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Une région qui commence à s’éveiller

1 mai 2015 | PAR Pierrick Pedel | N°296
Le Sud représente aujourd'hui 35% de la population départementale avec environ 350 000 habitants, ce qui en fait la première zone de chalandise de La Réunion. - Ipreunion.com
La première zone de chalandise de l'île va représenter 360 000 habitants en 2030. D'où la nécessité de développer les infrastructures afin d'attirer les entreprises dans une micro-région qui connaît un important taux de chômage. Le redressement se fait déjà sentir.

En matière économique, le sud de La Réunion, c'est avant tout un formidable développement démographique. À Saint-Pierre, on est passé de 76 105 habitants en 2007 à 81 769 en 2012, une progression de 7,4 % en cinq ans. À Saint-Joseph, la population était de 30 000 habitants en 1999, elle atteignait 37 500 en janvier 2015 et devrait représenter 45 000 individus en 2025. Entre 1999 et 2009, les taux de croissance des populations dans les communes de la micro-région ont dépassé les 10 % pour atteindre jusqu'à 46 % aux Avirons. Seules exceptions : Saint-Philippe (5 %) et Cilaos (- 2,1 %). En moyenne, l'évolution de la population a été légèrement plus prononcée que dans les autres bassins de vie. Le Sud représente aujourd'hui 35 % de la population départementale avec environ 350 000 habitants, ce qui en fait la première zone de chalandise de La Réunion. Rien d'étonnant donc à ce que parmi les entreprises inscrites au Registre du commerce et des sociétés (RCS), celles du secteur du commerce se taillent une belle part avec le quart du total même si les activités scientifiques et techniques et les administrations restent en tête avec 26,8 %. Viennent ensuite l'industrie (11,8 %), l'hôtellerie-restauration (8,2 %) et le transport-entreposage (5 %).

Entre 1999 et 2009, les taux de croissance des populations dans les communes de la micro-région ont dépassé les 10% pour atteindre jusqu'à 46% aux Avirons. - Ipreunion.com

Entre 1999 et 2009, les taux de croissance des populations dans les communes de la micro-région ont dépassé les 10% pour atteindre jusqu'à 46% aux Avirons. - Ipreunion.com

UN TAUX DE CHÔMAGE DE 36 % CONTRE 32 % POUR LA MOYENNE DE L’ÎLE

Comme le souligne le maire du Tampon, André Thien Ah Koon, « le développement du Sud s'est fait séparément de celui du Nord et le Sud est devenu le parent pauvre des investissements, d'où un important chômage ». De fait, le taux de chômage dans le Sud ressort à 36 % contre une moyenne de 32 % pour l'ensemble de l'île. Et le maire du Tampon de réclamer que les budgets régionaux, départementaux, nationaux et européens soient clairement identifiés afin d'éviter les déséquilibres. Dans ce contexte, la ZAC de Pierrefonds Aérodrome, qui représente un investissement total de 100 millions d'euros, va constituer le véritable poumon économique de la zone.

André Thien Ah Koon, maire du Tampon : « Le développement du Sud s'est fait séparément de celui du Nord et le Sud est devenu le parent pauvre des investissements, d'où un important chômage. » - Ipreunion.com

André Thien Ah Koon, maire du Tampon : « Le développement du Sud s'est fait séparément de celui du Nord et le Sud est devenu le parent pauvre des investissements, d'où un important chômage. » - Ipreunion.com

« Le Sud bénéficie de la saturation du Port, de l'aspiration de l'Est par Saint-Denis et de la difficulté à maîtriser le foncier par le projet de ville nouvelle de Cambaie », explique David Lorion, le premier adjoint au maire de Saint-Pierre.
« Nous accompagnons le projet de Grand port maritime à la Pointe des Galets, mais il faut reconnaître que le Port dispose désormais d'un foncier limité. Avec un accès facilité par la route des Tamarins, la future ZAC de Pierrefonds et ses satellites et leurs avantages comparatifs notamment en matière de logistique, le Sud a incontestablement une carte à jouer », estime, de son côté, Jérôme Isautier, le président de l'Association pour le développement industriel de La Réunion (ADIR). Aujourd'hui, 40 % des travaux de la première tranche de la ZAC ont été réalisés et la livraison est prévue pour fin 2015. Pour la deuxième tranche, les travaux devraient démarrer en 2016 pour être terminés fin 2017.

David Lorion, premier adjoint au maire de Saint-Pierre : « Le Sud bénéficie de la saturation du Port, de l'aspiration de l'Est par Saint-Denis et de la difficulté à maîtriser le foncier par le projet de ville nouvelle de Cambaie. » - Ipreunion.com
 

David Lorion, premier adjoint au maire de Saint-Pierre : « Le Sud bénéficie de la saturation du Port, de l'aspiration de l'Est par Saint-Denis et de la difficulté à maîtriser le foncier par le projet de ville nouvelle de Cambaie. » - Ipreunion.com

IL EST PRÉVU DE FLUIDIFIER LES CŒURS DE VILLE ET DE LES RELIER ENTRE EUX

« Actuellement, 75 % du foncier total est maîtrisé. Nous allons mener une négociation dans le cadre d'une enquête parcellaire qui permettra d'identifier les propriétaires concernés par l'expropriation afin de lancer les acquisitions à l'amiable », précise Eric Desse, le directeur général de la SPLA Grand Sud chargée de mettre en oeuvre ce projet. Selon le dernier point d'étape de la commercialisation, 239 demandes de parcelles ont été formulées, soit 149 en l'espace d'un an. Parmi ces demandes, la production industrielle et artisanale représente 37 %, le commerce 15 %, les services à la personne 16% et l'Eco Pôle (revalorisation et traitement de déchets) 9 %. Viennent ensuite les services aux entreprises, la logistique et le tertiaire. Toutefois, sur les 239 demandes, 74 n'ont pas été retenues car elles n'étaient pas recevables sur cette zone. En effet, au regard du SAR (Schéma d'aménagement régional), les secteurs du commerce et des services à la personne ne sont pas recevables sur la ZAC Pierrefonds Aérodrome. Finalement, 47 dossiers ont été déclarés recevables dont 28 dans l'industrie, 7 dans l'Eco Pôle, 7 dans la logistique, 4 dans les services aux entreprises et 1 dans le secteur tertiaire.
Pour alimenter la ZAC, un Transport en commun en site propre (TCSP), partant d'Etang-Salé et des Avirons, va relier Etang-Salé Les Hauts, Saint-Louis, la zone de Pierrefonds et son aérodrome, Saint-Pierre et Petite-Ile. À terme, Saint-Joseph devrait être le terminus. Une liaison avec le Tampon et Trois-Mares est également prévue. Véritable épine dorsale structurant la mico-région, le projet, qui doit être finalisé en 2025, devrait coûter 157 millions d'euros. La Communauté intercommunale des villes solidaires du Sud (CIVIS) devrait apporter 46,5 millions d'euros, les subventions 97 millions et les communes 13,5 millions. « La CIVIS devrait injecter massivement jusqu'en 2016 mais tout le projet ne peut tenir que si les subventions suivent dans le cadre du Programme opérationnel européen », souligne Thierry Papin, directeur de l'aménagement du territoire à la CIVIS. La première tranche, qui comprend la desserte d'Etang-Salé les Hauts, de Saint-Louis, de la ZAC de Pierrefonds et de Saint-Pierre, est acquise. « Il s'agit de fluidifier les cœurs de ville et de relier ces cœurs de ville entre eux », précise Thierry Papin. En revanche, la deuxième partie des travaux n'a pas encore été planifiée. Le TCSP prévoit notamment une ligne de bus à haut niveau de service (BHNS) avec une fréquence de 10 à 15 minutes entre le Gol et le CHU de Saint-Pierre. La construction d'un parking-relais de 450 places est aussi envisagée à la Pointe du Diable sur des terrains actuellement occupés par la Chambre de commerce et d'industrie (CCI). Les places de parking couplées avec un ticket de bus seront gratuites, ce qui devrait permettre d'alléger le trafic dans le centre-ville de Saint-Pierre. Dans la capitale du Sud, des travaux sont actuellement en cours à la Pointe du Diable, dans le quartier de la Ravine Blanche et dans le secteur de la gare routière du marché couvert.

SAINT-PIERRE APPARAÎT COMME UNE VILLE ATTRACTIVE ET DYNAMIQUE

Dans le développement en cours de la micro-région sud, la Semader, l'une des foncières les plus importantes de l'île, entend intervenir en tant qu'acteur majeur. À L'Étang-Salé, elle a participé à l'aménagement de la ZAC des Sables en y implantant le nouvel abattoir de Crête d'Or et le laboratoire de recherche en cuisine de l'enseigne de restaurant Cap Méchant. Elle y a réalisé un parc d'activités tertiaires avec un immeuble de bureaux de 3 500 mètres carrés. Une deuxième tranche de 2 000 mètres carrés sera engagée dans les deux ans qui viennent. Sur la ZAC de Pierrefonds, elle travaille avec la Semir à la création d'une pépinière d'entreprises. Sa filiale Acti'SEM porte aujourd'hui 30 000 mètres carrés d'immobilier d'entreprise. Quelque 15 000 mètres carrés sont actuellement en construction dont 8 000 dans le Sud. À la Techsud, elle réalise un premier bâtiment pour le secteur tertiaire en partenariat avec CBo Territoria et, à Petite-Ile, elle contribue à la création d'un village artisanal avec de petits locaux artisanaux et industriels. « Nous voulons nous ancrer dans l'économie réunionnaise et son tissus de PME-TPE. C'est notamment pourquoi nous adaptons nos loyers à la capacité financière des entreprises », indique Joël Personné, directeur général de la Semader.

Joël Personné, directeur général de la Semader : « Nous voulons nous ancrer dans l'économie réunionnaise et son tissus de PME-TPE. C'est notamment pourquoi nous adaptons nos loyers à la capacité financière des entreprises. » - Ipreunion.com

Joël Personné, directeur général de la Semader : « Nous voulons nous ancrer dans l'économie réunionnaise et son tissus de PME-TPE. C'est notamment pourquoi nous adaptons nos loyers à la capacité financière des entreprises. » - Ipreunion.com

Les communes ne sont pas en reste. « Le Sud est tributaire du développement économique de Saint-Pierre et le développement de La Réunion passe par le développement du Sud », affirme sans ambages Michel Fontaine, le sénateur-maire de la capitale sudiste. Saint-Pierre apparaît comme une ville attractive et dynamique. Entre 2009 et 2013, le nombre d'établissements a progressé de 18 %. Sur cette même période, les radiations sont inférieures aux créations d'entreprises. En 2009, les radiations ont touché 620 entreprises, mais elles n'en représentaient plus que 403 en 2013 pour 589 créations. La capitale du Sud a pris du retard dans les métiers de la construction et de l'industrie même si le groupe Isautier et la Cilam représentent bien l'industrie agroalimentaire. « La crise de 2008 a entraîné une baisse de la demande de foncier économique et il nous faut désormais trouver des terrains à des coûts permettant une logique de production », souligne David Lorion.

ZONES D’ACTIVITÉ ET SALLES DE CINÉMA AU PROGRAMME

Le Tampon, quant à lui, veut se débarrasser de son image de ville-dortoir. André Thien Ah Koon lance un programme d'investissements sur les cinq prochaines années, notamment pour la construction de logements et le développement de l'Université. Sont également prévues la construction d'une rocade (50 millions d'euros d'investissement) qui permettra un délestage d'un tiers de la circulation en ville, une voie de contournement de la ville, l'extension de 11 hectares de la ZAC de Trois-Mares, la création d'une zone industrielle et artisanale de 100 hectares en moyenne altitude, la réalisation d'une pépinière d'entreprises dans les anciennes installations de l'APECA et même la création d'un multiplexe cinématographique. À Saint-Joseph, la commune la plus australe d'Europe, tout a été vendu ou loué sur la ZAC des Grègues 1 et les travaux de la ZAC des Grègues 2 devraient démarrer en août 2015. « Grâce à des acquisitions à l'amiable, 95 % du foncier est maîtrisé », précise Jimmy Lebon, directeur du développement économique. Le secteur commercial devrait occuper 10 hectares avec un centre Leclerc, une galerie commerciale de 20 boutiques et 4 ou 5 surfaces moyennes destinées au bricolage et aux équipements de sport. Le secteur industriel devrait occuper 7 hectares. Le centre-ville de Saint-Joseph devrait pour sa part être structuré grâce à la construction d'une médiathèque, livrée fin 2016, et des Halles de Saint-Joseph avec 15 000 mètres carrés livrés mi-2015. La municipalité prévoit aussi la construction de deux salles de cinéma.
 

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En matière économique, le sud de La Réunion, c'est avant tout un formidable développement démographique. À Saint-Pierre, on est passé de 76 105 habitants en 2007 à 81 769 en 2012, une progression de 7,4 % en cinq ans. À Saint-Joseph, la population était de 30 000 habitants en 1999, elle atteignait 37 500 en janvier 2015 et devrait représenter 45 000 individus en 2025. Entre 1999 et 2009...