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Angola

Une économie du tout pétrole sinistrée

1 oct 2017 | PAR Bernard Lugan | N°323
Militaire formé en URSS et apparatchik zélé, le nouveau président, Joao Lourenço, va devoir mener d’urgence de profondes réformes économiques et institutionnelles, tout en préservant les intérêts de la nomenklatura qui a fait main basse sur le pays au moment de l’indépendance. DR
Comme l’Algérie, l’Angola ne produit rien et importe tout. Même l’essence. La seule raffinerie existante est héritée des Portugais et elle ne satisfait que 1/5e de la demande, ce qui fait que le pays importe annuellement plus de 5 milliards de dollars d’essence et de produits pétroliers raffinés.

C’est dans les années 1950, à l’époque portugaise, que l’Angola est apparu comme un véritable Eldorado pétrolier avec la découverte d’un premier gisement terrestre dans la région de Luanda. En 1966, le premier gisement offshore fut découvert au Cabinda et, en 1975, au moment de l’indépendance, les prospections permirent de découvrir une vingtaine de gisements. Le gouvernement angolais divisa les régions pétrolières en blocs dont il confia l’exploitation à des sociétés étrangères sous l’autorité d’une société nationale, la Sonangol, chargée de superviser et de contrôler les opérations. L’Angola détient 3% des réserves pétrolières mondiales et fournit 6%de la production mondiale, ce qui le place au 23e rang mondial et au deuxième en Afrique au sud du Sahara, derrière le Nigéria. Or l’économie angolaise a été piégée par le pétrole puisque 87% des revenus de l’État et 81% de ses ressources en devises proviennent de l’exploitation de l’or noir. Toute chute des prix mondiaux entraîne donc une inéluctable catastrophe à laquelle le pays est incapable de faire face. 

L’EFFONDREMENT DE 1998

Dans les années 1975-2000, les politiques gouvernementales ont essentiellement consisté à gager la production de pétrole, donnée en garantie d’emprunts internationaux. Comme la production était en augmentation constante, les emprunts ont été souscrits d’une manière inconsidérée. Or ce système, qui est apparenté à une économie de traite, s’est effondré par quatre fois avec la chute des prix du brut sur le marché international et cela sans qu’aucune leçon n’ait été tirée. 
En 1998 la chute des cours du baril fit que la baisse des recettes de l’État fut de 450 millions de dollars, soit 27% de recettes en moins par rapport à 1997. Le baril angolais, qui se vendait à 20 dollars en 1996, en valait 18,5 en 1997 et 13,5 dollars au début 1998, pour atteindre des cours encore plus bas en fin d’année. Puis, un rebond se produisit et les autorités angolaises oublièrent la crise qui venait de les frapper. 
 

À l’exception des Kimbundu et des Ovimbundu, les autres grandes ethnies angolaises sont divisées et même éclatées par les frontières issues de la décolonisation. C’est ainsi que, dans le nord du pays, les Bakongo font culturellement et historiquement partie du grand ensemble kongo s’étendant au Congo Brazzaville, au Cabinda et en RDC. Quant aux Lunda, l’essentiel de leur peuplement se situe en RDC.
À l’exception des Kimbundu et des Ovimbundu, les autres grandes ethnies angolaises sont divisées et même éclatées par les frontières issues de la décolonisation. C’est ainsi que, dans le nord du pays, les Bakongo font culturellement et historiquement partie du grand ensemble kongo s’étendant au Congo Brazzaville, au Cabinda et en RDC. Quant aux Lunda, l’essentiel de leur peuplement se situe en RDC.
 

 

LA PÉRIODE FASTE (2002-2009)

L’explosion à la hausse des cours du baril provoqua une véritable euphorie et l’Angola fut présenté comme une locomotive africaine. Il faut dire qu’avec un baril à 110 dollars et une production de 1,8 million de barils/jour, l’optimisme était de rigueur. Inondé de pétrodollars, l’Angola gaspilla ses ressources et laissa se développer une corruption institutionnelle avec près de 200 milliards d’euros placés à l’étranger par les oligarques. Avec une croissance entre 10%et 22% dans les années 2004 à 2006, puis de 24,4% en 2007 et de 16% en 2008, les analystes se prirent à rêver au miracle économique africain. Luanda devint la ville du luxe dans laquelle les loyers atteignaient des prix européens. Partout les constructions sortaient de terre, les Chinois échangeant le pétrole contre des travaux bâclés. Mais cette économie hors sol était totalement artificielle avec plus de 80% de la population vivant avec moins de 2 dollars par jour, des hôpitaux nuls et une mortalité infantile la plus élevée du monde. Les leçons du passé n’ayant pas été retenues, en 2009, la baisse du prix du baril fit que l’Angola se trouva en quasi cessation de paiement et placé sous assistance financière par le FMI. Ce pays fabuleusement riche, mais géré par des aigrefins, a reçu entre 2009 et 2014 pour plus de 400 millions de dollars de prêts.

LA CRISE ACTUELLE

Un redémarrage se produisit en 2013 avec une croissance à 6,8%, mais ce n’était qu’une rémission puisqu’elle baissa à 3% en 2015 et à 0,4% en 2016. La raison de cette nouvelle crise est due à l’effondrement du prix du baril et à la perte du client américain devenu producteur de pétrole de schiste. Or, comme l’équilibre du budget de l’Angola est basé sur un pétrole à 46 dollars le baril, la crise était donc annoncée. Face au désastre, le FMI exigea des remèdes puissants que l’Angola refusa, rompant même avec lui au mois de juin 2016. La légère remontée du prix du baril au-dessus de 50 dollars, qui a débuté au mois de septembre 2017, est donc suivie avec espoir à Luanda. Si cette tendance à la hausse se poursuivait, l’Angola pourrait alors échapper au chaos... Jusqu’à la prochaine baisse du cours.

LE NOUVEAU PRÉSIDENT

Le 19 août 2017, à l’issue du scrutin présidentiel, avec 64,57% des voix, Joao Lourenço a succédé à José Eduardo Dos Santos resté 38 ans de pouvoir. Le parti MPLA (Mouvement populaire de libération de l’Angola), qui gouverne le pays depuis 1975, reste donc aux affaires. Militaire formé en URSS et apparatchik zélé, le nouveau président va devoir mener d’urgence de profondes réformes économiques et insti-tutionnelles, tout en préservant les intérêts de la nomenklatura qui a fait main basse sur le pays au moment de l’indépendance. Sa marge de manœuvre sera réduite car l’ancien président Dos Santos garde la présidence du MPLA. Il a le pouvoir de nommer les généraux et il peut mettre son veto aux lois. Quant à ses enfants, ils continuent à tenir l’économie angolaise car sa fille Isabel dirige la Sonangol, la société pétrolière nationale et son, fils José Filomeno, le Fonds souverain.
LE DÉFICIT ALIMENTAIRE SE CREUSE
En dépit de ses immenses richesses naturelles et de ses potentialités agricoles et halieutiques, l’Angola est en situation de faillite. Ce pays d’un peu plus de 26 millions d’habitants a une croissance démographique de 3,6%. Sa population est clochardisée et vit d’expédients alors qu’elle est assise sur d’immenses réserves de diamants et de pétrole. Le déficit alimentaire ne cesse de se creuser, paradoxe dans un des pays les mieux dotés d’Afrique en ce domaine et qui dispose de potentialités d’irrigation exceptionnelles estimées à plus de six millions d’hectares. Or l’Angola, qui était exportateur de produits vivriers avant l’indépendance et qui occupait le troisième rang mondial pour la production de café, ne parvient plus à nourrir sa propre population. Là encore, la comparaison avec l’Algérie semble s’imposer.

Lire également l’histoire d’une guerre civile de près de 30 ans, par Bernard Lugan. 

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