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Réunion

Une longueur d’avance dans l’habitat bioclimatique

Le siège d’Austral Energy, producteur d’énergie renouvelable, est un bâtiment bioclimatique inauguré en 2015 à Saint-Pierre. Arnaud Andrieux
La Réunion est citée comme l’un des territoires les plus avancés, où l’on sait mettre à profit des technologies nouvelles autant que des connaissances traditionnelles. Ses bâtiments innovants ont même fait l’objet d’une présentation à la COP 21.


« À l’issue de la COP 21, la France veut se positionner dans l’animation d’un réseau international pour partager et expérimenter sur le bioclimatique en milieu tropical », informe François Garde, enseignant-chercheur, responsable du département Construction durable de l’ESIROI (École supérieure d’ingénieurs Réunion Océan Indien) à l’Université. Représentant fréquemment cette expertise française lors de rencontres scientifiques internationales, François Garde a fait découvrir, à Paris, des réalisations telles que les résidences Florès et Malacca, au Port, la résidence Ilet du Centre, à Saint-Pierre, l’amphithéâtre bioclimatique de l’Université et le bâtiment Enerpos de l’IUT de Saint-Pierre. « C’est le premier bâtiment à énergie positive des départements d’Outre-mer. À l’aide d’une centrale photovoltaïque, il produit sept fois ce qu’il consomme et consomme neuf fois moins qu’un bâtiment moderne courant. Sa conception bioclimatique évite le recours à la climatisation. » Ce savoir-faire est aujourd’hui décliné au bénéfice de l’habitat durable et mis à la disposition des concepteurs publics et privés. 
L’une des spécialisations de l’ESIROI, celle d’ingénieur en bâtiment-énergie, est unique en France et forme au savoir-faire en bioclimatique en milieu tropical. « Nos élèves ingénieurs doivent réaliser des travaux pour des entreprises et nous avons engagé un projet d’étude en collaboration avec la société Case Container, à Saint-Pierre », explique François Garde. L’objectif de cette collaboration de six mois, pour trois élèves ingénieurs, était de proposer des améliorations bioclimatiques aux solutions d’habitat développées à partir de conteneurs en fin de vie. « Ce principe nous a séduit parce qu’il présente un aspect de recyclage. Il leur manquait la connaissance du milieu tropical, c’était donc une parfaite synergie entre les élèves ingénieurs et l’entreprise. » 
 

Yannick Bourgeois, gérant de Case Container : « Nous travaillons sur des bardages bioclimatiques et des extérieurs végétalisés pour la mise au point d’une gamme entièrement bioclimatique. »  Philippe Stéphant
Yannick Bourgeois, gérant de Case Container : « Nous travaillons sur des bardages bioclimatiques et des extérieurs végétalisés pour la mise au point d’une gamme entièrement bioclimatique. »  Philippe Stéphant
 

UNE SOLUTION BIOCLIMATIQUE ATYPIQUE

Case Container a livré ses premières réalisations en mars 2015 et connaît une forte progression de son carnet de commandes. « Nous observons un véritable engouement pour l’aspect écologique de notre offre, confie Yannick Bourgeois, gérant de Case Container, et aussi pour sa rapidité de réalisation et son aspect ludique ». Les clients apprécient de pouvoir moduler leur projet, à partir de volumes juxtaposés, et de l’adapter facilement à toute configuration de terrain, même difficile. Le prix, inférieur d’environ 10% à celui d’une construction standard, n’est donc pas le seul attrait pour cette solution atypique qui développe désormais de réels avantages en confort bioclimatique. La notion de développement durable, dans le concept Case Container, s’exprime aussi par la réduction de l’empreinte carbone du bâtiment. « Les conteneurs en fin de vie, arrivant à La Réunion pour leur dernier voyage, n’ont pas à être retournés et constituent une ressource disponible pour la construction. Alors que le béton armé constitue 80% de l’indice carbone d’une maison réunionnaise, nous réduisons cette part à 12% pour réaliser des plots et une dalle », explique Yannick Bourgeois.

François Garde, responsable du département Construction durable de l’ESIROI (École supérieure d’ingénieurs Réunion Océan Indien) à l’Université : « La Réunion représente la France pour le partage et l’expérimentation de savoir-faire bioclimatique en milieu tropical. »  Philippe Stéphant
François Garde, responsable du département Construction durable de l’ESIROI (École supérieure d’ingénieurs Réunion Océan Indien) à l’Université : « La Réunion représente la France pour le partage et l’expérimentation de savoir-faire bioclimatique en milieu tropical. »  Philippe Stéphant
 


Des mesures, que le bon sens et l’expérience ont imposé aux anciens, sont encore aujourd’hui les meilleures recettes bioclimatiques. « Nous avons conseillé des volets persiennés plutôt que des volets pleins et de ne pas poser d’isolation thermique sur toutes les faces du bâtiment car il faut évacuer la chaleur, détaille François Garde. Il faut, avant tout, une ventilation traversante étudiée, une protection solaire et de la végétation à l’extérieur du bâtiment pour rafraîchir l’air qui circule. » Pour prévenir le rayonnement solaire sur les façades, des débords de toiture et des brise-soleil sont essentiels. « La pose de tasseaux de bois espacés, sur une paroi métallique, peut suffire à la protéger du soleil car le métal maintenu à l’ombre reste frais et laisse ressortir la chaleur de l’habitation », précise Yannick Bourgeois. Des mesures qui assurent également la qualité bioclimatique du bâtiment Enerpos, associées à l’usage de brasseurs d’air de qualité et de fenêtres à jalousies, à ouvertures hautes et basses, indépendantes. « Nous exportons maintenant cette connaissance pour la partager à l’international, en collaboration avec l’Ademe (Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie - Ndlr), indique François Garde. Nos élèves ingénieurs font des stages obligatoires à l’étranger et, progressivement, nous incluons l’anglais dans nos cours, ce qui permettra d’accueillir des étudiants non francophones, venant du grand océan Indien. »

AVEC CASE CONTAINER, UNE HABITATION À MOINS DE 1 000 EUROS LE MÈTRE CARRÉ
Fondée en 2013, l’entreprise a réalisé une dizaine de projets en 2015 et s’apprête à enregistrer une centaine de commandes fermes en 2016. « L’habitation, clé en main, coûte 990 euros du mètre carré et peut se réaliser sur deux ou trois niveaux », précise Yannick Bourgeois, le gérant de l’entreprise. Présentant les avantages de la construction modulaire, une Case Container peut être livrée en quatre mois, évitant les contraintes de travaux de gros œuvre sur le site. 50% des projets sont réalisés sur mesure et s’adaptent aux terrains difficiles ou d’accessibilité réduite. « Nous améliorons notre offre d’habitat bioclimatique, ajoute Yannick Bourgeois. Nous faisons le choix de matériaux durables comme la ouate de cellulose qui pourra être fabriquée à La Réunion en recyclant du papier. Nous projetons aussi le recyclage du « placoplâtre », en y ajoutant de la fibre de canne, pour densifier la masse surfacique de constructions de plusieurs étages. » Case Container aura utilisé, d’ici 2017, près d’un millier de conteneurs en fin de vie. 
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