Performance

Réunion

Une réjouissante histoire des impôts les plus absurdes

1 mar 2018 | PAR Francis Richard | N°327
L’imagination n’a pas de limite quand il s’agit de collecter de l’argent et d’élargir l’assiette fiscale. On peut taxer le comportement, la barbe aussi bien que les immigrants chinois. Le petit livre de Jean-François Nimsger nous le raconte.
Ce petit livre de 88 pages, vendu 9 euros, paru aux éditions « Les Belles Lettres » en octobre 2016, fort logiquement dans la collection « Les Insoumis ».
Ce petit livre de 88 pages, vendu 9 euros, paru aux éditions « Les Belles Lettres » en octobre 2016, fort logiquement dans la collection « Les Insoumis ». 
 


Les impôts dont l’auteur raconte les petites histoires (le pluriel est de mise) étaient en principe improbables, c’est-à-dire qu’ils avaient peu de chances de voir le jour. Et pourtant ils ont existé. Comme quoi le pire, s’il n’est jamais sûr, peut très bien survenir… grâce à l’imagination fertile des spoliateurs disposant d’un pouvoir.
L’auteur parcourt le temps (depuis l’Empire romain jusqu’au XXe siècle) et l’espace (du continent européen au continent asiatique) et les impôts, qui sont la face légale de la spoliation(« L’impôt, c’est le vol », disait même Murray Rothbard), existent bel et bien : il les a rencontrés en tous temps, en tous lieux.
Plutôt que de les classer par ordre chronologique, l’auteur les a classés par thèmes. Les gens peuvent donc être :
- Taxés pour avoir le droit de ne pas être tués : ces impôts mafieux sont pratiqués par les Danois en Angleterre aux Xe et XIe siècles et repris à leur compte par Guillaume le Conquérant. Ses successeurs n’y renoncent que 150 ans après le départ des Danois.
- Taxés pour avoir le droit de ne pas être tués à la guerre : ces impôts permettent aux souverains anglais du XIIe siècle de payer des mercenaires pour remplacer au combat leurs chevaliers ne voulant pas se battre, qui finissent par se révolter au XIIIe et obtenir la Magna Carta.

LA LIBERTÉ OU L’URINE

Au passage, l’auteur met fin à une légende tenace : Robin des Bois ne volait pas les riches pour donner aux pauvres, il s’en prenait au collecteur des impôts pour rendre au peuple l’argent qui lui avait été arraché de force.
- Taxés sur leurs besoins essentiels :
        * La liberté : l’affranchissement des esclaves est soumis à une taxe pendant tout l’Empire romain.
        * Le droit de préserver sa pudeur : les femmes des castes inférieures dans l’Inde du XVIIIe siècle doivent acquitter une taxe pour avoir le droit de se couvrir la poitrine.
        * L’énergie : en Angleterre, au XVIIe siècle, les cheminées, les fours et les âtres sont taxés.
        * La collecte d’urine : pour raison d’hygiène, l’empereur Vespasien rend obligatoire l’usage des toilettes publiques, dont l’urine collectée est vendue aux teintureries. À son fils Titus, qui trouve cette taxe répugnante, Vespasien lance une pièce d’or et lui demande s’il sent quelque chose : Devant la réponse négative de Titus, il lui répond : « Et pourtant elle vient de l’urine ». L’anecdote donne naissance au proverbe latin Pecunia non olet, soit « L’argent n’a pas d’odeur ».
- Taxés sur le sel, produit de grande valeur parce qu’il conserve les aliments : dès l’Antiquité jusqu’au XXe siècle, en Chine, en France ou en Inde, suscitant nombre de révoltes. Le sel, en raison de sa valeur, a même servi de moyen de paiement : le salarium était la partie de la rémunération des troupes romaines payée en sel. Le mot donne ensuite l’actuel « salaire ».

SIGNES EXTÉRIEURS DE RICHESSE

- Taxés s’ils sont riches : plus particulièrement sur leurs signes extérieurs de richesse, tels que les colonnes et les portes (au début de l’Empire romain), les charrues (Danemark, XIIIe siècle), les fenêtres (Angleterre, du XVIIe au XIXe siècle), les perruques (Prusse et Angleterre, du XVIIIe au XIXe siècle), les portes et fenêtres (France, du XVIIIe au XXe siècle).
- Taxés s’ils déplaisent (ils peuvent alors être solidairement responsables) : les royalistes sous Cromwell, les immigrants chinois au Canada (du XVIIIe au XXe siècle), les juifs un peu partout et en tous temps (Empire romain, Saint-Empire romain germanique, Russie, France, etc.)
- Taxés sur leurs comportements :
       * Le port de la barbe dans la Russie de Pierre le Grand.
       * Le savon sous Cromwell (les riches se lavaient trop…)
       * Les cartes à jouer, toujours sous Cromwell.
- Taxés à 100 % : Philippe IV le Bel, grand spoliateur devant l’Éternel, a confisqué les biens des juifs, des banquiers et marchands lombards, des Templiers ; Charles VII, ceux de Jacques Cœur ; Louis XIV ceux de Fouquet.

MOUTON TONDU ET FROMAGE DÉTAXÉ

Aujourd’hui ce qui survit à l’épreuve du temps, ce sont l’impôt foncier, l’impôt sur la consommation, la fiscalité comportementale (pour tenter de modeler un citoyen idéal conforme [aux] lubies des politiciens — ou à leur idéologie, ce qui bien souvent revient au même).
Comme le dit Jean-François Nimsgern dans sa conclusion, et c’est la grande et réjouissante leçon de ces petites histoires qui en forment une plus grande : « Le contribuable n’est pas condamné à être un mouton tondu. Il a souvent su faire preuve d’ingéniosité pour tenter de contourner une législation stupide, et lorsque l’abus était trop criant, n’a pas hésité à se révolter. »
À cet égard, l’histoire du reblochon, fromage détaxé, sur laquelle se termine le livre, est on ne peut plus savoureuse et montre qu’il est un authentique fromage fiscal, au sens littéral…

(*) Francis Richard
De formation scientifique (EPFL), économique et financière (Paris IX Dauphine), Francis Richard travaille dans les ressources humaines et s’intéresse aux Arts et Lettres.
Réagissez à cet article en postant un commentaire

 

Réunion

Une réjouissante histoire des impôts les plus absurdes

Ce petit livre de 88 pages, vendu 9 euros, paru aux éditions « Les Belles Lettres » en octobre 2016, fort logiquement dans la collection « Les Insoumis ».    Les impôts dont l’auteur raconte les petites histoires (le pluriel est de mise) étaient en principe improbables, c’est-à-dire qu’ils avaient peu de chances de voir le jour. Et pourtant ils ont existé. Comme quoi le pire, s’...