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Vanessa Settama : une réussite sous le signe du pragmatisme

1 nov 2018 | PAR Arnaud Thomelin | N°334
« En 2017, environ 1 200 Réunionnais ont bénéficié de nos prestations, avec un taux d’insertion et de reconversion proche des 60 % en sortie de formation qualifiante… » Guillaume Foulon
Directrice et gérante de Syn’OI depuis 2010, Vanessa Settama a impulsé une dynamique qui a redressé l’entreprise et lui permet de prospérer dans la formation professionnelle comme dans le soutien scolaire. Son credo ? Coller au plus près des besoins du terrain.

Services à la personne, BTP, tertiaire, environnement, animation, photographie… Réparties sous quelques grandes thématiques sectorielles, ce sont au total près d’une soixantaine de formations, diplômantes (BPJEPS), qualifiantes (CQP, titres professionnels) ou à la carte (professionnalisantes, obligatoires), que le catalogue de Syn’OI recense aujourd’hui. 
« En 2017, environ 1 200 Réunionnais ont bénéficié de nos prestations, avec un taux d’insertion et de reconversion proche des 60 % en sortie de formation qualifiante, se félicite Vanessa Settama, la directrice et gérante de Syn’OI. Sans oublier les quelque 200 personnes qui ont eu recours à notre accompagnement en soutien scolaire et préparation aux concours. » Car Syn’OI regroupe deux entités : l’entreprise de formation Synergie OI, d’une part, la filiale Cessa Réussite Scolaire, d’autre part. « Ces deux structures émanent des filiales qui ont survécu au redressement judiciaire de Cessa, en 2010, qui a conduit à la liquidation de trois des six organes du groupe », rappelle Vanessa Settama. À la tête de Cessa BTP, filiale qu’elle a lancée fin 2008, la native de Sainte-Suzanne se retrouve alors à devoir gérer le groupe familial, créé par ses frères en 2002 pour la partie soutien scolaire et en 2004 pour la partie formation professionnelle. « J’ai accouché de mon fils Axel le 5 décembre 2010, et le plan de redressement judiciaire a été adopté le 8 décembre, se souvient-elle. Ma vie a pris un nouveau virage et un nouveau visage en quelques jours. » En effet, de « simple » directrice d’une des filiales du groupe, la jeune femme alors âgée de 28 ans se retrouve gérante d’un groupe affichant 2 millions d’euros de dettes et visé par un plan de redressement qui court jusqu’en… 2020. Tout juste aux commandes, Vanessa Settama décide, sinon de faire table rase du passé, d’insuffler une énergie positive dans la société. « Cela passait dans un premier temps par un changement de dénomination. » Fin 2010, Cessa devient ainsi Syn’OI. 

Anticiper pour mieux former 

En s’appuyant sur la réussite de Cessa BTP, la diplômée d’un master en génie civil poursuit ce qu’elle avait entrepris depuis 2007. « Mes frères m’avaient à l’origine demandé d’imaginer une formation BTP qui réponde aux problématiques de recrutement rencontrées par les TPE et PME réunionnaises, explique la gérante de Syn’OI. La mise en œuvre de cette formation à destination des encadrants de petites structures a d’ailleurs fait l’objet de mon mémoire de fin d’études. Très rapidement, l’apprentissage concret que nous avons dispensé aux stagiaires nous a permis d’obtenir d’excellents résultats en BTS bâtiment, qui ont contribué à forger notre légitimité. Au point de nous permettre de développer la filière bâtiment et de monter, en 2009, la filiale Cessa BTP. » 
Décliner des formations à la carte, en fonction des besoins exprimés sur le terrain par les professionnels. Telle est la recette que l’entrepreneure a appliquée non seulement pour le BTP, mais aussi dans les autres secteurs qu’elle a estimés porteurs en 2010 : espaces verts, environnement, photovoltaïque… 
« J’ai fait des pieds et des mains pour décrocher les agréments nécessaires, et j’ai toujours été transparente sur ma gestion. Ce qui m’a permis d’obtenir de mes partenaires des facilités de paiement, des mises à disposition de terrains, etc. » Résultat, en 2014, la valeur nette de l’entreprise atteint 1,2 million d’euros. « J’ai également pu faire confiance à ceux que j’appelle mes lieutenants, c’est-à-dire mes responsables de filières, qui ont fait appliquer aux 40 salariés du groupe de nouveaux process de travail. »
Puis survient en 2015 la réforme de la formation professionnelle. « Une période floue pour les organismes de formation. Qu’en sera-t-il des financements ? Sans réponse claire à cette question, le marché a connu un fort ralentissement, qui s’est poursuivi en 2016, détaille Vanessa Settama. C’est reparti en 2017, mais nous sommes encore dans l’attente de décrets fixant à quelle sauce administrative nous allons être mangés... » Toutefois, la jeune femme a acquis de son expérience sur les chantiers BTP qu’elle a fréquentés, lors de ses stages ou en intérim, un souci du pragmatisme. 
« Mieux vaut anticiper plutôt que de s’adapter au fil de l’eau, résume-t-elle. C’est d’ailleurs pour cette raison que j’ai fait certifier Syn’OI ISO 9001, puisque cette norme qualité allait être exigée dans le cadre de le réforme. » Idem quant aux agréments Jeunesse et Sports pour les métiers de l’animation et formation citoyenneté pour les services civiques.  Grâce à ces agréments et autres labels, Syn’OI est devenu un acteur de la formation connu, reconnu, voire incontournable dans certains secteurs (BTP, animation…). 
« Des formations obligatoires à l’encadrement d’insertion, en passant par les formations à la carte et même l’accompagnement de projets associatifs, notre éventail d’interventions est désormais très large. Nous restons en contact permanent avec un terrain dont mes formateurs sont issus, et nous sommes plus souples, plus réactifs que la plupart de nos concurrents pour adapter notre offre au plus juste. C’est notre force ! » 
Mais pas question pour Vanessa Settama de se reposer sur ses lauriers. Encore une fois, elle compte sur sa capacité d’anticipation pour surfer sur l’application des décrets de la réforme. « Nous allons innover avec la formation permaculture (*), une pratique très en vogue à La Réunion en ce moment, annonce-t-elle. Et j’entends aussi ajuster notre plateforme e-learning, actuellement essentiellement utilisée lors des évaluations en accompagnement scolaire, pour initier des parcours blended learning (présentiel couplé à du e-learning) dans notre catalogue de formations professionnelles. » 
Pour Vanessa Settama, l’aventure n’est pas Syn’ie.

(*) Forgé au milieu des années 1970 par l’Australien Bill Mollison, le terme « permaculture » est une contraction de « permanent » et « agri-culture ». Il peut aussi s’entendre comme « culture de la permanence ». Le but est de développer des modes de vie et de fonctionnement qui ne nuisent pas à l’environnement. 

Progression
Entre 2010, le moment où Vanessa Settama a récupéré les rênes (et les dettes) de Syn’OI, et 2014, la situation nette de l’entreprise est passée d’un solde négatif de deux millions d’euros à une valeur positive de 1,2 million d’euros. En 2017, le chiffre d’affaires a atteint les 2,2 millions d’euros. L’entreprise compte 40 salariés.   

Innovation
Précurseur dans de nombreux secteurs de la formation professionnelle (photovoltaïque, maraîchage bio, permaculture…), Syn’OI a notamment initié en 2017 un plan de formation réservé aux femmes dans le secteur de la réhabilitation de bâtiments. Financé par Pôle emploi et la SHLMR, ce plan « Réha Belle » a concerné une dizaine de femmes.   

Dynamisme à l’extérieur
Syn’OI a établi des partenariats avec des entreprises de BTP implantées à Mayotte, afin de pouvoir répondre à d’éventuelles demandes locales de formations dans le secteur. 

Engagement citoyen
Labellisé ISO 9001, Syn’OI est certifié entreprise de qualité sur la formation professionnelle, l’accompagnement socio-professionnel, le soutien scolaire, mais également l’encadrement de chantiers d’insertion. « Nous intervenons aussi en prison, et nous apportons parfois notre soutien bénévole dans le cadre de montages de projets d’associations solidaires », souligne Vanessa Settama.    
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