Green

Réunion

Vincent Levy, responsable de la gestion du réseau d’EDF : « Il est bon que la PPE intègre des projets innovants »

1 sep 2018 | PAR Ignace de Witte | N°332
Grâce à l’installation d’une quatrième turbine et d’un réservoir de tête supplémentaire, la puissance nominale fournie par la centrale hydraulique de Sainte-Rose atteint aujourd’hui 79,2 MW. Pour que le bonheur des écologistes soit complet, il faudrait juste résoudre le problème du rejet de l’eau turbinée dans la darse, car c’est de l’eau potable. Ignace de Witte
En situation de monopole à La Réunion, contrairement à la Métropole, pour la distribution d’électricité, EDF intervient comme conseiller technique pour la Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE). Son impératif est de garantir la sécurité du réseau tout en l’ouvrant aux innovations technologiques. Explications…

Le 14 décembre 2017, EDF Réunion a battu son record de « puissance appelée » (consommation instantanée) : 492 MW (mégawatts). Si comme moi vous n’êtes pas électricien, ce nombre semble loin de la puissance totale installée (840 MW), ce qui mérite une explication technique, que nous fournit Vincent Levy, responsable de la gestion du réseau d’EDF, ainsi que des informations importantes pour comprendre les vrais enjeux. 
Quand on achète une voiture de 300 chevaux, ils sont tous là, sous le pied droit. Le réseau EDF de la Réunion, c’est différent. Quand on dit que la puissance totale installée est de 840 MW, cela comprend notamment les 187,7 MW du photovoltaïque. Mais, pour en disposer, il faut qu’il fasse jour et qu’il y ait du soleil ! Idem pour la vingtaine d’éoliennes : il faut du vent. Quant aux 80 MW de la centrale hydrauliques de Sainte-Rose, il faut savoir que les quatre réservoirs de 25 000 m3 qui l’alimentent n’offrent que quelques heures d’autonomie à pleine puissance et uniquement lorsque la pluviométrie est bonne. Tous ces aléas climatiques sont responsables de la baisse des énergies renouvelables dans le mix énergétique de La Réunion en 2017 : -9,1 % pour l’hydraulique, -1,2 % pour le photovoltaïque et - 24,4 % pour l’éolien. Au final, les énergies renouvelables ne comptent que pour 32,4 % dans le mix énergétique 2017, contre 38 % en 2013…

Les aléas du réseau

Bref, les 840 MW du réseau EDF de La Réunion sont une « puissance installée » mais pas une « puissance totale ». D’autant plus qu’il faut une marge de manœuvre, de la puissance en réserve, pour pouvoir réguler et maintenir la fréquence 50 Hz (hertz) sur le réseau. N’ou -blions pas qu’il s’agit de courant alternatif ! Concrètement, explique Vincent Levy, si jamais on dépasse cette valeur de 2 Hz (soit 48 Hz ou 52 Hz), les équipements se mettent en sécurité les uns après les autres et le réseau peut s’effondrer (black-out).
Les variations sur le réseau viennent rarement des clients, leurs habitudes de consommation électrique ne changent pas : la marmite à riz est allumée chaque jour à la même heure. L’historique permet de prévoir avec précision la courbe de consommation au cours de la journée. Par contre, les fournisseurs peuvent avoir des aléas. Quand une grève survient chez Albioma, c’est l’équivalent de 8 000 clients qu’il faut gérer. Quand une masse nuageuse passe sur un panneau photovoltaïque, il produit 30 % de moins. D’ailleurs, à ce sujet, il faut signaler l’astucieuse invention d’EDF pour prévoir ces baisses de production : six caméras sont réparties sur tout le territoire et fournissent en temps réel le niveau d’ensoleillement local, avec plus de précision que n’importe quel logiciel. Lorsque la production est insuffisante par rapport à la consommation électrique, EDF met en route d’autres équipements et, si cela ne suffit pas, en dernier recours, procède à des délestages : on coupe des clients du réseau, parfois quelques minutes seulement, le temps de mettre en route un groupe (le fioul est disponible H24). Plus on admet d’énergie renouvelable sur le réseau, plus EDF doit jongler finement avec les équipements de production : « S’il y a beaucoup de soleil, on ne turbine pas d’eau, on la garde pour le soir. » 


Le centre névralgique du réseau d’EDF se situe rue Sainte-Anne, à Saint-Denis. Didier Payet (à gauche) était aux commandes du pupitre lors de notre visite. Vincent Levy (à droite) est responsable de la gestion du réseau.  Ignace e Witte
 

Pousser l’innovation

Vincent Levy rappelle que le photovoltaïque est une énergie intermittente seulement quand il n’est pas complété par du stockage. « Mais les batteries coûtent cher : elles doublent le montant de l’investissement par rapport au photovoltaïque sans stockage. C’est pourquoi, au lieu de grosses installations avec du stockage, on préfère le foisonnement des installations : il est rare que toute La Réunion soit sous les nuages en même temps. »
EDF intervient comme conseiller technique pour la PPE et son leitmotiv est la sécurité. Mais, insiste également Vincent Levy, il est bon que la PPE intègre des projets innovants (géothermie, SWAC, ETM, etc.) car cela leur permet d’accéder à des financements et c’est comme ça que les nouvelles technologies avancent. « C’est une discussion entre ce qui est fiable et ce qu’il faut promouvoir. Et puis, ce sont de petites puissances : on ne met pas tous nos œufs dans le même panier. »
En conclusion, on peut comparer le réseau EDF à une voiture hybride, sauf que ce n’est pas un boîtier électronique qui gère au mieux le thermique et l’électrique mais un être humain. En l’occurrence, c’était monsieur Didier Payet qui était aux commandes du pupitre lors de notre visite du centre de gestion du réseau, rue Sainte-Anne, à Saint-Denis. Il est entouré d’aides à la conduite, mais c’est toujours lui qui pilote et prend les décisions, pas une IA (intelligence artificielle) ! 

L’AUTOCONSOMMATION N’EST PAS UNE VALEUR SOLIDAIRE
Rares sont les propriétaires d’une villa qui n’ont pas un jour rêvé de s’équiper en panneaux solaires pour être totalement indépendants du réseau EDF. C’est techniquement possible, certains l’ont fait, et cela pousse d’ailleurs EDF à se poser des questions sur sa mission. Ce qu’EDF apporte à la population réunionnaise, c’est tout d’abord de l’électricité à un prix défiant toute concurrence car basé sur le tarif national, qui est trois ou quatre fois plus bas que le prix de revient local (grâce au nucléaire). Mais ce n’est pas le plus important, car les tarifs sont simplement une question de volonté politique. Non, le plus important est qu’EDF apporte un réseau, un peu comme un cloud. Certains parlent de « Business Model assurentiel ». En clair, de la même façon qu’une assurance fonctionne parce que tout le monde n’a pas d’accident en même temps, le réseau EDF permet à tous ceux qui sont connectés d’être alimentés de la façon la plus sûre possible.
CHASSE AUX GASPIS
Les économies d’énergie représentent toujours l’une des priorités d’EDF. Dans ce cadre, il faut savoir qu’il existe des lois. Par exemple, depuis le 1er juillet 2013, les éclairages des vitrines de magasins doivent être éteints au plus tard à 1 heure du matin, ou une heure après la fin d’occupation desdits locaux si celle-ci intervient plus tardivement. Quant à la climatisation, il est interdit de la mettre en marche si la température est inférieure à 26° (article R.131-29 du Code de la construction et de l’habitation). Les mesures d’économies d’énergie contenues dans la PPE doivent conduire à une augmentation de la consommation d’électricité de seulement 335 GWh en dix ans (2013-2023), soit +12,9 %, contre 696 GWh selon un scénario « fil de l’eau » (+26,7 %).
Réagissez à cet article en postant un commentaire

 

Réunion

Vincent Levy, responsable de la gestion du réseau d’EDF : « Il est bon que la PPE intègre des projets innovants »

Le 14 décembre 2017, EDF Réunion a battu son record de « puissance appelée » (consommation instantanée) : 492 MW (mégawatts). Si comme moi vous n’êtes pas électricien, ce nombre semble loin de la puissance totale installée (840 MW), ce qui mérite une explication technique, que nous fournit Vincent Levy, responsable de la gestion du réseau d’EDF, ainsi que des informations importan...