production d’isolation thermique en ouate de cellulose à partir du recyclage du papier. Case Container se concentre dans les technologies du développement durable et prépare la réalisation d’une cité universitaire jouxtant le campus du Tampon.

  • Johnny Law-Yen, president de Solyval : « L’acquisition d’un nouveau système de broyeur et de convoyeur nous permet de traiter les pneus de génie civil, soit 200 à 300 tonnes supplémentaires par an. » (Photo Ipreunion.com).

    Johnny Law-Yen, president de Solyval : « L’acquisition d’un nouveau système de broyeur et de convoyeur nous permet de traiter les pneus de génie civil, soit 200 à 300 tonnes supplémentaires par an. » (Photo Ipreunion.com).

  • Nicolas Noël, responsable de l’activité GreenVolt, chez Cycléa : « Notre orientation commerciale vise des partenariats avec les fournisseurs d’équipements car nous apportons une valeur ajoutée à leur service client. » (Photo Ipreunion.com).

L'économie circulaire : un nouveau modèle
 
Selon le cabinet McKinsey, l’économie circulaire permettrait de réaliser une économie nette minimale de 380 milliards de dollars par an en matières premières en Europe. À cette exploitation des ressources évitée s’ajoute la création de valeur positive, fondée sur la consommation relocalisée, le soutien à une activité industrielle et agricole sur les territoires et le développement de nouvelles filières dédiées à la réparation, au réemploi et au recyclage.
L’économie circulaire rompt avec le schéma traditionnel de production linéaire, qui va directement de l’utilisation d’un produit à sa destruction, auquel il substitut une logique de « boucle » où l’on recherche la création de valeur positive à chaque étape en évitant le gaspillage des ressources tout en assurant la satisfaction du consommateur.
À la faveur de la crise économique et de l’essor des réseaux virtuels, la logique de réemploi et de mutualisation des ressources (revendre ou donner au lieu de jeter) se développe chez les consommateurs, en témoigne l’essor du secteur de l’économie collaborative. Source de valeur économique, d’un accès généralisé du consommateur à la satisfaction de ses besoins et  créatrice de liens sociaux, elle s’inscrit dans la « boucle » de l’économie circulaire.
Enfin, ce nouveau modèle invite à une coopération entre les acteurs sur les territoires. Les déchets des uns sont les ressources des autres ! D’une logique de concurrence non territorialisée, l’économie circulaire invite à passer à une co-construction territoriale, qui soutient le développement économique local et favorise le maintien ou la création d’emplois non délocalisables.
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Vecteur de croissance durable, par le développement de nouvelles filières de production, l’économie circulaire permet aussi de réduire la dépendance aux intrants. Dans une économie insulaire, la valorisation de co-produits, le recyclage pour une seconde vie d’équipements et de matériaux et la valorisation énergétique des déchets apportent de l’emploi local et contribuent à faire ...