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Vérités d’aujourd’hui, banalités de demain

1 oct 2018 | PAR Bernard Alvin | N°333
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On nous dit que beaucoup d’emplois d’aujourd’hui vont disparaître et être sacrifiés sur l’autel de la modernité technologique. J’ai donc eu la curiosité de vérifier sur l’un de ces sites Internet évoquant les nouvelles pratiques à adopter pour progresser dans sa vie professionnelle…

Premier facteur : l’ancienneté ! C’est à dire le fait d’évoluer, année après année, dans son entreprise. On ne précise pas quel type d’évolution... Mais je n’aurais pas « parié » sur cette valeur comme l’un des principaux vecteurs de progrès ! 
Deuxième facteur : parfaire sa formation. Sur ce point, tout le monde sera d’accord, mais il n’y a là rien de bien nouveau. Et on ne précise pas s’il s’agit de formation « technique » ou liée au métier, au management, etc.
Troisième facteur : jouer la carte de l’entretien annuel pour changer de service, de poste. Toute personne qui travaille dans une entreprise finit par « faire le tour » de son job au bout d’un certain temps, ce qui se traduit par une envie de faire autre chose... Cela n’a rien de nouveau non plus.
Autre facteur mis en exergue et plutôt surprenant,  se montrer respectueux des conventions. C’est un peu comme pour l’ancienneté, on est sur la mise en valeur du conservatisme !Ensuite, je lis : « Être sincère avec ses supérieurs. » En réalité, se cache derrière cette assertion la capacité à bien se vendre à ses chefs. J’ai l’habitude de dire qu’un contrat de travail est le résultat d’une négociation entre un offreur et un demandeur de travail. Et cette négociation a vocation à bouger afin de « se vendre » toujours mieux ! 
Il est évoqué aussi le fait d’être discret avec ses collègues, de ne pas trop divulguer ses ambitions, jalousie oblige ! Ou encore le fait de s’imprégner de la culture d’entreprise. On va jusqu’à préconiser d’être un buvard et de faire disparaître toute aspérité personnelle pour se confondre avec la culture ambiante. Il est demandé aussi de montrer qu’on est un collaborateur de valeur en faisant tout pour séduire. Ainsi est-il conseillé d’éviter la critique, d’être très poli. Avant-dernier conseil, le fait de cultiver son réseau. Autrefois, on disait qu’il fallait « avoir des relations » pour avancer. Cela n’a guère changé, même si ces relations peuvent être aidées par le numérique, les réseaux sociaux. Cela dit, la qualité de ces relations va venir avant tout de la capacité d’impacter positivement autrui, ce que ne saurait faire un réseau social ! Dernier conseil, « avoir le regard qui porte loin », dans le sens d’avoir une ambition, une vision pour développer de nouvelles idées intéressantes pour progresser dans son job et son entreprise.
Quand on fait le bilan de tous ces conseils, il est surprenant qu’on ne trouve rien de vraiment nouveau et que le fameux développement des nouvelles technologies n’est pas du tout évoqué ! On trouve, au contraire, des idées ressassées au point qu’il semble qu’elles se transmettent de génération en génération, donnant plus le sentiment d’un grand conservatisme de la race humaine qu’un élan moderne et transformationnel ! Et cela ne choque jamais l’être humain ! Citons Thomas Hobbes qui disait que « le privilège de l’absurdité est réservé à la seule créature humaine »… Sans doute devrait on enseigner cela plus souvent dans les écoles. On pourrait alors « philosopher » sur une autre citation, cette fois d’Alessandro Morandotti : « Les absurdités d’hier sont les vérités d’aujourd’hui et les banalités de demain. » 
Au fond, le véritable progrès humain ne consiste-t-il pas à explorer et exploiter toutes les richesses du fonctionnement humain plutôt que de se focaliser uniquement sur l’une de ses créations, en l’occurrence les technologies nouvelles actuelles en matière de « communication » ? Le travail sur les potentiels des êtres humains reste, à mon sens, un sujet qui mérite une attention très importante dans tous les lieux éducatifs !

(*) Bernard Alvin 

Il est à la tête de son propre cabinet, Bernard Alvin Conseil, fondé en 1995 et spécialisé dans l’accompagnement des hommes dans le domaine du développement des potentiels. Bernard Alvin a « coaché » ses premiers cadres et dirigeants dès 1991, faisant figure de pionnier avant que n’arrive la mode du coaching. Cherchant à aller plus loin, il fera émerger le concept de « management vocationnel » à partir de 2005. Il a pratiqué son métier en France métropolitaine, dans les DOM-TOM et dans plusieurs pays dans le monde, dont le Brésil. Il intervient en effet en français, en anglais et en portugais.
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Vérités d’aujourd’hui, banalités de demain

Premier facteur : l’ancienneté ! C’est à dire le fait d’évoluer, année après année, dans son entreprise. On ne précise pas quel type d’évolution... Mais je n’aurais pas « parié » sur cette valeur comme l’un des principaux vecteurs de progrès !  Deuxième facteur : parfaire sa formation. Sur ce point, tout le monde sera d’accord, mais il n’y a là rien de bien nouveau. ...