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Réunion

Un taux de pauvreté trois fois supérieur à celui de l’Hexagone

1 oct 2019 | PAR Arnaud Thomelin | N°344
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L’étude réalisée par le cabinet ENEIS pour le Conseil départemental (dans le cadre du Plan seniors) permet de mieux comprendre les spécificités de La Réunion. L’espérance de vie progresse, mais l’entrée en dépendance est plus précoce que dans l’Hexagone. Les séniors sont plus touchés par la pauvreté et la précarité. Le taux de pauvreté à La Réunion est trois fois supérieur à celui de la Métropole (40 % contre 14 % - en 2015). La solidarité familiale est toujours forte sur l’île, mais elle est fragilisée par la migration des jeunes générations. Les personnes âgées sont majoritairement propriétaires de leur logement, mais un besoin d’adaptation des domiciles à la perte d’autonomie est nécessaire. De plus, elles connaissent des contraintes dans l’accès aux services.

« Ayant acquis une certaine expérience dans le domaine, en Afrique et dans la zone océan Indien, l’idée m’est tout naturellement venue d’adapter la construction modulaire aux seniors. » Il lui a fallu quatre années d’études et de démarches pour concrétiser son projet et déposer le brevet des Uhad, pour Unités d’hébergement adapté à domicile.  

Démarche gagnant-gagnant

Dans sa version « indépendante », une Uhad consiste en un environnement équipé, avec kitchenette et salle d’eau, et adapté PMR (personnes à mobilité réduite) d’une surface de 25 à 37 m². « Nous la positionnons en 48 heures sur le terrain du senior dont le logement n’est plus adapté ou chez des proches. Elle est à la location pour une durée de douze mois renouvelables, pour un loyer moyen d’environ 800 euros par mois avec option d’achat. Rappelons que le coût moyen d’un hébergement spécialisé pour seniors à La Réunion se situe entre 2 000 et 2 800 euros… » Des équipements spécifiques, tels que la domotique simplifiée, amélioreront le confort et la sécurité du senior, de ses proches et des intervenants d’aide au maintien à domicile.  
Mais Franck Delignac a imaginé deux autres modèles de développement, qui ont déjà séduit la commune du Tampon. En 2020-2021, deux projets insolites vont y sortir de terre : une Uhad MAF au 23e km et une Uhad Village dans le quartier de la Pointe. Soit au total près de 250 logements adaptés. « Le manque de logements adaptés aux seniors est criant à La Réunion, par conséquent notre offre alternative a de quoi séduire les collectivités, dans une démarche gagnant-gagnant. Les communes, qui ont le foncier, sont confrontées au problème du logement des seniors. De notre côté, nous avons le concept – réalisé et livré clé en main – et le financement ! »
Dans le cadre du programme porté par le Conseil départemental « MAF, maison d’accueillants familiaux », l’Uhad est un hébergement d’une capacité d’accueil de 12 à 16 seniors, accompagnés à temps plein pour des auxiliaires dans un environnement couvert de 800 à 1 000 m². Sur le site tamponnais, il s’agira de cinq MAF réunies, pour une capacité totale de 60 seniors environ. « L’investissement est de cinq millions d’euros, pour une surface de 9 000 m². Mais une fois livrée, cette Uhad MAF sera gérée directement par le CCAS du Tampon, avec des loyers probablement entre 550 et 750 euros », précise Franck Delignac.   
Dans le dernier modèle, celui de l’Uhad Village, la réalisation du projet et son exploitation incombent à un important groupe du secteur médical local. En l’occurrence Clinifutur, porté par son P-DG historique Michel Deleflie. « Sur 1,4 ha, 150 logements adaptés de 25 à 37 m² bénéficieront de personnels soignants diplômés (entre 60 et 80 emplois), d’espaces et de services annexes sur place : cabinet médical, podologue, kiné, infirmières, coiffeur, jardin et cuisine thérapeutiques, potager, supérette autogérée, livraison de repas, projet inter-générationnel, etc. Un véritable petit village senior ! » 
Pour ce site, l’investissement est de 10 millions d’euros. Perçus par Clinifutur, les loyers oscilleront entre 600 et 800 euros mensuels, pour des seniors du Tampon uniquement. « Mais nous sommes en négociation avec une dizaine de communes de l’île, et espérons la mise en œuvre de 2 000 Uhad au total dans les dix prochaines années. Soit 800 emplois directs et 200 emplois indirects », se projette Franck Delignac.  

Concurrence sur la téléassistance

Du fait de la politique publique de maintien à domicile prônée au plus haut niveau (appelée « Plan seniors »), un autre marché se trouve en plein essor. Celui de la téléassistance. « Dès notre création en 1996, nous avons eu la volonté de compléter notre gamme avec des services dédiés aux personnes âgées, isolées ou à mobilité réduite, rappelle Jérôme Billaud, le directeur général d’Allianz Partners à La Réunion. Mais, sur la téléassistance à proprement parler, l’offre a été lancée en 2004. Nous avons été les précurseurs en anticipant les évolutions démographiques et le boom du maintien à domicile. » 
Aujourd’hui, la plate-forme téléphonique locale, « pour assurer une vraie proximité et la maîtrise du créole réunionnais », peut recevoir les appels des 800 abonnés annoncés. « Notre croissance est de l’ordre de 20 % à 40 % par an, se satisfait le directeur général. Il est important de considérer qu’il y a de nombreux remplacements de clients dans le portefeuille, car le service n’est plus approprié pour les personnes dont la dépendance devient trop lourde. » La durée moyenne d’abonnement est de 24 mois, contre 16 seulement en 2007. « Les seniors s’équipent de plus en plus tôt et comprennent mieux les avantages qu’ils retirent du dispositif. »  
Des assureurs aux sociétés spécialisées, la concurrence sur la téléassistance concerne une vingtaine d’acteurs à La Réunion. Pour se différencier de l’existant, chacun tente donc de miser sur l’innovation technologique la plus utile au senior. Forcément. C’est le cas de Téléassistance Réunion qui, depuis à peine un an, essaie de convaincre les proches d’abonner leur(s) senior(s) à son médaillon. « Ce pendentif s’accompagne d’une application qui permet de géolocaliser le gramoune partout, et non plus seulement chez lui », vante Bruno Lestoquoy, le représentant réunionnais de la société, lancée à Paris en 2017, implantée depuis en Belgique et aux Antilles.  


Rentabilité rapide

Géolocalisation, bracelet anti-chute, esthétisme des produits, visioconférence, etc. L’offre de service évolue en effet très rapidement avec les nouvelles technologies. « Nous sommes passés de l’ère de la téléassistance sédentaire, avec un appareil installé physiquement à domicile à une téléassistance mobile qui embarque également le GPRS, confirme Jérôme Billaud. Et le futur de la téléassistance sera lié aux objets connectés et à l’intelligence artificielle. »  
Pour que tant d’entreprises de la place et d’entrepreneurs de l’instant se lancent sur ce marché, il est fort à parier qu’une rentabilité rapide est au rendez-vous. « Le chiffre d’affaires est peu significatif, tempère le dirigeant d’Allianz Partners. Nous considérons cette activité davantage comme une vitrine de notre savoir-faire plutôt qu’une source de profit pour l’entreprise. Nous avons même diminué nos tarifs en faisant bénéficier à nos clients de l’économie d’échelle liée à la croissance de notre portefeuille. » 
Pourtant, à raison d’environ 30 euros par mois et par senior (tous les acteurs se sont à peu près alignés, car 30 euros est le montant potentiellement pris en charge par les aides publiques), le chiffre d’affaires peut vite flamber. D’ailleurs, Bruno Lestoquoy, de Téléassistance Réunion, concède : « Mon carnet de clients contient plusieurs centaines de seniors à ce jour. Et c’est sans compter sur les négociations en cours avec de gros acteurs du secteur (assurances, CCAS, CGSS…) pour devenir leur équipementier de prédilection. Par séries de 100 médaillons, ça chiffre vite. Sans attendre ces contrats fournisseur, j’espère toucher à terme 5 % à 10 % des seniors réunionnais. Sachant qu’avec 1 %, je gagne très bien ma vie ! »  
En plus des stratégies liées aux volumes et aux avancées technologiques, les entreprises réunionnaises du secteur jouent la carte de la proximité pour tenter d’attirer (et de retenir) le chaland : centre d’appels en créole, appel personnalisé à la date d’anniversaire, conversations de courtoisie… Pour garder un temps d’avance sur une concurrence en plein essor, Allianz Partners mise sur une offre complémentaire de services à la personne particulièrement prisés par les seniors : portage de repas, livraison de bouteille de gaz, petits travaux, soins esthétiques… Et Jérôme Billaud d’assurer : « Dans un monde de plus en plus digital, rester connecté par la relation humaine est notre priorité. »  

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