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Travailler pour quoi faire ?

1 déc 2019 | PAR Laurent Gajac | N°346
Et si en réalité, le travail n’avait aucun sens ? Il serait juste ce qui doit être fait, un objectif, un intérêt, un but. Mais n’aurait pas de sens. En fait, le travail est bien plus que le travail : c’est un signe d’appartenance, un marqueur…

Pour faire suite au précédent article (L’Éco austral n°345) « Travaillez le sens » qui présente en synthèse les résultats de l’étude Deloitte (*) « Sens au travail ou sens interdit », parue en décembre 2017, voici une réflexion autour du sens au travail. « Nos sociétés occidentales, comme l’écrivait Habermas, sont des sociétés fondées sur le travail. Le travail est au fondement de l’ordre social, il détermine largement la place des individus dans la société ; il continue d’être le principal moyen de subsistance et d’occuper une part essentielle de la vie des individus. Travailler est une norme, un fait social total. »
Selon Vincent de Gaulejac, sociologue clinicien, le travail rassemble trois registres : le Faire, l’Avoir et l’Être. 

* Le Faire : travailler, c’est d’abord produire un acte
La production a évolué dans le temps, puisque jusqu’au XIXe siècle, la fabrication était le fait d’individus qui maîtrisaient un savoir-faire. Puis l’outil et la machine ont transformé les façons de faire. Et plus récemment, les nouvelles technologies d’information et de communication (TIC) ont bouleversé les processus de production. C’est aussi faire quelque chose qui, à la fin de la journée, vous rend fier d’avoir accompli les tâches qui vous sont confiées, de votre travail bien fait.

* L’Avoir : travailler, c’est subvenir à ses besoins
Le travail est un moyen d’obtenir différents capitaux : un capital économique (salaires, honoraires, avantages en nature) ; un capital social (existence sociale, statut, place dans l’organisation, une protection juridique et sociale, une sécurité subjective et objective, un réseau social) ; un capital culturel (développement des compétences, accès à des formations, maîtrise de savoir-faire, accès à des savoirs qui complète le capital culturel reçu à la naissance). C’est aussi avoir un travail qui vous donne l’impression de continuer à apprendre, à progresser, à développer des relations humaines stimulantes.

* L’Être : travailler pour exister
Le travail est bien plus que le travail : c’est un signe d’appartenance, un marqueur. L’essentiel aujourd’hui n’est plus tant d’avoir un travail (pour la plupart d’entre nous) que d’exister par le travail. Il devient une finalité de l’existence, un challenge, un moyen de dépassement de soi. C’est aussi être au travail pour s’épanouir, s’accomplir, se sentir libre, se réaliser, se sentir utile à la société et être considéré en retour.

Ces dimensions : Faire, Avoir et Être peuvent être complémentaires, mais aussi contradictoires, et leur priorisation en termes d’importance pour l’individu peut évoluer tout au long d’une trajectoire professionnelle. Mais l’on constate depuis des décennies qu’un déplacement s’effectue du registre de l’Avoir au registre de l’Être, portant sur la « réalisation de soi ».
Le sens au travail pourrait donc se situer pour partie dans la réalisation d’un acte professionnel qui permet de démontrer un savoir-faire, une compétence, d’apporter sa contribution à un travail collectif et de l’être à travers des réponses liées à la médiation des conflits, à la reconnaissance, au rapport à l’erreur et à l’échec, à la confrontation à la difficulté et à la réussite. Et pour conclure je vous propose cette citation d’Yves Clot, titulaire de la chaire de psychologie du travail du Cnam (Centre national des arts et métiers) : « Quelle que soit la situation, ce qui détermine l’action, c’est le sens que lui donne l’opérateur. » 

(*) Deloitte est un des leaders mondiaux de l’audit et des services professionnels.

Laurent Gajac
Fondateur dirigeant du groupe Conseil & Services, spécialisé dans la recherche, le développement et l’amélioration du potentiel professionnel. Le groupe est composé de trois centres de formations présents à La Réunion, à Rennes et à Bordeaux. Laurent Gajac est coach professionnel, facilitateur en intelligence collective, il conçoit et anime des groupes de pratiques professionnelles et des sessions de formation, essentiellement sur les thèmes de la communication interpersonnelle, du management et de l’accompagnement au changement. Laurent Gajac est coach certifié SICPNL membre n° M220616
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