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Maurice

Virage stratégique pour le village éducatif de Medine

1 juil 2016 | PAR Jean-Michel Durand | N°310
Thierry Sauzier, Managing Director de Medine Property : « Notre ambition est de former des étudiants en Afrique pour l’Afrique. » Davidsen Arnachellum
Quatre ans après son lancement, le programme intègre pour la première fois une université britannique (Middlesex). Un atout supplémentaire pour séduire des étudiants de la région et d’Afrique avec une offre dont le coût est inférieur de 30% à celle de l’Europe .

« Le projet de Medine Education Village est avant tout lié à la fin du protocole sucre au début des années 2000. Il s’agissait pour notre groupe de diversifier ses activités, en particulier dans l’immobilier, explique Thierry Sauzier, Managing Director de Medine Property. Notre ambition, concrétisée dans notre Master Plan en 2005, est de créer une nouvelle ville dans l’ouest de l’île. Et l’un des moyens était de miser sur l’éducation. À l’exemple de notre centre commercial dont le cœur stratégique est une grande surface, notre plan s’articule autour de la création d’un campus estudiantin. » En 2011, le groupe, en phase avec la volonté des autorités de faire de Maurice un centre régional de formation, décide de s’orienter vers la création d’un pôle éducatif. 

UN MARCHÉ DE 10 MILLIONS D’ÉTUDIANTS

L’enseignement tertiaire en Afrique a connu une forte expansion depuis les années 1970. Selon les estimations, les effectifs des étudiants africains sont passés de 200 000 il y a une quarantaine d’années à 10 millions aujourd’hui. « Il y a 800 000 nouveaux étudiants en Afrique chaque année », précise Thierry Sauzier. Or, seule une minorité des 1 500 universités publiques et privées d’Afrique proposent des programmes de niveau postuniversitaire, ce qui pousse des milliers étudiants à poursuivre leurs études hors du continent. Très peu d’entre eux rentrent dans leur pays à la fin de leur cursus, c’est la fameuse fuite des cerveaux.
Les écoles qui ont choisi de s’installer à Maurice en partenariat avec Medine forment l’International Campus for Sustainable and Innovative Africa (ICSIA). Majoritairement françaises, même si elles sont de très haut niveau, elles sont assez mal connues en Afrique de l’Est qui est essentiellement anglophone. Ayant entamé leur externalisation depuis un certain temps, elles ont adapté leur enseignement.

UNE OFFRE ANGLOPHONE

« Le principal médium d’enseignement de ces écoles sera l’anglais. Et il ne s’agit pas d’un copié-collé. En plus des formations de base, elles ont pris en compte nos problématiques. Car notre ambition est de former des étudiants en Afrique pour l’Afrique. » Et l’offre séduit. À preuve, « un tiers des 30 étudiants qui intégrera, en octobre, la première promotion de Centrale Nantes seront des Africains du continent. Ils viennent du Kenya et de l’Ethiopie ». 
L’objectif du groupe mauricien est d’avoir, à terme, pour l’ensemble de ses formations, 75% d’étudiants africains et 25% de Mauriciens. Conscient de l’intérêt d’avoir une offre dans la langue de Shakespeare, le groupe mauricien a, dès 2009, signé un accord avec la Westcoast International Primary School. Il s’agit d’une école primaire qui permettra également la création d’une école secondaire, la Westcoast International secondary School. Elle proposera à terme un baccalauréat international.
Surtout, le groupe mauricien vient de signer, après des négociations qui ont duré trois ans, un joint-venture avec l’université Middlesex Mauritius. Cette université, qui était classée 117e au Royaume-Uni par le « Times » en 2011, est présente à Maurice depuis 2010. Son campus, situé dans la ville de Vacoas, au centre de l’île, sera délocalisé dans la Smart City de Medine, à Flic-en-Flac, d’ici fin 2017. Ce premier accord avec une institution anglophone en préfigure d’autres... 

UN INVESTISSEMENT DE 32,5 MILLIONS D’EUROS EN 2016-2017

Pour améliorer son offre, le groupe a investi cette année 1,3 milliard de roupies (32,5 millions d’euros) dans l’extension de son Business Park et dans La Westcoast International Primary School... Il a prévu également de développer un nouveau campus qui devrait être prêt en septembre 2017. Il comprendra un restaurant pour les étudiants et un complexe sportif doté d’une piscine olympique de 50 mètres. Des terrains de football et de rugby, des salles de sport et des centres de remise en forme, un centre artistique et une salle de fête au milieu d’un parc verront également le jour. Le plan directeur inclura une gare de bus, des pistes cyclables et piétonnières. Cet investissement s’intègre dans l’objectif global qui est d’avoir, en 2025, un portefeuille immobilier évalué à 10 milliards de roupies (250 millions d’euros).

ÊTRE MOINS CHER À QUALITÉ ÉGALE D’ENSEIGNEMENT

Le principal argument avancé par Medine pour séduire les étudiants étrangers est un coût de formation de 7 000 euros annuels en moyenne, nettement inférieur à l’offre équivalente en Europe. Ces grandes écoles ne bénéficient pas, dans leur développement international, du soutien de l’État français. « Selon nos calculs, basés sur une étude du syndicat étudiant français UNEF effectuée en août 2015, sur les coûts globaux (logement, alimentation, transport...) par rapport à une licence/LLB de droit à Paris II Assas, nous sommes environ 30% moins chers à Maurice », précise Thierry Sauzier. À coût inférieur, la perspective d’obtenir à Maurice un diplôme d’une institution reconnue internationalement, comme l’Essec, troisième au classement mondial des masters en management du « Financial Times », apparaît donc pertinente, d’autant plus qu’il existe un système de bourses.

DES PROGRAMMES DE BOURSES
Vingt bourses : 10 pour la licence de l’université Panthéon-Assas et 10 pour la licence en génie civil de l’École centrale de Nantes sont proposées. Elles sont strictement attribuées en fonction du dossier scolaire en secondaire et du revenu annuel des parents d’élève. « Nous sommes aussi dans une phase de levée de bourses auprès d’entreprises mauriciennes. Et nous réfléchissons à lever des aides à travers des institutions africaines comme la Banque africaine de développement et auprès d’entreprises françaises qui sont présentes en Afrique », indique Thierry Sauzier. 
L’​INTERNATIONAL CAMPUS FOR SUSTAINABLE AND INNOVATIVE AFRICA
C’est sous cette dénomination qu’ont été regroupés, sur le campus international de Medine, les universités et grandes écoles françaises suivantes : l’École centrale de Nantes, l’École supérieure des sciences économiques et commerciales (ESSEC), l’École nationale supérieure d’architecture (ENSA), les universités Paris-Descartes et Panthéon-Assas, l’école de gastronomie Ferrandi et l’Institut de management et de communication interculturels ISIT. 
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