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Maurice

Un départ et des questions

29 oct 2013 | PAR | N°280

La présentation du Budget à Maurice, prévue le 8 novembre, aura rarement laissé planer autant d'incertitudes. Et le départ précipité du secrétaire financier, Ali Mansoor, ne permet pas vraiment d'éclaircir la situation. Non pas que son débarquement soit une surprise, mais le timing interroge. Chacun sait que le technicien avait des « ennemis » de tout bord. Politiques, bailleurs de fonds, secteur privé ou fonctionnaires étaient nombreux à espérer son départ. On lui reprochait de trop souvent dire « non », d’être trop peu diplomate ou trop rigide, pas assez mauricien dans son approche… Certains ministères recevaient souvent des fins de non-recevoir pour certaines missions qu’il jugeait sans intérêt. Sans parler de son étiquette « FMI-Banque mondiale »… Mais à l'inverse, on peut se demander comment ce dernier a pu tenir si longtemps depuis le départ de Rama Sithanen. Je ne suis pas vraiment fan des débats pré-budgétaires organisés ça et là. Ils se résument le plus souvent à l'établissement d'une liste de doléances. Mais je dois avouer que l'exercice organisé par la JCI (Jeune chambre internationale) m'a plu. Pour une fois, la bonne question à été posée : quel est l'objectif d'une présentation budgétaire ? Car s'il ne faut pas occulter qu'il s'agit d'un outil de politique économique, un Budget est avant tout un exercice comptable censé assurer une continuité et une cohérence avec le discours programme du gouvernement. Lors de ce fameux débat de la JCI, Rajiv Servansingh, directeur du cabinet de conseil MindAfrica, a eu le mérite de parfaitement poser ce postulat. À partir de là, on comprend mieux que la position du secrétaire financier fût devenue plus qu’inconfortable. Le binôme Sithanen-Mansoor, du fait de leur complémentarité professionnelle et personnelle, était bien huilé. Même si l’on peut leur reprocher d'avoir supprimé un ministère du Plan jugé sans intérêt à leurs yeux. On se rend compte aujourd'hui que c'était une erreur. Quid aujourd'hui de la planification à moyen terme ? On a parfois l'impression d'un manque de souffle, à tel point que le fameux dialogue public-privé, qui a fait jusqu'ici la force de Maurice, ne paraît plus aussi étroit. Qu'est devenu le JEC (Joint Economic Council) ? Où en est la MEF (Mauritius Employers Federation)? Quelle place peut prendre la Chambre de commerce et d'industrie ? Sans parler des institutions publiques telles qu'Enterprise Mauritius ou le BOI (Board of investment). Non pas qu'elles soient forcément inefficientes, car elles mènent des actions concrètes, mais sans doute ont-elles besoin d'un nouvel élan. Toutes ces institutions semblent aujourd'hui être à la recherche d'un second souffle. Comme l'indique si bien Rajiv Servansingh, la cohérence est indispensable. Et c'est bien l'un des rôles du Budget que d'envoyer des signaux aux acteurs économiques et sociaux.

La question est également de savoir si le Budget mauricien suivra la tendance internationale, à savoir la rigueur ou l’austérité. Nous n’en sommes pas là. Même si elle tourne au ralenti, la croissance mauricienne est bien réelle et il semblerait que certains secteurs, comme le tourisme ou la construction, aient davantage besoin de mesures fortes de relance que d’austérité. Les finances mauriciennes le permettent même si les rentrées fiscales, et notamment les taxes indirectes, ont été plus faibles que prévues. Le ministre des Finances a d’ailleurs déjà dévoilé que ces deux secteurs jouiront d’une attention particulière. Le départ précipité d’Ali Mansoor laisse planer un climat d’incertitude à quelques semaines du Budget. Son successeur, Dev Manraj, n’est pas un inconnu. Proche du Premier ministre, il a déjà occupé ce poste au début des années 90 et possède une image plus politique. Une chose est sûre, l’incertitude représente l’une des pires ennemies de l’économie et du monde des affaires en particulier. Heureusement, les doutes seront levés dés le 8 novembre prochain.

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